“On a tout raconté à Marine Le Pen” mais le parti n’a pas réagi : un député RN accusé d’avoir détourné les primes de ses assistants



Le député RN José Beaurain fait l’objet d’une enquête du déontologue de l’Assemblée nationale depuis début septembre 2026 pour détournement de fonds publics. D’après franceinfo, la direction du parti était informée dès janvier 2024 de ces dérives présumées, soit quelques mois à peine avant de le réinvestir aux législatives.

Ce qu’il faut retenir

  • Depuis début septembre 2026, le député RN de l’Aisne José Beaurain est visé par une enquête de l’Assemblée nationale pour détournement de fonds publics, frais de mandat et emploi dissimulé, des accusations qu’il réfute fermement.
  • Radio France révèle ce jeudi 17 septembre que le RN savait dès janvier 2024. Marine Le Pen l’a reçu au Palais Bourbon début 2024, mais il a été investi en juin 2024 avant un classement sans suite par le déontologue mi-septembre 2024.
  • Après un autre signalement fin décembre 2025, entre autres pour avoir contourné l’interdiction des emplois familiaux, l’élu a été investi le 10 février 2026 pour les municipales à Chauny.

Le RN de nouveau dans la tourmente. Depuis début septembre 2026, le député de l’Aisne José Beaurain (Rassemblement national) fait l’objet d’une enquête du déontologue de l’Assemblée nationale pour détournement de fonds publics, déclenchée par la présidente Yaël Braun-Pivet après des révélations du Canard Enchainé.

Mais voilà : nos confrères de la cellule investigation de Radio France ont révélé ce jeudi 17 septembre que la direction du parti était informée de ces dérives présumées dès janvier 2024, alertée par ses anciens assistants parlementaires, une femme et un homme. Ces derniers reprochent notamment à l’élu l’exigence d’un reversement en espèces de 50 % des primes qu’il leur a accordées, l’usage personnel de ses frais de mandat et l’emploi dissimulé de son frère.

“Il y avait largement matière pour une enquête interne”

Des entretiens ont été accordés les 29 janvier et 9 février 2024 aux deux lanceurs d’alerte par Renaud Labaye, le secrétaire général du groupe RN et le bras droit de Marine Le Pen. “Nous lui avons tout raconté”, se souvient un des deux assistants, qui a alors l’impression d’être “soutenu par le parti“.

Renaud Labaye aurait même suggéré à la collaboratrice de l’élu de l’Aisne, qui évoque aussi du harcèlement et un comportement sexiste de l’élu, de saisir la cellule externe de lutte contre le harcèlement et le déontologue de l’Assemblée nationale.

D’après nos confrères, José Beaurain aurait alors été convoqué deux fois par Marine Le Pen dans son bureau du Palais Bourbon, entre janvier et avril 2024. Des rencontres que confirme d’ailleurs Renaud Labaye : “La question des frais a été évoquée rapidement (lors des entretiens). Suite à cela, Marine Le Pen et moi avons reçu M. Beaurain pour voir avec lui comment améliorer les choses.”

Malgré ces alertes, le député a été réinvesti après la dissolution de juin 2024 puis réélu dans la foulée aux législatives avec 55,04 % des voix. ” Il y avait largement matière pour une enquête interne, voire une exclusion, et José Beaurain est investi ! […] D’autres ont été exclus pour moins que ça”, s’indigne l’ancien assistant parlementaire de l’élu.

Le coup de grâce arrive à la mi-septembre 2024, lorsque le déontologue de l’Assemblée, Jean-Éric Gicquel, classe sans suite le signalement pour harcèlement, fraude et détournement d’argent public effectué par la secrétaire parlementaire. “Les éléments portés à ma connaissance ne sont pas assez étayés pour me permettre de saisir le Bureau de l’Assemblée nationale“, indique la lettre consultée par nos confrères.

“Je réfute toutes ces sottises”

L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais, fin décembre 2025, un nouveau signalement tombe sur le bureau du RN. Il vient cette fois-ci de Kylian Couteau, assistant parlementaire de José Beaurain de septembre 2024 à septembre 2025. Ce jeune militant dénonce, lors d’un entretien avec Renaud Labaye, des manquements déontologiques, voire des délits, qu’aurait commis son ancien employeur.

Il accuse entre autres le député RN d’avoir contourné l’interdiction des emplois familiaux à l’Assemblée nationale. L’élu aurait ainsi recruté un ami de son frère retraité pour lui reverser la moitié du salaire de cet employé et lui acheter également du mobilier de salon. “Je m’attendais à ce qu’une enquête interne soit ouverte. Apparemment, ça n’a pas été le cas“, regrette Kylian Couteau. Interrogé, Renaud Labaye dit ne pas se souvenir de cet entretien.

Le 10 février 2026, alors que le parti à la flamme vient de donner son feu vert à José Beaurain pour qu’il se présente aux municipales à Chauny, le député RN reprend contact avec Kylian Couteau, devenu agent immobilier. Il lui aurait proposé de lui confier la vente d’une quinzaine de bâtiments publics à Chauny en cas de victoire. Dans ces échanges WhatsApp mentionnés par Mediapart, il lui aurait précisé “ta commission pourrait être intéressante” et qu’il y a “beaucoup d’argent à se faire“, tout en lui intimant “j’espère que tu n’oublieras pas de me payer un restaurant“.

Selon cet ex-collaborateur, qui s’apprête à saisir les prud’hommes pour des centaines d’heures impayées, l’élu suggérait ainsi un retour financier. José Beaurain, lui, conteste fermement : “Je réfute toutes ces sottises. Elles ont été diffusées par volonté de me nuire”.



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