Ils auraient dévalisé les kiosques : des élus d’Annecy accusés de s’être rués sur des journaux pour cacher les accusations de viol visant un adjoint



Reporters sans frontières et l’Essor Savoyard accusent, lundi 20 juillet, des membres de la mairie d’Annecy d’avoir acheté 1 000 exemplaires du journal le 4 juin pour masquer une affaire de viol visant le premier adjoint. Une razzia vaine, puisqu’elle a provoqué une réimpression exceptionnelle de l’hebdomadaire et son retour en kiosques 48 h plus tard. La mairie nie en bloc.

“Mauvais polar” à Annecy : des membres de l’équipe municipale se sont rués en kiosque début juin pour acheter des centaines de numéros de l’Essor Savoyard afin d’étouffer une affaire de viol, accusent lundi 20 juillet Reporters sans frontières (RSF) et l’hebdomadaire régional.

Dans leur enquête, l’ONG et le journal dénoncent une “opération de censure grossière et mal ficelée“, dont l’objectif était “d’étouffer une affaire de viol mettant en cause un élu : une information d’intérêt public“. La mairie conteste ces accusations.

Un record de vente

Les faits, qui remontent au 4 juin, sont dignes d’un “mauvais polar“, raille la journaliste de RSF, Haïfa Mzalouat. Ce jour-là, un nouveau numéro de l’Essor Savoyard sort en kiosques. À la Une : le témoignage d’un homme accusant de viol le premier adjoint au maire d’Annecy, Anthony Granger. L’élu a depuis été placé en retrait de ses fonctions par le maire et ancien ministre macroniste Antoine Armand.

D’après l’enquête de RSF et de l’Essor Savoyard qui a duré plusieurs semaines, les buralistes de la ville racontent leur surprise lorsqu’ils ont vu affluer soudainement de mystérieux clients avec un fort appétit pour le journal. Ils décrivent une véritable razzia : 20 exemplaires vendus par-ci, 50 par-là… Un homme dit vouloir s’en procurer une quinzaine “pour l’exposé de sa fille”. D’autres se font passer pour des salariés du journal et en achètent 146 en grande surface, prétextant qu’une erreur se serait glissée dans le numéro.

À l’heure du déjeuner, les deux tiers des points de vente sont dévalisés. L’Essor Savoyard, qui s’écoule généralement à 2 000 exemplaires, enregistre un record de vente : + 50 %, soit 1 000 exemplaires supplémentaires. Pour ne pas voir cette affaire enterrée, “tout un groupe (Le Messager/Rossel France) s’est mobilisé pour lancer une réimpression exceptionnelle, défi logistique inédit qui a permis un retour de l’hebdomadaire en kiosques 48 h plus tard”, écrit dans une publication LinkedIn le journaliste de l’Essor Savoyard, Maxime Petit.

“Un moment de panique”

Les buralistes affirment que ces acheteurs n’étaient pas des clients habituels. En recoupant des témoignages et des images de vidéosurveillance, RSF dit avoir identifié parmi eux plusieurs personnes directement liées à la mairie d’Annecy. Est cité le nom de Myriam Clerc, conseillère spéciale et ancienne collaboratrice parlementaire du maire quand celui-ci était député de Haute-Savoie. Interrogée par l’ONG et l’hebdomadaire régional, cette dernière n’a pas souhaité faire de commentaire.

Sous couvert d’anonymat, un membre de la majorité municipale confie à RSF et à l’Essor Savoyard que “certains élus ont été appelés pour acheter des journaux”. Une opération décidée d’après lui “dans un moment de panique“. Contacté par RSF et l’Essor Savoyard, Antoine Armand assure pourtant “qu’aucune consigne n’a été donnée et qu’aucune organisation n’a été mise en place” pour tenter d’étouffer l’affaire. Si elle était avérée, il “désapprouverait avec fermeté” cette opération.



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