
Après les données cadastrales et les données fiscales des contribuables, une fuite relative aux informations liées aux successions a été dévoilée ce mardi. Explications, et réactions.
En moins d’une semaine, le fisc a été la victime de trois fuites de données distinctes.
Qui est concerné par ces cyberattaques ?
En juin et juillet 2026, des accès illégitimes à certaines données du système d’information de la Direction générale des Finances publiques (la DGFiP) ont eu lieu, à la suite de l’usurpation des identifiants d’agents publics. “Ces accès ont permis la consultation et l’extraction de certaines données concernant des particuliers et des professionnels”, était-il indiqué ce lundi sur le site impots.gouv.fr. Où l’on assurait que la DGFiP en a eu connaissance le 12 août dernier. Un peu plus de 350 000 particuliers et 250 000 professionnels sont concernés par ce vol de données sensibles.
Des vols de données relatives au cadastre avaient été constatés en parallèle. Et ce mardi, Amélie Verdier, la directrice générale de la DGFiP, a annoncé une “troisième fuite”, sur des données liées aux successions, qui aurait été “rapidement coupée”, selon ses propres termes.
Et d’affirmer que les informations sont moins sensibles que pour la fuite relative aux données fiscales des entreprises et particuliers, les comparant à celles que l’on trouve dans des “annonces légales” publiques.
Quelles données ont pu être consultées ?
Il peut s’agir, concernant les particuliers touchés en juin et juillet, de “votre identifiant fiscal, votre état-civil, vos coordonnées postales, téléphoniques et électroniques et votre situation fiscale (situation de famille, nombre de personnes à charge, nombre de parts, revenu fiscal de référence, taux de prélèvement à la source), ainsi que la liste des messages que vous avez échangés avec la DGFiP par la messagerie d’impots.gouv.fr”, répond le gouvernement à cette question.
Pour les entreprises, il s’agit de données telles que leur raison sociale ou de leur numéro Siren (le Système d’Identification du répertoire des entreprises).
Que faire, ou… ne pas faire ?
Ce lundi 17 août, la DGFiP a commencé à prévenir les Français concernés par la cyberattaque contre le site des impôts. Qui seront prévenus par courrier ou par mail. Nul n’a donc besoin d’effectuer une démarche pour savoir s’il est concerné ou pas. Ce courrier ou courriel indiquera à ceux qui le recevront “les données susceptibles d’avoir été consultées ou extraites et, le cas échéant, les mesures de vigilance à adopter”, a assuré le ministère de l’Action et des Comptes publics.
Le message que les victimes recevront ou ont déjà reçu, les avertit que ces données peuvent principalement être utilisées dans le cadre d’escroqueries, ou d’usurpation d’identités, “par l’intermédiaire de messages […] ou d’appels rendus plus crédibles par la mention des données personnelles dérobées”.
“Ce n’est que le début…”
Mohammed Boumediane préside le groupe Zewit, basé à Montpellier, spécialisé dans la cybersécurité. Joint par Midi Libre ce mardi, il ne s’avérait “pas étonné” par cet enchaînement de fuites dont l’administration fiscale est la victime.
“Depuis un an, ce type de fuites se multiplie par mille. Et je n’exagère pas. C’est lié à l’utilisation de l’intelligence artificielle, qui permet de trouver de plus en plus rapidement des failles de sécurité. L’IA trouve facilement ce que l’humain n’arrive pas, ou traîne, à corriger. Et le seul moyen de contrer l’IA, c’est d’utiliser l’IA”, explique-t-il.
Avant d’assurer : “Et ce n’est que le début d’une nouvelle ère. Toutes les entités publiques ou privées doivent faire appel à des centres opérationnels de cybersécurité”.
Les services de l’État alertent également et recommandent donc de “toujours rester méfiant face aux courriels, SMS, appels téléphoniques ou messages non sollicités”. Et de ne “jamais communiquer codes, identifiants, mots de passe, ou, coordonnées bancaires en réponse à une sollicitation”. Ni, bien sûr, de procéder à un quelconque transfert d’argent. Tout démarchage en ce sens s’avérera inévitablement frauduleux.
Gouvernement, fisc : des conséquences ?
C’est peu dire que le gouvernement est pour le moins embarrassé par cet enchaînement de fuites qui a conduit David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, à présenter des “excuses”. “Nos systèmes d’information comportent des faiblesses”, a-t-il reconnu.
Du côté de l’opposition, le parti socialiste réagissait mardi avec une “demande de constitution d’une commission d’enquête sur les atteintes à la sécurité des systèmes d’information de la DGFiP et les fuites de données fiscales”, formulée par le président du groupe PS au Sénat Patrick Kanner, ainsi que l’a confirmé à Midi Libre le sénateur PS de l’Hérault, Hussein Bourgi.
Selon qui, “on cherche notamment à savoir pourquoi il y a un tel décalage entre ces fuites et leur révélation. Et quelles informations ont réellement été détournées ? Parce que la guerre entre pays passe aujourd’hui par les cyberattaques. Qui peuvent mettre l’économie d’un pays à genoux.”
