
Lors du salon des maires à l’espace Georges-Frêche de Mende, le 17 septembre 2026, l’impact de l’intelligence artificielle sur les collectivités territoriales a été débattu. En Lozère, la mutualisation des outils IA est envisagée pour pallier le manque de moyens des petites collectivités.
L’intelligence artificielle s’immisce chaque jour davantage dans nos usages et transforme en profondeur notre manière de vivre et de travailler. Les collectivités territoriales n’échappent naturellement pas à ce bouleversement. Elles aussi intègrent en nombre cette technologie au sein de leurs services.
Une conférence sur cette thématique a été tenue ce jeudi 17 septembre 2026 à l’espace événements Georges-Frêche de Mende, dans le cadre du salon des maires et des collectivités de la Lozère.
Parmi les intervenants, Arnault Ioualalen, PDG de Numalis, est venu apporter un éclairage particulier sur l’un des enjeux majeurs liés au développement de l’IA : sa fiabilité, d’autant plus nécessaire dans le traitement de données sensibles.
Un agent IA comme assistant
“Une nouvelle vague d’intelligence artificielle fait désormais son apparition : l’IA agentique. Elle est capable d’enchaîner des tâches et d’agir pour atteindre un objectif”, explique Arnault Ioualalen. Dans la vie civile, elle peut par exemple comparer plusieurs offres pour une nuit d’hôtel, sélectionner celle qui correspond aux critères fixés et, si elle y est autorisée, procéder elle-même à la réservation.
Concernant les collectivités territoriales, Arnault Ioualalen considère que “l’intelligence artificielle est devenue un sujet de politique publique”. Selon lui, cette technologie représente une véritable aide pour la simplification des démarches et le traitement de la masse de documents.
“Mais une question demeure, sous quelle forme ? La prise de décision automatisée sera-t-elle directement intégrée dans les processus ou bien sera-t-elle déployée sous la forme d’un assistant dans les collectivités ?”, demande-t-il.
Imposer un cadre d’utilisation pour éviter les dérives
Selon un rapport conjoint de trois inspections générales (Finances, Affaires sociales, Administration) publié le 2 juillet 2026, 40 % des agents dans les collectivités utilisent l’IA dans leurs fonctions. “Aujourd’hui, le danger réside dans le fait que cette pratique n’est pas encadrée alors qu’elle traite de données parfois sensibles”, soulève Arnault Ioualalen.
Pour répondre à cet enjeu, la mise en place d’une charte d’utilisation de l’IA peut s’avérer nécessaire. “À Grandrieu, nous avons commencé sa rédaction et nous délibérerons d’ici la semaine prochaine en espérant inspirer d’autres collectivités”, a glissé un agent de la commune.
Une mutualisation prochaine de ces outils ?
Dans un département comme la Lozère, marqué par une faible densité de population et des moyens contraints, le déploiement de l’intelligence artificielle représente un investissement conséquent, particulièrement difficile à absorber pour les plus petites collectivités. Laurent Suau, président du Département, a rapidement évoqué la possibilité d’une mutualisation des services.
Comme l’a rappelé une élue de La Canourgue, toutes les collectivités ne peuvent pas se payer un directeur des systèmes d’information. “La question que l’on peut se poser, c’est donc : comment faire pour ne pas prendre de retard et quand passe-t-on à la phase opérationnelle, je pense qu’il y a énormément d’attente autour de la mutualisation”, rappelle-t-elle.
La vidéosurveillance algorithmique déjà dans nos rues
L’IA est aussi utilisée par les collectivités territoriales pour des missions de surveillance. Au rez-de-chaussée du salon, l’entreprise Visionaute présente ses logiciels et ses caméras capables de faire de la reconnaissance de comportements suspects.
Cette technologie avait été brièvement introduite dans le cadre d’une expérimentation lors des Jeux olympiques de Paris, puis finalement étendue jusqu’à fin 2027 par le Parlement.
Si la reconnaissance faciale est pour l’instant interdite en Europe, le glissement semble facile. D’autant plus que ce genre de logiciels a déjà une fonction intégrée d’identification des visages mais elle est “mise en sommeil”, rassure le directeur commercial de Visionaute Adrian Turlan.
Questions éthiques
En Lozère, cette technologie est déjà déployée dans les rues de La Canourgue et Bourgs-sur-Colagne. Elle permet également, entre autres usages, de lire automatiquement les plaques d’immatriculation, une fonctionnalité qui peut s’avérer utile dans le cadre d’enquêtes, ou encore de détecter des regroupements inhabituels afin de contribuer à la tranquillité publique.
Mais ces nouveaux usages ne sont pas sans soulever des questions éthiques et démocratiques. Jusqu’où peut-on aller dans l’utilisation de l’IA pour assurer la tranquillité publique sans porter atteinte aux libertés individuelles, à la vie privée et, plus largement, à la liberté de circuler ?
