
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarité, était ce vendredi 12 juin dans le Gard. Il a rendu visite aux directeurs des ressources humaines, réunis à l’initiative de leur association nationale (ANDRH) au Pont du Gard, puis est allé sur le site d’Orano, à Marcoule. À l’occasion de son déplacement en terre gardoise, le ministre a fait le point pour Midi Libre.
Vous intervenez au congrès national de l’ANDRH. Quelle était la teneur du message que vous souhaitiez faire passer ?
Je veux dire aux DRH que je suis un peu leur ministre. Le ministère du Travail et des Solidarités, c’est le ministère qui met l’humain au cœur du développement de notre pays, des enjeux de notre pays. Ce ministère engage des tas de dossiers pour permettre l’accès à l’emploi, l’insertion professionnelle de tout un tas de cibles. Je pense aux jeunes, aux travailleurs expérimentés, à des sujets très importants comme l’emploi des femmes. Penser aussi comment la France est capable d’apporter les salariés dont les grands secteurs en développement de notre pays ont besoin, dans l’industrie en particulier. Et qui, dans les entreprises, porte ces sujets ? Ce sont les DRH.
Vous lancez un New Deal du Travail. En quoi consiste-t-il ?
Le concept du New Deal du Travail, c’est en gros de dire le monde du travail change. Il y a, certes, quelques invariants. Je pense aux fondamentaux que sont, par exemple, la santé, la sécurité au travail pour tous les travailleurs. C’était vrai hier, ça l’est aujourd’hui, ça le sera demain. Il faut le mettre en numéro un, bien évidemment. J’ai la conviction que le travail, même si les formes changent, reste un formidable moyen de se réaliser, de se développer tout au long de sa carrière. Par contre, ce qui change, c’est la société. Le monde du travail reçoit les grandes transformations de la société. On peut les citer. Il y a le vieillissement, d’abord. C’est quelque chose qui frappe tous les pays occidentaux. On est tous confrontés à ce vieillissement de la population qui vient impacter le monde du travail. Ce qui pose, d’ailleurs, la question de la relation entre les travailleurs expérimentés et les plus jeunes. Comment arriver à les faire travailler ensemble avec des idées de mentoring croisés entre les deux populations. On a aussi la notion de temps libre. Les entreprises nous disent qu’elles veulent de la flexibilité. Mais les salariés veulent de la souplesse dans leur vie. Vous avez pas mal de divorces. Vous avez des familles monoparentales. Quand il faut s’occuper des enfants, vous avez besoin de temps libre. Vous avez le phénomène des aidants aussi. Vous avez des gens autour de la cinquantaine qui ont des parents, en situation d’autonomie difficile, et ils ont aussi besoin de temps. On voit bien aussi qu’il faut apporter de la souplesse dans la manière dont on organise le travail pour que les salariés puissent se libérer. Il y a aussi tout ce qui est partage de la valeur, rémunération. Il y a le salaire, certes, mais il y a d’autres formes de rémunération. Comment arriver à mieux associer les bons résultats d’une entreprise avec des salariés ? Il y a l’intelligence artificielle, qui va percuter le monde du travail.
Quelle place donner aux Seniors dans le monde du travail d’aujourd’hui ?
C’est une idée fondamentale qui est très directement liée au recul de l’âge de la retraite. C’est bien d’envisager de partir à la retraite plus tard, mais il faut que les gens aient un travail. Il est crucial de maintenir dans l’emploi les travailleurs expérimentés, les 50 et plus. Je n’aime pas trop le mot Seniors. Il est connoté un peu ancien. À 50 ans, on est en pleine forme, on n’est pas un Senior, on est un travailleur qui a 50 ans, point. Il a devant lui une quinzaine d’années encore de potentiel de travail, de formation, de développement de compétences, de promotion interne, de projets personnels. Voilà, donc c’est ça qu’il faut mettre dans la tête des gens. On a un accord interprofessionnel, et ça, j’y tiens.
Il y a des entreprises qui ont des plans seniors, des plans 50 et plus, plus efficaces, avec justement de la promotion, de la formation. On leur fait confiance, on leur tend la main, on leur envoie le message qu’ils sont partie intégrante du projet de cette entreprise.
On a beaucoup progressé sur les salariés entre 50 et 60 ans, on est quasiment au niveau européen. Par contre, quand on a 60 ans, on est encore décalé. Donc il faut travailler, et le plan que je prépare, il y aura deux grands volets. Il y a des entreprises qui ont des plans seniors, des plans 50 et plus, plus efficaces, avec justement de la promotion, de la formation. On leur fait confiance, on leur tend la main, on leur envoie le message qu’ils sont partie intégrante du projet de cette entreprise. Et puis il y aura les gens eux-mêmes. Je pense que c’est très important, quand on a 45 ans, 50 ans, de commencer à réfléchir à cette deuxième partie de carrière, qu’on se prenne en main, qu’on se projette, qu’on ait toujours de l’envie. C’est là-dessus que je vais travailler. Je prépare toute une série de mesures qui seront rendues publiques à la rentrée.
En 2027, nous aurons une élection majeure. Allez-vous faire quelques propositions, dans le cadre du débat public ?
Mon module du travail sera à peu près terminé à la rentrée. J’y rajouterai des réflexions sur le coût du travail, sur les bas salaires, sur le SMIC, les allègements généraux, comment on peut s’y prendre pour qu’on puisse décoller du SMIC. On a peut-être trop de travailleurs en France qui sont autour du SMIC, et comment on s’y prend pour qu’ils puissent enclencher une progression salariale. Il y a aussi des sujets autour du financement de la protection sociale. Autant de sujets de fond sur lesquels je vais donner un avis, qui sera un avis personnel, nourri par mon expérience. Je serai prêt à partager ce matériau avec tous les candidats qui seront intéressés.
Vous êtes allé sur le site Orano, à Marcoule. Là encore quel message souhaitiez-vous faire passer ?
J’ai commencé à travailler sur des secteurs en développement, des secteurs stratégiques, qui comptent pour la souveraineté du pays. On voit bien les grands enjeux de souveraineté et de compétition mondiale. On a la chance, en France, d’avoir des grandes industries, par exemple sur la défense. On veut amplifier cet effort en faveur de la défense française et européenne, il y a toute l’industrie de la défense qui est derrière. Pour améliorer le lien entre le monde du travail et le monde de la défense, j’ai nommé la générale Dominique Witt pour nous aider justement à mieux travailler ensemble.
La France va devenir un grand pays producteur d’électricité. C’est l’équivalent du pétrole d’hier. Et c’est une chance extraordinaire pour notre pays.
Cela fait déjà quelques mois qu’elle est dans l’action, elle va me présenter un plan dans quelques semaines. Je peux vous dire, par exemple, sur la marine, ça fait plusieurs fois que je me rends dans le Var, elle passe des commandes, et je veille à ce que tout le tissu industriel du Var participe à cet effort de défense. Je veux faire pareil avec le nucléaire et l’énergie, et plus largement toute la transition écologique. La chance dans notre pays est d’avoir le nucléaire, d’avoir de l’électricité, à la fois civile et militaire. Vous savez, l’électricité, c’est notre or blanc à nous. La France va devenir un grand pays producteur d’électricité. C’est l’équivalent du pétrole d’hier. Et c’est une chance extraordinaire pour notre pays. Une entreprise comme Orano, qui est au cœur de cette filière énergétique, de cette filière nucléaire, je veux la soutenir. Là encore, je suis en train de rechercher une personnalité de haut niveau qui nous permettra de vérifier qu’on est en capacité d’amener à ce secteur tous les salariés, toutes les compétences dont ils ont besoin pour se développer.
Vous avez fait référence à l’intelligence artificielle, qui va transformer beaucoup de choses en matière d’emploi. Y a-t-il une mission ou une réflexion sur les emplois de demain, avec l’émergence de l’IA ?
Oui, je me suis emparé du sujet IA à bras-le-corps en tant que ministre du Travail. Je me suis demandé ce que je pouvais apporter, moi, dans le cadre de mon ministère. Il y a deux missions à mener. La première, c’est de la formation professionnelle. Je souhaite bâtir un programme très puissant, une ingénierie de formation, pour que 15 millions de travailleurs français soient formés à l’IA dans les trois ans qui viennent. On va présenter, mettre en place un plan très puissant de formations pour que chaque travailleur français soit à l’aise avec l’IA. Après, son entreprise reprendra tout ça, apportera les spécificités de l’entreprise. La deuxième mission, c’est d’aider les PME et les TPE, parce que les grandes entreprises n’ont pas besoin de l’État. Elles sont assez grandes pour savoir ce qu’elles doivent faire en matière d’IA. Par contre, j’ai une pensée pour les chefs d’entreprise de ces petites entreprises qui sont à la fois le patron, le DRH, le directeur commercial, le directeur de la production, on va essayer d’avoir un booster. Les chambres de commerce pourraient nous aider. Toutes les agences de France Travail pourraient nous donner un coup de main, un coup de démarrage pour que toutes les entreprises françaises puissent se lancer dans l’intégration de l’IA dans leur virage et dans leur processus.
Dernier point, la transparence salariale. Vous avez transmis au Conseil d’État le projet de transposition de la Directive européenne. Quelles peuvent être les étapes, les échéances sur ce dossier-là ?
Ce dossier de la transparence salariale entre dans un grand champ de mon ministère, qui est de favoriser l’emploi des femmes. Il faut vraiment dire à tout le monde, les jeunes femmes peuvent faire tous les emplois, y compris chez Orano. Les jeunes femmes peuvent être techniciennes, ingénieurs, elles sont les bienvenues. Et on a besoin d’elles. C’est le premier message. Deuxièmement, on veut permettre aux femmes de se sentir bien dans l’univers du travail. Ça veut dire s’occuper de leur santé, des sujets spécifiques à la santé des femmes au travail qui sont liés à la nature même d’être une femme. Je pense aux grossesses quand on est jeune, je pense à la ménopause quand on est plus âgé, à l’endométriose pour certaines. L’égalité salariale vient compléter le dispositif de la même manière. Il n’est pas normal qu’à travail égal, une femme gagne moins qu’un homme. C’est le sens de cette loi qui est une transposition d’une directive européenne.
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Le projet de loi a été présenté au Conseil d’État. J’espère qu’il pourra passer au Conseil des ministres avant l’été et qu’ensuite, à l’automne, ce projet de loi puisse être discuté au Parlement, qu’il soit voté en fin d’année. Et il faudra prendre du temps pour l’application parce qu’on sait que, notamment les DRH dont on parlait, ont besoin d’un peu de temps pour préparer la mise en œuvre. On donnera le temps suffisant. Et en fait, l’objectif vraiment de mise en œuvre, ça sera début 2028.
