
Si aucun élément nouveau ne permet encore d’identifier les auteurs des menaces de mort visant le maire d’Alès (Gard), qui seraient liées à “la DZ Mafia, la DZ-NG” (nouvelle génération), la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille a tout de même repris, ce vendredi après-midi, le dossier.
Une enveloppe déposée dans la boîte aux lettres du maire d’Alès (Gard), deux cartouches de calibre 9 millimètres glissées à l’intérieur, des inscriptions menaçantes revendiquées au nom de la “DZ nouvelle génération” (DZ Mafia) et un élu directement visé dans son intimité. En moins de vingt-quatre heures, les menaces adressées à Christophe Rivenq (Les Républicains) ont pris une dimension nationale.
Ouverte jeudi 16 juillet par le parquet d’Alès pour des faits de menaces de mort sur un élu, violences et intimidation, la procédure avait d’abord été confiée au commissariat d’Alès et à la direction de la lutte contre la criminalité organisée et de la délinquance spécialisée (DCOS) du Gard. Mais, ce vendredi 17 juillet après-midi, la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille a repris le dossier.
“L’enquête va se poursuivre sous la houlette et la direction de la JIRS, c’est-à-dire la juridiction interrégionale spécialisée. C’est une juridiction spécialisée en matière de criminalité organisée”, explique le procureur de la République d’Alès, Abdelkrim Grini. “Ce sont les magistrats de la JIRS de Marseille qui vont continuer l’enquête, en lien notamment avec les policiers.”
“Je ne crois pas à la mauvaise blague”
Au cœur des investigations figure la signature évoquant la “DZ-NG”. Pour le procureur, il serait prématuré d’affirmer qu’elle renvoie avec certitude au groupe criminel marseillais, mais il refuse d’écarter cette hypothèse. “La connotation DZ Mafia, DZ-NG figure bien sur l’enveloppe. Est-ce une réalité ou une appropriation par quelqu’un ? Sincèrement, je ne crois pas à la mauvaise blague. Je crois plutôt à la piste sérieuse et à la piste grave d’une potentielle implication de membres de ce groupe.”
Le magistrat insiste sur la nécessité de traiter cette affaire avec la plus grande prudence. “Vu la nature des faits, vu leur gravité et vu la qualité de la victime, on ne tergiverse pas. Nous ne sommes pas là à nous demander si c’est l’œuvre d’un hurluberlu. Nous partons du principe qu’il s’agit de faits d’une particulière gravité.” À ce stade, aucune interpellation n’a été réalisée. Les investigations se poursuivent.
Christophe Rivenq, une cible en raison de son engagement ?
Pour Abdelkrim Grini, un élément ne peut être ignoré : l’engagement répété du maire d’Alès dans la lutte contre les trafics de stupéfiants. “M. Rivenq a, à plusieurs reprises, pris la parole officiellement pour dénoncer le trafic de stupéfiants. Il a soutenu publiquement l’action de la justice et des forces de sécurité intérieure. Il a salué les résultats obtenus et met à disposition la police municipale lors d’opérations contre les points de deal.” Le procureur poursuit : “Le maire est peut-être identifié par certains membres de ces groupes criminels comme une personne qui lutte de manière âpre contre le narcotrafic. C’est une réalité.”
Ces déclarations rejoignent l’analyse formulée par Christophe Rivenq lui-même. Ce vendredi après-midi, moins de vingt-quatre heures après les faits, l’élu estimait que cette intimidation constituait paradoxalement un indicateur de l’efficacité de l’action menée localement. “Si ces criminels en arrivent à de telles extrémités, cela prouve que le travail mené conjointement par la police et la justice est efficace et commence à les gêner sérieusement aux entournures.“
“Je refuse de me laisser intimider”
Pour le maire d’Alès, le franchissement d’un seuil est incontestable. Cette fois, ce n’est plus l’élu qui est visé dans l’exercice de son mandat, mais l’homme et sa famille. “Il est hors de question de montrer la moindre faiblesse face à un tel acte. Je refuse de me laisser intimider. Après la sidération, ma priorité a été de protéger mes proches. Mais je refuse de montrer la moindre faiblesse. Je refuse de me laisser intimider.” Malgré les propositions de protection rapprochée, Christophe Rivenq affirme vouloir poursuivre normalement son activité. “Si le maire recule, c’est la République qui capitule devant la force brutale. Nous ne céderons pas un millimètre carré de notre territoire aux trafiquants.”
L’enquête se poursuit désormais sous l’autorité de la JIRS de Marseille. Les magistrats spécialisés devront établir si la signature de la DZ Mafia correspond à une implication réelle de cette organisation criminelle ou à une usurpation destinée à renforcer l’effet d’intimidation. En attendant, un déploiement de CRS est prévu dans la capitale des Cévennes pour mener des opérations d’envergure avec pour objectif d’envoyer un signal de fermeté absolue.
