
Carole Delga a convié, ce mercredi 1er juillet à Montpellier (à la Sud de France Arena), les acteurs économiques de la région. Elle échangera avec eux avant de débattre ensuite avec l’économiste Thomas Porcher, et le journaliste Dominique Seux.
Qu’est-ce qui motive votre venue à cette journée ?
Dominique Seux : J’aime rencontrer les forces économiques françaises parce que j’estime qu’il y a beaucoup plus d’énergie sur le terrain, dans toutes les régions, que dans les discours macroéconomiques un peu déclinistes que nous entendons. C’est une façon de rentrer en contact, de sentir l’énergie de tous les territoires.
Thomas Porcher : Partager avec les acteurs de terrain, en Occitanie. Ce n’est pas une invitation politique. Et leur exposer ma vision du rôle que doivent avoir les entreprises sur un territoire, mais aussi les territoires vis-à-vis des entreprises.
Quel message comptez-vous faire passer ?
DS : Il y a beaucoup d’initiatives, avec une génération d’entrepreneurs qui a envie d’en découdre, qui ne passe pas son temps à se désespérer, à se plaindre, mais qui relève les manches. De mon côté, je peux essayer de lister les choses qui vont bien sans nier évidemment celles qui ne vont pas bien.
TP : Je souhaite dire qu’on vit une époque où les questions de réindustrialisation, souveraineté, les échelles locales sont devenues plus importantes que des concepts comme la mondialisation. On se rend compte qu’il n’y a pas que la question de la compétitivité à l’international qui compte, mais aussi celles de ce que nous voulons produire, et de la place de nos entreprises dans cette politique de réindustrialisation.
Dans un contexte national et international tendu pour les acteurs économiques ?
DS : Il y a un mois, nous ne parlions que du détroit d’Ormuz, nous avons enchaîné avec les canicules. Au fond, depuis quinze ans, c’est ainsi. Il y a eu la crise financière en 2008, la crise des dettes souveraines en Europe en 2012, les attentats de 2015, les “gilets jaunes”, le Covid, la guerre en Ukraine… Les acteurs économiques doivent surveiller en permanence la géostratégie, la géoéconomie, plus que jamais. Ça occupe du temps, et de l’énergie.
TP : Les crises de ces dernières années, à part celle des “gilets jaunes”, ne sont jamais venues de notre économie. Donc, elle est bien plus solide qu’on ne le pense. Nous avons beaucoup de ressources en termes d’entreprises, de savoir-faire, de formation… Ces grandes crises, comme nous sommes dans une économie mondialisée, ont eu un impact sur les acteurs, les consommateurs, mais aussi les entreprises.
La microéconomie, ce sont des ouvriers et des entreprises du bâtiment qui ne peuvent pas travailler, un secteur du tourisme avec moins de mouvements, une productivité individuelle en baisse. Et des fractures sociétales se créent entre ceux qui sont fatigués et ceux qui bénéficient de la climatisation.
Et face à ces problèmes, on doit se demander si nous voulons rester aussi dépendants de l’extérieur. D’où la question de la souveraineté et de la réindustrialisation. Alors on ne pourra pas tout faire, mais au moins choisir des secteurs où on ne veut plus être dépendants de l’extérieur. Le médicament par exemple.
Quelles conséquences économiques consécutives à ces épisodes caniculaires ?
DS : Elles sont assez sous-estimées. Si vous regardez les indicateurs macroéconomiques, les choses se compensent à peu près. Au troisième trimestre 2026, l’Insee nous dira probablement que la croissance n’a pas décroché puisque le prix du pétrole a baissé et que la production d’électricité a augmenté. Mais la microéconomie, ce sont des ouvriers et des entreprises du bâtiment qui ne peuvent pas travailler, un secteur du tourisme avec moins de mouvements, une productivité individuelle en baisse. Et des fractures sociétales se créent entre ceux qui sont fatigués et ceux qui bénéficient de la climatisation.
TP : Le monde du travail est complètement perturbé, ça a un impact énorme sur l’économie. Et contrairement au Covid-19, par exemple, là, nous avons été prévenus, par des scientifiques depuis longtemps. Donc, des plans d’adaptation pourraient être intéressants : rénovation des bouilloires thermiques, mise aux normes d’infrastructures, végétalisation des villes… Tout ça pourrait créer des emplois. Mais il faut une impulsion de la force publique.
Sur quels atouts s’appuyer ? En France ? En Occitanie ?
DS : La France découvre sa spécificité dans le monde. On vient nous chercher parce que nous faisons différemment. Parfois pour le pire, mais parfois, c’est le meilleur. Il y a aussi une génération qui a envie de créer des entreprises, c’est réconfortant. Enfin, il y a la transition écologique. Notamment avec notre énergie décarbonée. Elle sera, à un moment, très rentable pour l’ensemble des secteurs. Et l’Occitanie a des atouts. On pense toujours au tourisme, mais elle en a d’autres, industriels, dans la pharmacie, et dans l’agriculture.
TP : La France a une histoire où elle a su planifier des grands plans, pour le rail, le nucléaire. Dont nous bénéficions encore. Ce n’est pas pour rien que notre président a rouvert le commissariat au plan, qu’il parle de réindustrialisation, qui sera, avec la souveraineté, au cœur des débats de 2027. Ensuite, il faut être conscient des spécificités de chaque territoire. Et c’est le rôle du politique : analyser quels sont les besoins des populations, les manques, et faire en sorte d’attirer ces entreprises. Car autour de l’entreprise, vous créez aussi des services publics, des familles qui viennent s’installer, des restaurants qui ouvrent, des lieux culturels, etc.
