
La médecin gériatre montpelliéraine et ex-députée Laurence Cristol est chargée par le gouvernement d’un rapport préalable à la conférence nationale de l’autonomie qui se tiendra en septembre.
Vous avez été nommée par la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, d’une mission préalable à la conférence nationale sur l’autonomie, de quoi s’agit-il ?
Durant mon mandat de députée, j’avais été co-rapporteure de la loi du 8 avril 2024 dite Pour bâtir la société du bien vieillir. Cela faisait de nombreuses années que le grand âge était le parent pauvre des politiques publiques et là, nous avions enfin des parlementaires qui s’emparaient du sujet. L’article 1 de cette loi prévoit la tenue d’une conférence annuelle sur l’autonomie, sous l’égide du Premier ministre, afin de décider des politiques publiques. Elle se tiendra pour la première fois le 26 septembre et, pour la préparer, la ministre m’a demandé de lancer des consultations afin de proposer un rapport le plus complet possible.
Vous travaillerez seule ?
Non, nous sommes deux co-rapporteurs : je travaille avec Luc Broussy qui est un spécialiste de la silver économie. Nous allons tous les deux rencontrer et écouter des acteurs de l’autonomie et évidemment des personnes âgées elles-mêmes. Nous devons dépasser le calendrier électoral et sortir de la seule question du financement. Nous parlons ici d’enjeux de dignité, de santé publique, et de cohésion sociale. Le nombre de personnes âgées dépendantes va augmenter de 60 % d’ici 2040. En Occitanie, on estime qu’en 2040, elles représenteront une population de 306 000 personnes, les plus de 65 ans représenteront 29 % de la population de notre région, soit 15 seniors pour 10 jeunes. On doit absolument anticiper ce basculement démographique.
Les Ehpad vont devenir des Maisons France Autonomie
De quelle manière ?
La ministre a fixé six thématiques : en premier lieu, une meilleure connaissance et anticipation des besoins. Puis tout ce qui relèvera d’actions pour vieillir en bonne santé, on parle ici de dépistage, de vaccination, de prévention des chutes. Un sujet concerne également la valorisation des métiers de l’autonomie, il convient absolument de rendre attractives ces professions. Nous auditerons également des acteurs de l’autonomie sur les lieux de vie. Il faut les diversifier, ce sont les baby-boomers qui arrivent dans le grand âge et cette génération n’a pas les mêmes attentes que les précédentes, nous devons travailler le parcours domiciliaire mais regarder aussi l’habitat partagé et de nouvelles formes de logements.
Le gouvernement a annoncé le changement des Ehpad en “Maison France Autonomie”, ce qui a été perçu comme un toilettage de langage…
Non non, c’est bien plus que cela, c’est un changement de paradigme. Le modèle des Ehpad remonte à 2002. Il est désormais inadéquat. Il est proposé désormais de mettre en avant l’autonomie de la personne plutôt que sa dépendance. Une Maison France Autonomie sera plus ouverte sur l’extérieur, c’est une vraie vision.
Pour que les gens restent à domicile, il leur faut des aidants. C’est aussi un sujet…
En France, 10 % des gens sont aidants. Leur moyenne d’âge est de 53 ans, donc des gens encore actifs, et victimes d’épuisement. En tant que médecin, je le constate, beaucoup d’aidants n’ont pas conscience d’être au bord de l’épuisement. Il faut les repérer, les aider, soit en développant des solutions de répit, soit en développant ce que les Québécois appellent le “baluchonnage”. Quelqu’un, qui est formé pour cela, vient vous soulager en s’installe pour quelques jours, une semaine, deux, chez la personne aidée avec son “baluchon”.
La première conférence nationale de l’autonomie débouchera selon vous sur des actions concrètes ?
C’est le but, que des décisions soient actées et inscrites dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Les questions de l’autonomie sont transpartisanes, les citoyens en ont bien conscience.
