Dans notre espace Lignes ouvertes, une tribune du Gardois Julien Devèze, délégué national au Projet Libéral-Démocrate Les Centristes, qui trace un sillon pour la campagne présidentielle : avant le programme, la méthode.
La campagne présidentielle qui s’ouvre empile déjà les diagnostics sur l’état du pays. Elle croulera bientôt sous les propositions des candidats. Floues quand elles sont disruptives, timides quand elles sont concrètes, elles dresseront un catalogue d’intentions qui recèle souvent un air de “déjà-vu”.
Peut-être parce qu’à toujours demander le quoi, nous nous trompons finalement de question. C’est le “comment” que nous devrions demander aux Présidents putatifs. Leur méthode de décision : collective ou verticale ? Manifestant la volonté de restaurer l’unité du pays, ou assumant des réformes plus clivantes ?
Pour seule réponse, nous n’obtenons généralement que la promesse de réussir là où leurs prédécesseurs ont échoué. Faute, selon eux, de compétence, d’intégrité ou de courage. Mais cette lecture reste prisonnière d’une critique ad hominem. Quand on a changé cinq fois de capitaine et que le Titanic continue de faire cap vers l’iceberg, peut-être faut-il se demander si les commandes répondent encore.
C’est alors le mythe de l’homme providentiel qu’il faut interroger. Admettons-le, il n’y en aura pas plus que de solution miracle aux crises sociales, économiques et environnementales. Il n’y a que des choix collectifs à faire. Et nous sommes mal outillés pour les fabriquer.

La question institutionnelle devient, dès lors, la mère de toutes les réformes. Les législatives de 2024 ont montré l’épuisement du scrutin majoritaire. Faute d’exprimer les sensibilités politiques, il a fini par devenir le simple calque de l’archipel sociologique français. Rien n’indique par conséquent que le président élu en 2027 disposera d’une majorité claire. Et, même si une majorité devait émerger, rien ne garantirait sa légitimité à transformer le pays.
L’institution de la Ve République devait nous sortir de l’impuissance parlementaire et permettre à l’État de décider. Ce pacte faustien passé par la démocratie française, qui a sacrifié la représentativité sur l’autel de l’efficacité, est depuis longtemps devenu un marché de dupe.
“Des véritables contre-pouvoirs”
Il n’a produit que des rancœurs et des renoncements. Rancœurs d’une opinion jugeant des réformes construites en dépit d’elle. Renoncement d’un pouvoir exécutif isolé dans l’exercice des responsabilités. La première réforme du prochain président devra donc être celle des règles du jeu : non pour décider plus vite, mais pour décider plus légitimement. Cela suppose de rouvrir le débat sur la proportionnelle seule à même de restaurer représentativité et rendre nécessaire, et du même coup, possible, la délibération entre des options différentes.
Les défenseurs du fait majoritaire poseront aussitôt la question : qui gouverne, et comment ? Les réponses peuvent varier : nous pouvons réapprendre le parlementarisme ou rééquilibrer l’exécutif avec un régime où le Président assumerait la conduite de la politique de la Nation face à un Parlement capable de négocier. Cette voie nous doterait de véritables contre-pouvoirs et obligerait l’exécutif à convaincre, à composer, à rechercher des majorités de projet, les opposants, à sortir des postures.
Refuser de poser cette question reviendrait à laisser notre démocratie s’éteindre plus vite qu’on ne le croit.
