Fans des années 80 (1/2) : Films, chansons, mode, télé… Tous nostalgiques du fluo, des “synthés sautillants” et d’une décennie sombre ?


Les années 1980 ? On les regrette, on les adule, on les copie, on s’en inspire, on leur rend hommage. Que dit cet engouement pour cette décennie-là, en France notamment ? Décryptage d’un phénomène.

A-t-on déjà autant commenté et regretté les années 80 que lors des années 2020 ? En 2026 particulièrement. En corollaire, une autre interrogation : cette décennie ne bénéficie-t-elle pas d’une nostalgie jamais démentie ? En tout cas, on ne compte plus les tendances mode, chaussures, deux-roues, événements, sorties, projets, spectacles, films, tournées, chansons, romans, qui tendent actuellement à accréditer cette tendance.

Michael, The Cure, Jacky…

Le triomphe de Michael, biopic narrant la première partie de vie de Michael Jackson vient de dépasser les cinq millions d’entrées, le dernier film du duo Toledano-Nakache, Juste une illusion, pensé comme une bouffée de nostalgie, a franchi le cap des deux millions, The Cure remplit en quelques minutes trois arènes de Nîmes, voire le succès inouï, sur notre site internet, d’un article consacré à Jacky, l’un des animateurs du club Dorothée… On tient là quelques épiphénomènes qui disent l’attachement à une époque, à une période regrettée.

Les années 1980 vues par le duo Nakache-Toledano, avec leur nouveau film Juste une illusion.	M.Moutier/ALLOCINé
Les années 1980 vues par le duo Nakache-Toledano, avec leur nouveau film Juste une illusion. M.Moutier/ALLOCINé
M.Moutier/allociné

La musique et les chansons en restent un des principaux vecteurs (lire page ci-contre), et ont formé une bande-son qui accompagne encore aujourd’hui ferias, fêtes votives, fiestas de boomers ou soirées d’étudiants.
Mais les images produites et diffusées lors de ces années-là ont au moins autant contribué à forger l’identité de cette décennie, sur grand et petit écran.

Corrida et NBA

Des innovations technologiques y ont contribué. Le magnétoscope et la K7 vidéo ont permis d’enregistrer et de voir et revoir à loisir films, émissions, séries, etc. L’apparition de la télécommande a aussi changé le rapport à la télévision (on zappe), et les chaînes privées (feu La Cinq, M6) comme celle nouvellement cryptée, ont bouleversé programmes, habitudes et usages. Canal +, surtout, qui proposa, et l’afficha comme sa raison d’être et sa profession de foi, ce que l’on ne voyait jusqu’alors nulle part ailleurs : les matches du championnat de France de football et tous ceux de Coupes d’Europe, du basket américain (Michael Jordan et la NBA entraient dans nos foyers), ou des films accessibles six mois après leur sortie en salle. Mais aussi, des corridas (en prime time !) ou du porno (un peu plus tard…), ce qui relèverait de l’impensable aujourd’hui.

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On touche peut-être là ce qui a permis aux années 1980 d’infuser longuement, jusqu’à se retrouver prêtes à consommer (visionner, écouter) aujourd’hui : le sentiment d’une explosion de nouveautés (libération des ondes, et apparition des radios libres), avec des pans entiers de ce que l’on n’appelait pas encore la pop culture qui quittaient les marges pour devenir la norme.

“Cette notion de rendez-vous”

Et ce dans une France pas encore archipélisée comme elle l’est désormais, même si des chapelles, déjà, existaient.
Une période charnière, riche en découvertes, certes, mais sans tomber dans l’abondance illimitée que permet désormais le streaming.

“On est nostalgique de sa jeunesse…”

Les années 80, le romancier Fabrice Caro (Fabcaro pour les fans de BD) y retournait avec son dernier livre, Les Derniers jours de l’apesanteur (Gallimard, 2025), chronique mélancolique et hilarante d’une année de terminale, observée du point de vue d’un lycéen à la fin de cette décennie-là.

Mais l’Héraultais dit ne pas être, “dans le “c’était mieux avant”. Je ne le pense pas. Les problèmes ont changé, mais il y en avait déjà dans les années 80. Ce n’était pas mieux mais différent. Après, tout dépend de ce que l’on met derrière le mot nostalgie”. Fabrice Caro privilégie “la nostalgie positive. J’aime chercher et trouver de vieux objets, j’adore me balader dans mon enfance ou mon adolescence. En fait, on est nostalgique de sa jeunesse, on reste attaché à la décennie de son adolescence. La génération qui vient après la mienne, reste par exemple attachée aux années 90…”

Ceci dit, il reconnaît que “les années 70-80, c’était particulier quand même… On les voit souvent comme fluo, mais il y a un peu de ça, ce côté explosif, joyeux insouciant. La musique, je trouve, avec l’arrivée des synthés sautillants en rend bien compte…” Avant de relativiser : “Mais tout n’était pas gai. Les années 80, c’est aussi des conflits, l’arrivée du sida, la hausse du chômage, la fin des Trente glorieuses… Mais, malgré tout, je garde le positif.”

L’auteur de bandes dessinées et romancier Fabrice Caro l’exprimait à sa façon, en octobre dernier sur Radio Nova, à l’occasion de la sortie de son dernier roman, Les Derniers jours de l’apesanteur (Gallimard), qui se déroule pendant ces années 1980 qu’il a vécues en tant que lycéen : “Avant l’explosion des médias, on se retrouvait en fait sur un nombre de choses vachement plus réduites. Et il y avait cette notion de rendez-vous : s’il y avait deux séries dans la semaine, on parlait tous de ces deux séries, s’il y avait dix tubes, on parlait tous de ces dix tubes. C’était plus enrichissant.”

Depuis, chercher à retrouver le goût des années 80 semble confiner à une inlassable quête. Un exemple parmi tant d’autres, le plus révélateur peut-être : avec la série Strangers things, les frères Duffer ont réussi à encapsuler dans le même programme les hits de Kate Bush, Peter Gabriel, Prince ou Bowie, et les films de Spielberg ou John Carpenter, et, partant, à trouver la martingale : carton mondial sur Netflix.

Chômage et sida, aussi

Tout ceci posé et documenté, vient le moment de rappeler que les années 80 n’étaient pas qu’insouciance et fraternité. On n’était pas sorti de la Guerre froide, un acteur ultra conservateur régnait à la Maison Blanche, une Dame de fer au 10, Downing street, et le communisme soviétique le plus chimiquement pur de l’autre côté du rideau de fer. Des marées noires mazoutaient plages et oiseaux régulièrement, le sida décimait une génération, le chômage atteignait des sommets historiques, et, le 16 mars 1986, le Front national obtenait ses 35 premiers députés.

Quelques exemples épars pour ne pas oublier que les fractures, ou inquiétudes d’aujourd’hui, troublaient et divisaient déjà il y a quarante ans. Un droit d’inventaire que même les années 80, et la nostalgie qui s’y attache, méritent assurément.



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