Lagune de Thau : comment est détectée la redoutable malaïgue et pourquoi ne s’est-elle pas déclenchée à ce jour malgré trois canicules



Depuis 20 ans, le SMBT et ses partenaires opèrent un suivi oxygène estival. Comment ? Et pourquoi, à ce jour, l’étang de Thau n’a pas déclenché d’anoxie malgré trois canicules alors que les spécialistes conviennent qu’il serait survenu, il y a 20 ans, dans les mêmes conditions ?

1. Comment s’organise le suivi oxygène de l’étang ?

Voilà maintenant 20 ans que le Syndicat mixte du bassin de Thau a mis en place en suivi estival régulier de la lagune de Thau. Il l’effectue avec plusieurs partenaires, qui renouvellent chaque année, au mois de mai, leur participation : Sète Agglopôle, l’Ifremer, le Cepralmar, le Comité régional conchylicole de Méditerranée (CRCM).

Des mesures en concentration en oxygène et la saturation en oxygène dans l’eau sont prises chaque semaine ainsi que la température et la salinité de l’eau. Dix-sept stations sont réparties tout autour de la lagune. Dix points de bordure sont mesurés sur la partie nord de l’étang par la brigade bleue de Sète Agglopôle. L’Ifremer, qui assure les suivis dans la lagune au travers de ses réseaux de surveillance habituels, en prend en charge quatre. Les trois derniers sont pris en charge par le CRCM, qui a déployé en 2024 des stations de mesure haute fréquence toutes les dix minutes, avec des capteurs dédiés dans le cadre de son application intelligente Conch Connect.

2 Quel est le protocole mis en place ?

Les relevés sont effectués les lundis et mardis matin et les bulletins sont édités et diffusés tous les mardis après-midi. “L’objectif est de publier un bulletin chaque semaine sur les 17 stations”, précise Romain Pete, chef de projet réseau d’observation lagunaire au SMBT, à l’origine de la mise en place du protocole. Au-delà la coordination, aucun partenaire ne prend la décision d’avertir les professionnels. C’est le CRCM, qui, au regard des résultats qui lui sont transmis, prend l’initiative d’informer l’ensemble de la profession.

3. Quels sont les seuils d’alerte pour la malaïgue ?

On entre dans des conditions hypoxiques lorsque les niveaux sont inférieurs à 2 milligrammes d’oxygène par litre d’eau. L’anoxie survient en dessous de 0,5 mg. C’est ce qui s’est passé en juillet 2025, dans certains secteurs de l’étang de Thau. Avec de lourdes conséquences, la malaïgue – les mauvaises eaux – entraînant la prolifération de bactéries et d’algues, et la mort par asphyxie des coquillages.

“On était dans le rouge mais pas partout”, précise Romain Pete, qui admet ne pas être en capacité de pouvoir anticiper le lieu et le moment où une malaïgue surviendra. Du coup, en cas de niveaux bas observés, des mesures sont relancées la même semaine, sans attendre le relevé suivant.

4. Que disent les relevés depuis le début de l’été ?

C’est une excellente nouvelle pour les conchyliculteurs et la lagune de Thau : malgré trois canicules ayant elles-mêmes engendré des canicules marines, le phénomène de malaïgue ne s’est pas, à date, déclenché. “La température de l’eau est montée très vite et est restée très élevée. On a souvent flirté avec les 30°. On les a même dépassés le 15 juillet avec 30,4°. Mais ça a tenu. Là, grâce aux épisodes de vent qui ont permis de brasser l’eau, on est a 28-29°”, détaille Romain Pete.

5. Que faut-il retenir ?

La situation, comme la météo, évoluant d’un jour à l’autre, la prudence doit rester de mise. Mais le constat d’un étang de Thau qui n’a pas basculé en anoxie malgré trois canicules est là. “Les événements extrêmes que l’on vit aujourd’hui auraient assurément déclenché une réaction de l’écosystème il y a 20 ans”, avance Romain Pete. “Il faut y voir le résultat des efforts consentis sur le bassin versant pour diminuer les intrants qui nourrissent l’anoxie. La lagune suit une trajectoire de restauration exemplaire, la rendant plus résistante. Les travaux de l’Ifremer montrent d’ailleurs que l’on a 6 fois moins d’occurrences d’anoxie que dans les années 70 à 90.

Directrice de l’Ifremer, Maria Ruyssen confirme le lien entre l’état d’une lagune restaurée et sa résistance aux phénomènes extrêmes. “On peut aujourd’hui parler de restauration écologique, avec une eau d’excellente qualité, et de résilience. Toutes les lagunes ne sont pas dans cette trajectoire-là.”

Puisse un quatrième épisode de canicule ne pas contredire la tendance.



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