DÉCRYPTAGE Présidentielle 2027 : “Des sensibilités différentes”… Jordan Bardella et Marine Le Pen sont-ils encore vraiment sur la même ligne ?



Marine Le Pen entend reprendre la main sur la ligne du Rassemblement national à l’approche de la présidentielle, en réaffirmant notamment ses positions sur les retraites et le port du voile. Jordan Bardella, favori des enquêtes d’opinion et potentiel Premier ministre, assure sa loyauté tout en revendiquant des “sensibilités différentes”, illustrant les tensions entre les deux dirigeants.

Dernière rentrée avant l’élection, premières sorties, nouvelles dissonances : pour lancer sa campagne présidentielle, Marine Le Pen réimpose sa ligne sur les retraites et le voile ; Jordan Bardella prend acte, sans enthousiasme, et réaffirme sa “sensibilité différente”.

La vie d’un couple exécutif est faite de désaccords et d’arbitrages. Mais au Rassemblement national “il n’y a qu’un seul numéro un, c’est le numéro un”, comme disait le fondateur du parti à la flamme, feu Jean-Marie Le Pen.

Rétablie dans son rang de “candidate naturelle” à l’Elysée depuis que la justice a levé son inéligibilité, Marine Le Pen a rappelé à tous qu’elle restait la patronne, à commencer par son jeune dauphin promis à Matignon en cas de victoire.

“L’essentiel nous rassemble”

Exit la réflexion sur un “nouveau système” de retraite, esquissée par Jordan Bardella au printemps. Cette fois-ci, le programme ne changera pas : comme en 2022, le RN défendra un retour aux 62 voire 60 ans, avec 42 voire 40 années de cotisation. “Un choix de société” parfaitement assumé par la candidate devant le Medef.

Un peu moins par son Premier ministre putatif, qui souhaite “mettre davantage en valeur la durée de cotisation” et “développer la capitalisation”. Mais s’empresse de démentir toute divergence avec sa mentore : juste des “sensibilités différentes“, assure-t-il, car “l’essentiel nous rassemble”.

La prudence s’impose, aussi, après l’éviction remarquée de son “éphémère conseiller spécial” François Durvye, qui désapprouvait la doctrine mariniste. Une “décision personnelle, pas politique” et “qui lui appartient“, selon Jordan Bardella. “J’ai souhaité son départ”, rectifie Mme Le Pen.

On ne contredit pas la cheffe, qui s’est entourée d’une équipe de campagne fidèle et dévouée. C’est d’ailleurs son indéfectible lieutenant Jean-Philippe Tanguy qui a confirmé sa volonté de “sanctionner le port du voile” islamique par “une amende”.

Exercice périlleux

Marqueur intangible du marinisme depuis sa première tentative en 2012, la mesure est moins fondamentale pour son successeur à la tête du RN. “L’interdiction dans la rue, ça ne se fait pas du jour au lendemain”, disait-il encore en mars 2025, soulignant que “l’application est compliquée”.

Dix-huit mois plus tard, la quadruple candidate a une solution simple : “soumettre par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes“, incluant notamment “la pénalisation du voile dans l’espace public”.

Bien obligé de suivre, l’aspirant Premier ministre temporise : cette consultation aura lieu “au cours du quinquennat”, la priorité restant au “premier référendum consacré à la reprise en main de la politique d’immigration”.

Il n’y aura donc “pas d’interdiction à proprement parler le lendemain matin de notre élection”, ajoute-t-il, rappelant sa préférence pour une extension de la loi prohibant les “signes religieux ostentatoires” à l’école, afin qu’elle “puisse s’appliquer dans les bâtiments de la sphère publique”.

La marge de manoeuvre est étroite, l’exercice périlleux. Les serments répétés de loyauté ne masquent pas les réticences. Mais Jordan Bardella garde un atout maître : sa popularité record dans les enquêtes d’opinion, encore vérifiée la semaine dernière à la foire de Châlons-en-Champagne.

Un lien privilégié avec les électeurs, qu’il pourra encore renforcer avec la sortie de son troisième livre en novembre et la tournée promotionnelle qui suivra.

En attendant, il entretient sa stature de potentiel chef de gouvernement en voyageant aux quatre coins de l’Europe. Après des visites au printemps chez ses alliés portugais, belges et polonais, il était vendredi à Birmingham pour discourir – en anglais – devant les troupes du britannique Nigel Farage.

Et samedi, il sera sur les berges du lac de Côme pour s’exprimer – peut-être dans son italien maternel – lors d’un forum économique réputé. Autant d’occasions de multiplier les interviews à la presse étrangère.

Pourtant, l’international relève traditionnellement du “domaine réservé” du chef de l’Etat. Mais, à ce stade, Marine Le Pen n’a pas prévu de déplacement hors de l’Hexagone. Sa rentrée politique se fera comme chaque année à la braderie d’Henin-Beaumont (Pas-de-Calais), le dimanche 13 septembre.



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