Sénatoriales en Aveyron : qui sont les candidats face aux sortants Alain Marc et Jean-Claude Anglars ?



Le 27 septembre, l’Aveyron désignera ses deux sénateurs parmi huit candidats, dont les sortants Alain Marc et Jean-Claude Anglars. Avec un corps électoral de moins de 900 grands électeurs, majoritairement de droite, le suspense réside dans la possibilité d’un second tour pour Anglars, en raison de ses choix municipaux contestés.

Près de 280 000 habitants, moins de 900 votants. C’est l’équation aveyronnaise du 27 septembre, jour où le département désignera pour les six prochaines années ses deux sénateurs.

Le corps électoral tiendra d’ailleurs dans la seule salle des fêtes de Rodez, où se déroule le scrutin : des maires, des adjoints, des conseillers municipaux… On les nomme les “grands électeurs”.

Le citoyen lambda, lui, n’a pas droit au chapitre. Aux sénatoriales, la campagne ne se joue ni sur les idées, ni à la lecture d’un sondage. Tout se gagne au carnet d’adresses, aux promesses d’une subvention, d’un rendez-vous au ministère, d’un coup de pouce pour une classe menacée… Certains diront que c’est caricatural, mais loin d’être faux.

Le calendrier politique, pourtant, invite à la surinterprétation. Tout le monde a déjà les yeux sur la présidentielle, dont la campagne est menée tambour battant en cette rentrée. Un scrutin en septembre, six mois après des municipales, on aimerait y lire un signal… Il faudra résister.

Les sénatoriales, en Aveyron tout du moins, ne diront rien de 2027. Et ne devraient en ce sens pas vraiment passionner les foules. D’autant plus qu’il ne devrait pas y avoir ici un grand suspense. Pas besoin de s’appeler Madame Irma pour l’affirmer…

Deux sortants qui n’ont pas traîné

Alain Marc et Jean-Claude Anglars sont sénateurs sortants. Et ils repartent ensemble. Les deux hommes n’ont pas perdu de temps : dès le 12 juin, une semaine après la désignation des délégués, ils annonçaient leur candidature commune et entamaient la tournée des 285 maires du département, dont beaucoup de nouveaux venus. Leur argumentaire tient en deux mots : le travail est fait.

Alain Marc siège au Palais du Luxembourg depuis 2014, Jean-Claude Anglars depuis 2020, et tous deux revendiquent une pratique de la patience et du compromis, loin des empoignades de l’Assemblée nationale. Ils vantent une “méthode aveyronnaise”, qui consisterait à corriger les textes plutôt qu’à les combattre, en portant les spécificités d’un département rural sur l’agriculture, l’énergie, la réindustrialisation ou l’aménagement du territoire.

Un discours taillé sur mesure pour l’auditoire. Face à eux, six autres candidats se sont déclarés : Alexandra Moulin et Matthieu Lebrun, investis par le PS, le PCF et Les Écologistes, Gaëtan Escorbiac pour La France insoumise, Sarah Horvath pour le Rassemblement national, Jean-Dominique Gonzalez côté divers gauche. Une offre plus large qu’en 2020. Mais une offre qui se heurte à un obstacle que personne, à gauche, n’a jamais su franchir ici.

Un collège qui n’a jamais eu le goût des grands soirs

Car il faut rappeler ce que sont ces neuf cents électeurs. Ce sont, à plus de 95 %, des délégués de conseils municipaux. Et dans un département qui compte 285 communes, l’immense majorité d’entre eux vient de villages où l’on vote traditionnellement à droite ou au centre droit. Quatre communes seulement dépassent les 9 000 habitants (Rodez, Millau, Onet-le-Château et Villefranche-de-Rouergue) pour 136 délégués à elles quatre, soit à peine 15 % du collège.

Le reste se joue ailleurs, commune après commune, maire après maire. Et soyons clairs : ces élus-là ne renversent pas la table. On l’avait d’ailleurs récemment mesuré au congrès des maires de l’Aveyron, à Rignac, où Gérard Larcher avait fait salle comble. Une venue obtenue, précisément, par les deux sénateurs sortants.

Les chiffres de 2020 disent le reste. Derrière les deux sortants, la troisième du scrutin, Florence Cayla, avait recueilli 160 voix. Soit 311 de moins que Jean-Claude Anglars. Un gouffre. Et même en additionnant tous les bulletins de gauche et écologistes de l’époque, on n’approchait pas le score du moins bien élu des deux sénateurs. Un tel écart ne se comble pas en une élection, de surcroît lorsque la gauche ne part toujours pas rassemblée… LFI notamment fera cavalier seul cette fois.

Le résultat, donc, est écrit. Reste une inconnue, et une seule. Le tout petit suspense de ce 27 septembre.

Un seul ou deux tours, le vrai suspense

Retour en 2020. Les deux sortants passaient dès le premier tour. Alain Marc réunissait 522 voix, soit 60,91 % des suffrages exprimés. Jean-Claude Anglars, qui succédait alors à Jean-Claude Luche, en obtenait 471, soit 54,96 %. Pour être élu d’emblée, il fallait la majorité absolue des exprimés, soit environ 429 bulletins sur les 857 comptabilisés. Ce sera à quelques voix près la même chose cette fois.

Faites donc le calcul. Le premier disposait de près de cent voix de marge. Le second, de quarante-deux.

Pour Alain Marc, tout indique une nouvelle formalité : implanté depuis douze ans au Sénat, réélu haut la main en 2020, il n’a fâché personne en mars et son réseau de maires ne s’est pas défait. La sous-préfecture de Millau a même basculé à droite, lui offrant une belle réserve. Il faudrait un séisme pour l’empêcher de repasser dès le premier tour. Pour Jean-Claude Anglars, c’est une autre histoire. Il a pris parti lors des récentes municipales. Et a souvent perdu. À Rodez, notamment. Il a soutenu Christian Teyssèdre. Mauvais choix. Stéphane Mazars a été élu, il s’en souviendra avec ses colistiers. À Estaing aussi. Il a poussé Marguerite Salles. Perdante.

Donc, sortons les calculatrices, cela ne fait pas de mal en cette rentrée scolaire, si Jean-Claude Anglars (LR) venait à perdre une cinquantaine de voix, il retomberait autour des 420. C’est-à-dire, à collège comparable, juste sous la barre qui sépare une réélection en fin de matinée d’un second tour dans l’après-midi.

Ce deuxième scénario n’aurait rien d’une déroute pour l’élu de Sébrazac. Ce serait un simple désagrément. La majorité relative ne devrait pas lui échapper lors du second tour… Le véritable enjeu du 27 septembre n’est donc pas de savoir si Jean-Claude Anglars sera sénateur au soir du scrutin. Il est de savoir à quelle heure il sabrera le champagne avec son ami sud-aveyronnais, Alain Marc.

Deux nouveaux candidats entrent en lice

À quelques jours du scrutin, deux nouveaux candidats se lancent dans la course aux élections sénatoriales. Après les élections législatives puis municipales, le Ruthénois Jean-Philippe Chartier, ancien chef de file du RN entre en campagne avec comme suppléante Marie-Christine Parolin, conseillère régionale. À 67 ans, l’ancien neurologue ruthénois, s’il est élu, compte intégrer le « groupe des Indépendants-République et Territoires (LIRT) ». De tous les scrutins, le Millavois Thierry Noël a lui aussi décidé de porter le fer. Une énième campagne pour le “candidat inclassable” qui s’est fait fort de se présenter a chacune des élections possibles (municipales, législatives et maintenant senatoriales). Le Sud-Aveyronnais d’adoption ayant, pour mémoire, été crédité de 269 votes soit 2,46 % des suffrages lors des municipales 2026 à Millau.



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