Plus de 40 ans dans la Légion : “J’ai vu grandir le régiment et il m’a vu grandir”, le major Chemin est la mémoire du 1er Reg



Le major Chemin compte près de 40 ans de service dans la Légion dont la majeure partie au 1er Reg de Laudun-L’Ardoise. Blessé de guerre, cet officier de la Légion d’honneur, est depuis trois ans l’archiviste du régiment.

Je suis un peu le père Fouras du 1er Reg ! J’ai vu grandir le régiment, et il m’a vu grandir. Je suis un des seuls encore ici qui l’a connu au tout début” lance avec son franc-parler habituel, le major Chemin, Franck-Jackie de son prénom. À 61 ans, le légionnaire, “à la retraite”, a passé près de 40 ans au service actif de la Légion.

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Après cette longue carrière, il n’a pas quitté l’institution. Depuis trois ans, le major est “civil de la défense, officier de tradition par suppléance et responsable du patrimoine et des archives. C’est lui qui veille sur la salle d’Honneur du 1er Reg (régiment étranger de génie) à Laudun-L’Ardoise, là où sont accueillis les jeunes affectés, les classes Défense, les officiers et sous-officiers, les élus… auxquels le major raconte l’histoire de la Légion. Et volontiers la sienne.

Entré dans l’armée à 18 ans, ce Normand aux yeux bleus choisit le dernier né des régiments de la Légion, le 6e Reg, à Laudun-L’Ardoise (qui deviendra le 1er Reg le 1er juillet 1999, après la création d’un deuxième régiment de génie à la Légion, ndlr), qui compte alors trois compagnies, pour huit aujourd’hui au 1er Reg.

Très vite, le jeune légionnaire prend du galon – caporal à l’âge de 19 ans – et intègre le corps de sous-officier en 1988, “il y avait besoin de cadres”, explique-t-il avec modestie. Il passe par le 3e REI (régiment étranger d’infanterie), puis retrouve le 6e Reg, et enchaîne les missions : Centrafrique, Guyane, Tchad, Cambodge, Kosovo, Djibouti, Bosnie-Herzégovine, Afghanistan…“j’ai été formé pour être artificier-démineur, ça me plaisait”.

Sa main est arrachée par l’explosion d’un obus d’artillerie

Il rejoint les démineurs en 2000, au 1er Reg et au 2e Reg, à Saint-Christol d’Albion. Jusqu’à l’accident, dix ans plus tard. “Je devais récupérer des munitions sur la route en Kapisa, une province d’Afghanistan”. Un obus d’artillerie chinois explose et lui arrache la main, un éclat traverse sa cuisse, “mon équipier m’a fait un garrot“. Évacué vers l’hôpital américain, il sera rapatrié à l’hôpital des armées de Percy où il restera un an et demi. Amputé d’une main, le sous-officier le sera aussi plus tard de la jambe, suite à des complications.

Ses “premiers pas parmi les blessés“, le major Chemin les fait au Cambodge, en 1992. Alors sergent, il mène des opérations de déminage. C’est au cours d’une de ses missions qu’avec un de ses camarades, il sauve la vie de deux militaires. “Ils étaient sur un champ de mines, ça a explosé. Il fallait aller les chercher. L’hélicoptère ne pouvait pas se poser”. Sans hésiter, les deux hommes, armés de leur courage, se frayent un chemin jusqu’aux blessés, “l’un avait perdu une jambe”, pour les évacuer. Trois quarts d’heure à braver le danger.

Un mois après, il est brûlé au poumon, et “blasté aux oreilles” lors d’une autre explosion. Évacué à Phnom-Penh, le légionnaire refuse le rapatriement et reprend le travail. De cette période, il garde pourtant un bon souvenir. Pas comme cette guerre de Bosnie-Herzégovine (ex-Yougoslavie), en 1993, où il est envoyé avec sa compagnie sous mandat de l’ONU. “On ne pouvait pas avoir d’armement lourd. On nous tirait dessus et on n’avait pas d’ordre de répliquer”. C’est aussi là qu’un drame le marquera pour la vie. “On donnait des chocolats à des enfants. Il y a eu des tirs d’artillerie, des enfants ont été tués”. Dès lors, “dans toutes mes missions, j’interdisais de côtoyer la population“, pour ne pas la mettre en danger.

“Il faut vraiment remercier les médecins et les infirmières. Nous, les blessés de guerre, on s’en sort, on se reconstruit grâce à eux”. À tel point que le major Chemin poursuivra sa carrière, dans la branche administrative de la Légion, avec un séjour en Polynésie.

Pour quelqu’un qui ne voulait pas être militaire, ce n’est pas trop mal !” s’amuse, avec l’humilité qu’on lui connaît, le gardien de la mémoire du régiment. “La Légion, c’est ma vie. Je côtoie encore des camarades qui étaient avec moi quand j’avais 18 ans”.

Un regret pourtant, celui de ne pas avoir vu grandir ses enfants. “Entre deux missions, quand elle était petite, ma fille ne me reconnaissait pas” se souvient-il. “J’aurais pu partir après des missions. Mais je changeais tout le temps, c’est ce qui m’a fait rester”.

Sa carrière au long cours a été saluée en 2021 par le général Burkhard (ex-chef d’état-major des armées, ndlr), qui le fait officier de la Légion d’honneur, une distinction rare pour un sous-officier. Autre reconnaissance, “j’ai été garde drapeau pour le 14 juillet à Paris”. Là encore, “un honneur”.



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