“Ta chicha et ta musique, on n’en veut pas !” : à Agde, une affiche discriminante fait polémique



Ton provocateur, chicha, dessins caricaturaux de jeunes hommes généré par intelligence artificielle : tous les ingrédients étaient réunis pour qu’une affiche diffusée par la mairie d’extrême droite d’Agde fasse polémique. Disposée à l’entrée des plages et dans les pages du magazine municipal, elle insiste sur un arrêté municipal interdisant les narguilés.

Pour sa première polémique en tant que maire d’Agde, Aurélien Lopez-Liguori, s’offre le cœur de l’été – logique quand on est l’édile d’une station balnéaire. À grand recours d’intelligence artificielle la mairie a diffusé une affiche grondant : “Ta chicha et ta musique, on n’en veut pas ! Nos vacances, tu les respectes”. Sous le titre criant en lettres capitales, trois hommes aux traits méditerranéens d’une trentaine d’années assis sur la plage, le fameux narguilé qui diffuse un épais nuage de fumée, et une grosse enceinte.

L’affiche, diffusée dans le journal municipal du 31 juillet, a ensuite été placardée à proximité des plages avant d’être retirée par les services de la Ville. Elle illustre un arrêté municipal pris le 2 juillet dernier, interdisant, entre autres, “les chichas, narguilés et pipes à eau” sur les plages. Sur les réseaux sociaux, l’affiche commence à circuler ce mercredi 5 août vers 9 h et lance la polémique.

“Je n’ai jamais vu personne fumer le narguilé”

Dans les rues d’Agde, la plupart des vacanciers semblent loin de ces préoccupations. Néanmoins, à proximité du port, Sylvie, qui vient en vacances au Cap-d’Agde depuis des années, la trouve préoccupante : “Je n’ai jamais vu personne fumer le narguilé sur la plage. Je ne dis pas que ça n’existe pas mais ça doit vraiment être à la marge. D’où vient le besoin d’insister spécifiquement dessus ?”

Valentin Stel, directeur général de SOS Racisme, pense avoir la réponse : “Fidèlement à la communication du RN, l’affiche est très agressive et enfonce des portes ouvertes en insistant sur des délits qui sont déjà réprimés.” En détaillant l’image, il regrette des caricatures “très lourdes”. Pour le dirigeant associatif, le tutoiement employé donne la mesure du mépris et de la condescendance à l’œuvre : “Utiliser le tutoiement envers des adultes est une forme d’agressivité. Ce n’est pas à la hauteur d’une institution publique qui doit de la dignité aux personnes à qui elle s’adresse”.

Des discriminations à même le sable

À proximité de la plage de Richelieu, Yamina est venue profiter d’une journée à la plage avec son mari et ses enfants. Elle est tombée sur l’affiche le matin même. Pour elle, il n’y a pas de doute : “Ça ne parle pas seulement de chicha ou de musique – sinon il n’y aurait pas de problème. Il y a la volonté de stigmatiser les personnes issues de l’immigration, notamment maghrébine, comme nous.” “Je n’ai même pas eu la tête à me baigner ce matin, j’ai trouvé cela choquant et blessant”, poursuit-elle amère.

Ce rejet vécu par Yamina, est, selon Valentin Stel une répercussion de la politique du RN. “Avec ce type de communication, mentionnant un “tu” et un “nous”, le RN distingue des groupes – alors que tous viennent dépenser le fruit de leurs économies ici pour les vacances. Le maire réussit la prouesse de mettre la société en tension à même la plage”, assène le directeur général de SOS Racisme. Mais, il le sait, l’affiche se limite à une évocation et ne tombe pas sous le coup de la loi.

Pour Frédéric, Agathois rencontré un peu plus loin sur le parking attenant à la plage, cette affiche a le mérite d’être claire “et de rappeler que la plage est à tout le monde” et qu’il y a “des règles de civilité à respecter”. En outre, il n’estime pas que l’affiche soit raciste et regrette “les polémiques pour rien alors que ce sont les vacances”.

SOS Racisme, de son côté, assure rester vigilant “pour que l’argent public ne serve pas à aller plus loin”.

Que dit la mairie d’Agde ?

Sollicitée par Midi Libre, la mairie a répondu par un communiqué de presse. Ce dernier explique que les agents de mairie ont constaté “au fil du temps une nouvelle dérive des comportements”, et qu’ainsi l’actuelle municipalité, “a réactualisé le fondement réglementaire par nouvel arrêté”.

La mairie n’a pas souhaité répondre aux accusations de discriminations.



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