Le sénateur Christian Bilhac s’apprête à tourner les pages après 43 ans de mandats



Le sénateur de l’Hérault achève sa dernière tournée des territoires avant de quitter son mandat. L’occasion de revenir sur son bilan, ses combats contre la suradministration et les dossiers qu’il estime avoir fait avancer.

Vous vous apprêtez à tourner la page de votre engagement parlementaire…

Oui, il faut savoir tourner les pages. J’ai 71 ans, je suis élu depuis 43 ans* Il y a une réalité : je suis plus près de la fin que du début…

Vous assurez votre dernière visite dans les territoires à Clermont-l’Hérault. C’est symbolique…

Oui car c’est là que tout a commencé pour moi, c’est là que je suis né, en 1955. C’est là que j’ai fait mes études au collège, au lycée, j’ai travaillé 15 ans à Clermont. Après Péret, c’est ma deuxième patrie…

Que retenez-vous de toutes ces rencontres sur le terrain. Cela a-t-il été un terreau fertile pour nourrir votre travail parlementaire ?

Exactement. J’ai été maire à 37 ans mais il y a toujours des évolutions. Le côté législatif, je le suis en tant que parlementaire, mais le côté réglementaire, qui est immense dans notre pays, cela passe souvent sous le champ de vision des parlementaires. Ce secteur, avec tout ce qu’il contient de normes, évolue sans arrêt. Ces rencontres me permettaient d’avoir tout le retour des élus sur les difficultés qu’ils rencontrent et de porter cette parole auprès du gouvernement, soit dans le cadre de question, soit dans les débats dans le cadre de l’examen de textes de loi, pour faire entendre la voix des élus du territoire.

Vous avez aussi beaucoup abordé le sujet de la “suradministration”.

Oui, il y a cinq ans, quand je dénonçais la suradministration, les opérateurs de l’État, les agences, les comités… Je le faisais dans l’indifférence générale. Aujourd’hui, tous les hommes politiques abordent ce sujet. Jean-Louis Borloo est chef de file dans ce domaine. J’ai été vice-président de la commission d’enquête que nous avons menée sur le sujet. Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience de ce qui paralyse le pays : quoi que l’on souhaite faire, on a une multitude d’interlocuteurs, des contraintes, des normes… cela prend un temps fou. Les maires, les agriculteurs, les artisans, les chefs d’entreprise sont paralysés. Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience que cela coûte cher et paralyse le pays. Le premier budget de l’état c’est la gabegie administrative est financière. Cette suradministration représente 150 milliards, les normes coûtent 60 milliards, cela fait 210 milliards : c’est plus que le déficit. Le premier budget de l’État c’est la gabegie administrative et financière. Et le remboursement des intérêts de la dette va devenir le premier budget de l’État, c’est fou.

“J’avais porté le fer”

Qu’est ce qui vous aura le plus satisfait dans ces combats parlementaires ?

Il y a tellement de sujets, des amendements…. Mais c’est certainement, pour ce qui concerne la ruralité : la forte augmentation de la dotation de solidarité rurale. Je dois rendre à César ce qui est à César : j’avais interpellé Gabriel Attal, qui était alors ministre du budget, sur la différence “entre les pauvres des villes et les pauvres des champs”. Puisqu’il existe aussi la dotation de solidarité urbaine. Dans l’attribution de cette dotation, les communes urbaines étaient mieux dotées. Je lui avais donc demandé 20 M€ de plus de dotation. Il m’avait répondu que, selon les contraintes budgétaires ce n’était pas possible, le baratin habituel. Mais, lorsque nous avons élaboré la loi de finance, l’année suivante, ce sont 200 M€ qui ont été attribués. C’est une victoire collective, je n’étais pas seul, mais j’avais porté le fer. Il y a aussi d’autres satisfactions. J’ai par exemple réussi, sur Clermont, à faire sauter le verrou du demi-échangeur qui était bloqué. J’ai tapé du poing sur la table pour mettre, face à face, les élus du territoire et tous les services de l’État. J’en revendique la paternité. Aujourd’hui reste l’épineux problème du financement mais nous avons débloqué la situation.

Au-delà de ce sujet, comment percevez-vous la situation locale ?

La commune a longtemps fait du sur place. Dans un monde qui bouge, elle a reculé. Mais aujourd’hui, on voit bien que de vrais projets ont été réalisés pendant le mandat précédent de Gérard Bessière et de son équipe. Et de nouveaux projets, particulièrement ambitieux au sens noble du terme, sont en cours, comme celui de la Filandière. C’est un projet structurant. Il y avait un vrai besoin. Auparavant, Clermont était la seule commune du département où il n’y avait pas ni tribunes ni club-house au stade, c’est aujourd’hui réalisé ! Il y a aussi eu la rénovation de l’école, du dojo… Je dois dire que Gérard Bessière est un ami. Et bilan de son premier mandat est particulièrement impressionnant.

 

Maire de Perret entre 1983 et 2020 et sénateur de l’Hérault de 2020 à 2026.

Christian Bilhac va prochainement publier un ouvrage : Les Orphelins de Marianne. “Cela aborde le sujet qui me semble essentiel, prioritaire : le délitement de l’unité nationale. J’aborde ces problèmes d’incivilité, d’insécurité, de fractionnement de la société, de communautarisme.” A suivre.

 



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