Burgoa et Bouad pourraient rempiler, qui pour le troisième siège ? Les enjeux du scrutin sénatorial dans le Gard



Le Gard fait partie des 63 départements concernés par l’élection sénatoriale ce 27 septembre. Trois sièges sont à pourvoir, dont un qui pourrait tomber dans l’escarcelle du RN, à moins que la stratégie d’union de la droite et du centre ne s’avère payante. Explications.

Avant de s’engager dans une élection sénatoriale, il faut d’abord acheter… une bonne calculette. Dans le Gard, comme dans tous les départements où trois sièges ou plus sont en jeu, c’est un mode de scrutin proportionnel à un seul tour qui prévaudra ce dimanche 27 septembre, jour où un peu plus de la moitié du Sénat sera renouvelé.

Parlons donc de chiffres, avant d’évoquer les aspects plus politiques. Dans moins d’un mois, ce sont précisément 1 910 grands électeurs gardois qui seront convoqués aux urnes – en préfecture de Nîmes – pour désigner les trois nouveaux sénateurs, un vote obligatoire pour eux. Mathématiquement donc, cela implique que pour être sûr d’atteindre le quotient électoral qui offre un siège, une liste doit obtenir au moins 636 voix. Un peu moins si quelques votes blancs ou nuls sont constatés à l’heure du dépouillement, ce quotient étant calculé en divisant le nombre de suffrages exprimés par le nombre de sièges en jeu.

À la plus forte moyenne

“Sans atteindre ce nombre de voix, on peut aussi viser le seuil de sécurité, c’est-à-dire le score en dessous duquel il est mathématiquement impossible que trois autres listes fassent mieux”, nous souffle un spécialiste des joutes électorales dans le département. Ce seuil se situe mathématiquement à 25 % du corps électoral, soit 478 voix.

Car, et c’est là que cela se complique, si après le premier tour de distribution au quotient électoral, un, deux ou trois sièges sont encore vacants – et ce sera forcément le cas avec cinq ou six listes –, c’est la règle de la plus forte moyenne qui départage les différents candidats. On vous épargne le calcul un peu complexe, mais celle-ci implique que la liste arrivée en tête peut rafler deux sièges et la seconde un seul… ou que ce soit celle arrivée en troisième position qui emporte le troisième strapontin – soit un siège par liste. “Cela peut se jouer à quelques voix. Si, par exemple, la liste arrivée en tête obtient 700 suffrages, la troisième passe avec 351 voix. À 349 en revanche, elle ne rentre pas au Sénat”, image le sénateur LR Laurent Burgoa, devenu fin connaisseur du scrutin proportionnel à un seul tour.

Un corps électoral remanié par les municipales

L’élu de droite, qui brigue un second mandat sénatorial lors de ce scrutin, ne le cache pas : “le troisième siège, c’est véritablement l’enjeu dans le Gard”. Car il pourrait être remporté pour la première fois dans le département par le Rassemblement national.

C’est là que débute l’analyse plus politique. L’autre particularité de ce vote, c’est que les candidats – et les observateurs – connaissent quasiment tous les grands électeurs et qu’il est plus aisé de se risquer à des projections.

Outre les parlementaires et les conseillers départementaux, ce sont en effet les conseils municipaux qui fournissent la quasi-intégralité du corps électoral, avec un poids proportionnel à la taille de la commune. Ainsi, celles de moins de 500 habitants n’envoient qu’un seul grand électeur en préfecture, quand Nîmes pèse… 211 voix – avec une représentation proportionnelle de chaque groupe politique. Les dernières municipales ont donc remanié le corps électoral.

Dissidence à gauche, union à droite…

La victoire de la gauche à Nîmes, associée aux quelques bastions conservés, aurait pu offrir au sénateur socialiste sortant et à ses camarades communistes qui s’associent à lui, l’assurance de sortir en tête à l’issue du scrutin, voire de s’offrir un deuxième siège qu’elle a raté pour neuf petites voix en 2020. Sauf que le PS n’a pas su gérer sa pré-campagne et, en plus de La France Insoumise, pourrait voir une à deux listes dissidentes se dresser sur son chemin (lire ci-dessous). Si celles-ci cumulent une centaine de voix, comme l’a déjà fait Alexandre Pissas il y a six ans, la gauche laissera un boulevard à Laurent Burgoa et sa liste d’union de la droite et du centre pour la première place.

Contrairement à 2020 où les LR (672 voix sur 1857) avaient vu le MoDem Stéphane Cardenes leur grappiller 170 voix, le sénateur LR sortant mène en effet une liste unique et cela pourrait compenser la perte – pourtant précieuse – des grands électeurs de Nîmes. D’autant que la droite a gardé ou repris quelques communes qui pèsent aussi, on pense à Alès évidemment, mais aussi Saint-Gilles, Villeneuve-lès-Avignon, Le Grau-du-Roi, Les Angles, Rochefort-du-Gard, etc. Laurent Burgoa a par ailleurs mené une campagne intense cet été, allant à la rencontre de plus de 250 maires des communes rurales pour défendre son bilan. Une pêche aux voix, pour cet amateur de chasse, qui peut s’avérer précieuse.

Un RN plus fort… mais plus fort comment ?

Car l’inconnu, c’est le poids du Rassemblement national. Il y a six ans, avec pour seul bastion municipal Beaucaire, auquel il fallait ajouter le contingent de grands électeurs issus des oppositions, la liste du parti de Jordan Bardella, menée par Julien Sanchez, avait tout de même obtenu 203 voix, soit 10,93 % des suffrages. Cette année, c’est la députée Sylvie Josserand qui s’y colle et celle-ci peut compter, en sus, sur les conseillers municipaux supplémentaires de Bagnols-sur-Cèze et Vauvert, villes que le Rassemblement national dirige depuis mars et sur les élus RN d’opposition de Nîmes et d’Alès plus nombreux désormais – qui offrent aussi quelques grands électeurs supplémentaires. L’élection de Nicolas Meizonnet à la tête de la communauté de communes de Petite Camargue montre par ailleurs que le RN parvient désormais aussi à séduire des élus de villes et villages de taille plus modeste et considérés comme apolitique… Mais combien ? Ce sera la clé de ce scrutin où, pour l’heure, le RN semble déjà pouvoir compter sur 300 voix environ.

D’une élection à l’autre

La dernière ligne droite de cette campagne sera donc déterminante pour aller chercher ces quelques suffrages qui pourraient faire la différence. La droite, comme la gauche, font du barrage au Rassemblement national un objectif majeur, d’autant plus dans ce département où l’extrême droite a réussi le grand chelem lors des dernières législatives. Cela traduirait un ancrage local encore plus important… que le RN pourrait mettre en avant dans la perspective de la présidentielle.

Cinq ou six listes… selon ce que décide Pissas

Les postulants aux sénatoriales dans le Gard doivent présenter une liste paritaire – alternant un homme et une femme – de cinq personnes. À une semaine du dépôt des candidatures en préfecture, il semble que les choses sont claires… en tout cas à droite et au centre comme au Rassemblent national.

Le LR Laurent Burgoa a déjà présenté sa liste d’union qui va de son parti jusqu’à Renaissance, en espérant que celle-ci permettra à la n° 2, l’Alésienne Valérie Meunier, de l’accompagner au Sénat. Côté RN, c’est la députée nîmoise Sylvie Josserand qui sera tête de liste, dont on ne connaît pas encore la composition.

À gauche, c’est plus compliqué. Après moult hésitations, le sénateur PS sortant Denis Bouad est finalement candidat à la tête d’une liste qu’il qualifie d’union, grâce à la seconde place possiblement élective accordée à la communiste Cathy Chaulet.

Sauf que déjà, l’élue départementale Carole Bergeri (Place Publique) s’était lancée dans la course et elle semble déterminée à aller au bout. Surtout, le maire de Tresques Alexandre Pissas avait aussi dit son intention d’y aller et avait remporté le vote militant… que la direction nationale du PS n’a pas suivi. Ira-t-il malgré tout comme il l’a déjà fait – en dissident pour les mêmes raisons – en 2020 ? “J’ai une liste qui est prête, reste à savoir si je me présente ou pas. Le 2 juillet, Olivier Faure m’a dit ‘C’est toi qui vas être investi’, puis il y a eu des influences…”, répond-il à Midi Libre.

Il lui reste une semaine pour se décider et, s’il y va, il sera à la tête d’une quatrième liste de gauche, La France Insoumise ayant présenté la sienne la semaine dernière, avec le Viganais Jean-Baptiste Thibaud. Les écologistes, eux, n’iront pas mais ne soutiennent pas franchement Denis Bouad, fâchés par certains de ses votes au Sénat. À gauche, c’est vraiment compliqué.



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