
Depuis le 1er décembre 2025, la réforme promettant une prise en charge intégrale des fauteuils roulants peine à se concrétiser. Sébastien Brun, président du syndicat des pharmaciens de l’Hérault, dénonce des dysfonctionnements persistants, qui obligent des patients à avancer des frais, et, parfois, les amènent à renoncer au soin.
Une prise en charge intégrale, et un parcours simplifié grâce à un guichet unique, l’Assurance maladie : la réforme du 1er décembre 2025 ouvre la perspective d’un accès simplifié aux fauteuils roulants, qu’ils soient loués ou achetés. Justice sociale, accessibilité… la réforme annonçait en finir avec “des restes à charge très élevés”.
Selon le gouvernement, chaque année, 150 000 personnes acquièrent ce matériel, 500 000 optent pour une location, et au quotidien, 1,1 million de personnes ont besoin d’un fauteuil. Ponctuellement, après un accident de la vie, ou à long terme en cas de polyhandicap.
Dix mois plus tard, Sébastien Brun, président du syndicat des pharmaciens de l’Hérault (FSP34), tire la sonnette d’alarme : “La promesse n’est pas tenue”, s’inquiète-t-il dans une lettre ouverte au président de la République et à la ministre de la Santé, envoyée le 3 septembre.
Depuis, “rien de nouveau”, constate le pharmacien, installé à Baillargues. Pour lui, “le constat est sans appel : les dysfonctionnements persistent”, au gré de “procédures complexes, interprétations divergentes, retards de traitement, insécurité administrative”.
Pire, il fait état d'”une situation particulièrement difficile à accepter”, avec “des patients qui peuvent aujourd’hui être contraints d’avancer des sommes importantes alors qu’ils n’avaient pas à le faire avant la réforme”. “Les choses se sont améliorées pour les personnes polyhandicapées”, note-t-il néanmoins.
“J’ai dû relancer, donner les références”
Deux Héraultaises racontent. La première, Ghislaine Belot, 67 ans, l’admet : épuisée par des problèmes de santé à répétition, elle n’a pas eu la force de s’engager dans les démarches administratives nécessaires, après qu’une chute l’a sur un fauteuil, il y a quelques semaines. “Je n’ai pas envoyé les papiers, je n’en ai plus la force, j’ai payé”.
La deuxième, qui s’est fracturé la malléole après une chute de cheval en fin d’année dernière, a dû batailler pour se faire intégralement rembourser d’un fauteuil loué six semaines. “Au départ, le médecin n’était pas au courant, il a fallu refaire les documents. Puis, chaque semaine, j’ai dû faire une avance de frais. La mutuelle ne couvrait pas la totalité des frais et n’avait pas l’intention de le faire. J’ai dû la relancer, donner les références, j’y suis finalement arrivée !” détaille la jeune femme, demeurée six semaines sans pouvoir poser le pied.
On était début décembre, aux premiers jours de l’application de la réforme. Trop tôt pour que le circuit soit fluide ?
“Une réforme destinée à faciliter la vie des personnes”
“Lorsqu’une réforme destinée à faciliter la vie des personnes les plus fragiles finit par compliquer leur parcours mais aussi celles des professionnels de santé, il est de notre responsabilité collective de le dire. Se taire reviendrait à accepter que la communication prenne le pas sur l’efficacité”, déclare Sébastien Brun, président du Syndicat des pharmaciens de l’Hérault, dans le communiqué du syndicat, qui appelle le gouvernement à “ouvrir une véritable phase d’évaluation avec les professionnels de terrain”.
La profession “demande simplement que les procédures soient lisibles, applicables et pensées avec ceux qui accompagnent quotidiennement les patients”.
Dans la perspective du premier anniversaire de la réforme, en décembre, “la FSPF souhaite que cette date ne soit pas celle d’un bilan de communication, mais celle d’une remise à plat constructive permettant de rendre cette réforme pleinement opérationnelle”.
“Nous poursuivons le travail engagé avec les associations, les professionnels et l’ensemble des acteurs concernés pour répondre rapidement aux freins identifiés sur le terrain”, a déclaré Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées ) l’issue du comité de suivi du 15 avril 2026, qu’elle présidait.
“À l’encontre des promesses faites”
“On a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises auprès du comité de suivi de la réforme. Les choses se sont arrangées au printemps avec la Sécurité sociale, et on nous dit que tout devrait être parfaitement fluide en octobre prochain. Aujourd’hui, ça reste compliqué pour les personnes qui ont un accident de vie. C’est grave parce que ce sont nos patients, et c’est grave parce que ces problèmes administratifs vont à l’encontre des promesses qui ont été faites”, s’agace Sébastien Brun.
Le communiqué du syndicat des pharmaciens de l’Hérault fait part d’un “écart grandissant entre la promesse politique et le quotidien des patients”.
“Chaque jour, dans les officines, les pharmaciens voient des personnes en situation de handicap confrontées à des procédures administratives complexes, à des délais incompréhensibles et, dans certains cas, à des avances de frais qui n’existaient pas avant la réforme”, détaille le syndicat. Le président héraultais fait part d’interpellations très fréquentes de collègues dubitatifs, qui voient arriver quantité de dossiers incomplets. “Le médecin doit remplir un dossier de 16 pages, 8 d’évaluation et 8 de préconisations. C’est démentiel !”, s’inquiète-t-il. Un oubli, une imprécision, et le 100 % santé pour le fauteuil roulant est grippé. Sans compter les bugs informatiques qui paralysent la transmission du lourd dossier : “On ne peut pas transmettre un dossier qui pèse plus de 40 mégas. C’est l’équivalent de trois pages…”
Les sommes avancées peuvent sembler modestes, jusqu’à une centaine d’euros par mois, indique Sébastien Brun. La somme suffit parfois à bloquer l’accès à l’équipement.
“Une réforme peut être ambitieuse sur le papier. Elle doit surtout fonctionner dans la vraie vie”, conclut la FSP 34.
