
En ce 22 août, jour de la Libération de Béziers, remontons le temps… Et attardons-nous sur un épisode majeur de l’histoire locale. Le 7 juin 1944, lendemain du Débarquement, s’est déroulé à Béziers un épouvantable crime de guerre. Descendants et chercheurs tiennent à ce que le drame de Fontjun reste inoubliable. Récit d’un traumatisme fédérateur.
Encore gravé dans les ruines d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), le retrait des troupes nazies à la fin de la Seconde Guerre mondiale reste l’un des traumatismes les plus profonds de l’Histoire de France. Le 10 juin 1944, les Allemands y massacrent plus de 600 civils.
Cette exaction, conséquence du débarquement américain du 6 juin en Normandie, ponctue quatre jours de panique, d’horreur et de désorganisation.
Le chant du cygne de la résistance locale
Dans le Biterrois, les maquisards profitent de la confusion pour réunir leurs ultimes forces et faire imploser l’occupant nazi. Autour du secteur ouest de Béziers, le maquis de Latourette, fondé par Jean Bène et dirigé par Jean Girvès, prépare une opération inédite.
“Après avoir reçu un ordre de montée au maquis diffusé sur la BBC, un convoi s’organise le soir du 6 juin au départ de Capestang avec, en ligne de mire, un point de rendez-vous à Saint-Chinian”, raconte Richard Vassakos, docteur en histoire contemporaine.
Une rencontre désastreuse
72 résistants, principalement issus de Capestang et alentours, prennent alors les armes et montent dans deux camions qui s’enfoncent en pleine nuit dans la garrigue. Vers minuit, alors que le convoi franchi le col de Fonjun, les maquisards tombent sur un obstacle qui va complètement bouleverser leur plan : un autobus rempli d’Allemands !
Les coups de feu partent. Les troupes sont dispersées. Cinq résistants sont abattus et 18 autres sont capturés et transférés à Béziers. “Après une nuit entière de torture improductive, le général Van Praun, furieux, ordonne l’exécution publique des rebelles pour terroriser la population“, révèle Richard Vassakos. Le 7 juin, aux alentours de 14 h, les maquisards capturés sont emmenés sur la place du Champ-de-Mars.
Les résistants fusillés, Capestang mutilée
Une scène aussi dramatique qu’inoubliable se joue alors sous les yeux du public biterrois réuni de force pour assister à l’exécution collective. “Ils sont abattus par salves de six. Trois rafales, et les 18 martyrs sont fusillés en une poignée de minutes”, soupire l’expert du sujet.
Parmi eux, une femme, Juliette Cauquil, à qui il a consacré un ouvrage. “Elle aurait craché au visage des nazis, avant de crier “vive la France” “. Et si les souvenirs sont parfois volatils huit décennies plus tard, un vestige de ce crime de guerre se porte garant de la mémoire des héros locaux. « Un mur, celui face auquel ils ont été criblés de balles », indique Richard Vassakos.
Mais la tragédie ne s’est pas arrêtée là. Si ce traumatisme, reste gravé dans la pierre, une plaie bée encore dans le cœur des Capestanais. “Le 9 juin 1944, en guise de sanction au village de Capestang, terreau fertile du maquis, 140 hommes sont raflés et envoyés au travail forcé en Allemagne”, raconte Jacques Chamayou, metteur en scène de la pièce de théâtre à succès, Fonjun 44.
L’un d’entre eux, juif et déporté à Auschwitz, ne reviendra jamais.
