
De François Hollande ou Bernard Cazeneuve à Michel Barnier ou Xavier Bertrand en passant par Dominique de Villepin, d’ex-figures de premier plan du personnel politique français continuent d’espérer en une candidature pour la présidentielle de 2027
Giuliano da Empoli, écrivain et conseiller politique de Matteo Renzi lorsque ce dernier était président du Conseil italien, a un jour avoué sa stupéfaction d’observer, avant chaque élection présidentielle en France, qu’une centaine de personnalités étaient peu ou prou convaincues d’avoir leur chance dans cette compétition.
On ne peut lui donner tort. Hors les principaux candidats déjà en lice, on voit en effet se multiplier les envies plus ou moins déclarées de nombreux prétendants venus d’horizons divers. Des partis politiques, certes, mais aussi de la société civile pour certains s’imaginant un destin, tels Michel-Edouard Leclerc, Mathieu Pigasse, ou… Natacha Polony, par exemple.
Méthode Coué ?
Mais il est une catégorie bien spécifique, où l’on trouve plusieurs acteurs politiques de premier plan, ex-Président, ex-Premier ministre, ou élus de poids, dont les chances de l’emporter le 2 mai prochain, si l’on en croit les sondages, semblent minces. Mais ils y croient quand même très fort. Persuadés qu’ils pourront, à un moment donné, faire figure de dernier recours, celui vers qui, au nom de l’expérience, les troupes de son parti se tourneront, tant personne n’arrive à percer dans leur camp respectif.
Comme souvent, François Hollande reste le plus habile à formuler cette tendance et cette ambition, qu’il théoriserait sous l’appellation de “la stratégie du trou de souris”. Une autre forme de la méthode Coué, cingleront leurs détracteurs, mais qu’il n’est pas inintéressant d’étudier quand tant de ténors s’y accrochent. François Hollande ou Bernard Cazeneuve du côté de la gauche sociale-démocrate, Michel Barnier ou Xavier Bertrand pour la droite de gouvernement, ou le plus inclassable Dominique de Villepin, sont dans ce cas.
Et avec ce seul quintet, on compte trois anciens hôtes de Matignon, un ex-chef de l’État, et un président de Région en exercice. Et tous de ne jamais omettre de rappeler leurs plus hauts faits d’armes et l’épaisseur de leur CV, en attendant que les planètes s’alignent en leur faveur. Et en snobant dans le même temps toute idée de participer à une primaire.
“Pas dans la même cour”
Ce que Hussein Bourgi, sénateur PS de l’Hérault et observateur avisé, décryptait ainsi la semaine dernière : “Certains partent à la présidentielle par manque de lucidité sur leur aptitude à jouer les premiers rôles, d’autres parce qu’ils veulent prendre date pour la suite, ou qui voient les primaires comme un accélérateur de notoriété. Ceux qui sont vraiment aptes à jouer les premiers rôles ne souhaitent pas descendre dans cette arène, ne veulent pas s’y abîmer. Estimant, à juste titre pour certains, qu’ils ne jouent pas dans la même cour.”
David Gouard, chercheur en sciences politiques au Cepel de l’Université de Montpellier, voit, lui, dans cette émergence de candidats madrés et attentistes, “une forme d’affaiblissement des partis traditionnels, notamment les deux qui ont longtemps structuré la vie politique française. Ces candidats-là se portent volontaires parce qu’ils constatent une crise de leadership dans leur camp, au parti socialiste comme chez les Républicains. Et on notera qu’imaginer une candidature de recours, revient aussi à accentuer encore un peu plus cette crise de leadership !”
Quand le chemin se resserre
Mais, ajoute le politologue, “la campagne avance malgré tout, avec des candidats déclarés, légitimés, par exemple, quand ils sont invités par le Medef. Donc pour Hollandes et les autres, le risque est que le chemin se resserre peu à peu. C’est même le plus probable”.
D’autant que, pour tous ceux cités ici qui espèrent pouvoir emprunter cet étroit chemin vers une candidature (auxquels on peut ajouter David Lisnard, président de l’Association des maires de France, et maire de Cannes), les handicaps à surmonter, au-delà même du contexte politique, resteront nombreux. Et le gain de 500 parrainages ou le bouclage du financement d’une campagne électorale ne sont pas les moindres.
