Christophe Barthès, maire RN de Carcassonne, a privé, ce jeudi, l’opposition de questions sur l’affaire des policiers municipaux lors du conseil municipal. Le premier depuis la publication par Midi Libre de vidéos dans lesquelles on entend des policiers municipaux tenir des propos racistes.
Une salle bondée d’habitués, de novices et de journalistes, des cris de protestation, les élus d’opposition qui s’en vont furieux et Christophe Barthès, le maire RN de Carcassonne, qui tourne alors ostensiblement le dos à l’assistance, alors que le conseil municipal n’a pas commencé…
Jeudi 24 septembre, ce premier conseil de la cité audoise depuis les révélations par Midi Libre, le 8 septembre, de vidéos montrant un équipage de police municipale tenant des propos racistes et misogynes, avec comme principal mis en cause César R., membre du service d’ordre du RN, a vite tourné au vinaigre. La raison ? Les élus d’opposition voulaient, justement, inscrire au débat des questions sur cette affaire. Las ! Christophe Barthès ne leur a pas autorisé, prétextant pour l’un une question arrivée trop tard dans le prévisionnel permettant “de préparer une réponse sérieuse” et pour l’autre, une formulation qui ne serait pas assez précise…

J’ai demandé comment ces images avaient pu circuler et qui avait pu y avoir accès, on m’a désigné trois policiers municipaux, je les ai suspendus.
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“Nous avons déposé dans les temps les questions ! Alors j’ai dit : je me lève, je m’en vais”, fulmine François Mourad, élu d’opposition (Horizons) qui parle de censure en sortant de la salle. “Christophe Barthès avait peur que je lui dise qu’il fait peser une honte terrible sur Carcassonne, notamment en soutenant quelqu’un dont il savait qu’il avait commis une faute extrêmement grave et il l’a laissé sur la voie publique armé.”
“On dit que je lui fais la bise…”
Ciblé : César R., le policier qui a tenu la quasi-totalité des injures racistes sur les vidéos, encarté au RN et qui a été l’un des gardes du corps de Jordan Bardella, quand le président du parti d’extrême droite était venu dans l’Aude et l’Hérault ces derniers mois. Et proche du maire, quoi qu’il en dise. “On dit que je suis proche de lui, oui, comme tous mes agents. On dit que je lui fais la bise, mais sur 960 agents je fais la bise à 800, est-ce que je sais ce qu’ils ont dans leur tête ? Non ! Est-ce que je passe mes vacances avec ? Non !”, s’est justifié Christophe Barthès, évoquant l’affaire en début de séance et “pour la dernière fois”.
Alors, il se contente de lire un texte, copie quasi conforme de ce qu’il avait déjà déclaré, pris dans la tempête médiatique, le 9 septembre. Il accuse toujours l’ancienne mairie de n’avoir rien fait et assure qu’il n’avait jamais vu ces images qu’il qualifie “d’abjectes”, avant leur diffusion par Midi Libre. L’élu répète que les conclusions de l’enquête administrative ne lui sont parvenues que mi-mai. Mais il n’a rien fait.
Un refrain lassant
Après la révélation de Midi Libre, le maire a tenu à redire ses vérités. L’occasion de stigmatiser “le groupe de presse d’extrême gauche de Monsieur Baylet” et de rappeler qu’il avait cessé toute collaboration commerciale (et non pas de couper des subventions comme il répète). Le refrain, s’il amuse ses partisans, devient lassant. Midi Libre ne s’est pas “vengé” parce que des journalistes du groupe ont perdu quelques places de parking, mais a juste fait son travail, n’en déplaise à Christophe Barthès qui n’a pas d’autre défense que l’attaque. Il a franchi, hier, une étape supplémentaire en jetant en pâture les noms de deux journalistes de notre groupe. Sans doute espérait-il déclencher une vague de haine contre eux et dissuader nos équipes de continuer à faire leur travail. Face à de telles méthodes, nous y sommes plutôt encouragés !
Estelle Devic, rédactrice en chef adjointe
“Nous avons appris que des mails ont été envoyés au maire ainsi qu’à son adjointe par des agents le mettant en cause, en avril, il était au courant de l’affaire avant même le 19 mai et les conclusions de l’enquête interne, assène de son côté Alix Alcaraz, l’autre élu d’opposition (PS), privé de son droit d’évoquer le dossier. C’est devenu un cirque ce conseil municipal quand un maire décide d’aller de manière unilatérale d’aller à l’encontre de la loi. Il a bâillonné l’opposition, parce que nous avions une question précise sur l’affaire des policiers municipaux.”
“Il empêche la vérité d’éclater”
Par ailleurs, contrairement à ce qu’il a dit en conseil municipal, Christophe Barthès procède bien à une chasse aux sorcières, car un troisième policier municipal a été suspendu tout récemment : ces trois agents ont en commun d’avoir eu entre les mains les vidéos. “J’ai demandé comment ces images avaient pu circuler et qui avait pu y avoir accès, on m’a désigné trois policiers municipaux, je les ai suspendus”, lâche encore Christophe Barthès sans se soucier de la présomption d’innocence. Ces trois policiers ont d’ailleurs engagé des recours administratifs contre ces suspensions abusives.


“Ce sont des lanceurs d’alerte et il souhaite empêcher la vérité d’éclater”, a encore dénoncé Alix Alcaraz. D’autant que l’élu d’extrême droite a montré beaucoup moins de célérité à sanctionner l’équipage de police : seuls deux des quatre policiers, dont César R., sont suspendus, les deux autres restent en service. Le maire argue qu’ils n’auraient pas été identifiés sur les vidéos ce que le visionnage, que nous avons pu effectuer, ne confirme pourtant pas.
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“Ils ont été filmés à leur insu”, continue enfin d’affirmer Christophe Barthès, laissant croire à un piège. Non : c’est bien César R. qui a filmé pendant six heures avec sa caméra piéton qu’il pensait avoir éteinte, signant le début de l’affaire.
