Le nouveau premier magistrat de Castelnau-le-Lez a, une fois, élu attaqué, de manière assez inattendue, billes en tête la corporation. Ou du moins les “promoteurs défaillants”. Décryptage.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’une fois dans le fauteuil de maire, Julien Miro, le nouveau premier magistrat de Castelnau-le-Lez, n’y est pas allé de main morte. Il a attaqué, billes en tête, la corporation des promoteurs immobiliers. Avec des slogans forts et pour le moins inhabituels : “C’est la fin du paradis des promoteurs immobiliers”, comme on peut le dire dans le dernier bulletin municipal, ou encore, affiché dans toute la ville “Promoteurs, fini de jouer”.
Dire que la corporation n’a guère goûté à cette sortie inattendue est un euphémisme. Dans une lettre ouverte, Thierry Iacazio, directeur pour le Languedoc de Vinci Immobilier et président régional de la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée (FPI OM), a rappelé que “les membres de notre fédération de promoteurs immobiliers n’ont pas pour métier de “jouer” avec l’urbanisme des villes et de les “bétoniser” comme vous le prétendez”. Dénonçant un “discours clivant”, qui “n’est pas acceptable”.
“Sur un mandat de sept ans, on a plutôt intérêt à s’entendre”
Mais quelle mouche a donc piqué le jeune maire de 40 ans pour s’attaquer à une corporation qui, avec Georges Frêche au début des années 1980, demeure l’un des acteurs phares du développement de la métropole ? La mouche en question a un nom : Marignan. L’équipe montpelliéraine du promoteur national en a pris pour son grade. Elle a été accusée de laisser persister des “conditions indignes” et des “défaillances”. En cause, l’état de Fragrance, une de ses résidences construite il y a trois ans dans le quartier Eurêka et comprenant 86 logements.

“Les habitants n’ont ni eau chaude, ni chauffage en hiver ni refroidissement en été, pointe Julien Miro. Ils ont le désagréable sentiment que le promoteur bénéficiait jusqu’à présent d’une impunité”. Le maire, qui a reçu les responsables de Marignan, a mis les points sur les “i”. “Je leur ai dit de manière courtoise, polie et sans brutalité ce que je pensais de cette situation”, précise-t-il à Midi Libre. Il ajoute : “sur un mandat qui va durer sept ans, on a plutôt intérêt à s’entendre”.
“Les gens étaient face à des mastodontes plus puissants qu’eux”
Sans doute, dans la démarche (et le style) de Julien Miro ce n’est finalement pas tant le soufflet passé à un promoteur, mais la manière dont il s’est, dès sa prise de mandat, adressé à la profession. Une profession qui n’a pas pour habitude d’entendre ce genre de propos. “Les gens se retrouvent face à des mastodontes beaucoup plus puissants qu’eux et sans appui de la collectivité”, insiste-t-il.
Il rappelle, non sans un brin de colère, que “nous étions dans une situation de Far West, aujourd’hui, c’est donc la fin du Far West pour les promoteurs à Castelnau-le-Lez”. Il rappelle également que “la seule réponse apportée par mon prédécesseur (Frédéric Lafforgue, NDLR) aux habitants de la résidence Fragrance qui se plaignaient de Marignan, a été d’accorder un autre permis de construire au même promoteur, cette fois-ci sur l’avenue de l’Europe”. “Ce qui ne va pas forcément l’inciter à réparer les défaillances sur son autre résidence”, ajoute-t-il.
“Je ne signerai plus de permis de construire”
L’urbanisation sur cette avenue qui traverse la commune en épousant le tracé de la ligne de tramway a en effet connu un développement impressionnant cette dernière décennie. Dans sa volonté de “remettre de la distance avec les promoteurs immobiliers”, Julien Miro annonce : “Je ne signerai plus de permis de construire pour des immeubles de logements et de logements sociaux”.
“Avec ce qu’a signé mon prédécesseur, nous allons être à peu près à 30 000 habitants à Castelnau-le-Lez, cette croissance est due à une urbanisation incontrôlée”, enchaîne-t-il. Avant de poursuivre : “Là où la métropole de Montpellier est à 1,5 % et qu’elle a du mal à absorber le développement de la population, nos, nous sommes à 6,5 % de croissance par an. C’est énorme. Nous avons dépassé de 53 % tous nos objectifs en termes de constructions de logements, quand d’autres communes ont fait 20 % de leurs objectifs. Donc, je dis que nous, nous arrêtons là, il n’y aura plus de nouveaux logements de construits. Castelnau cesse d’être la bonne copine”. Aux promoteurs immobiliers d’apprécier.
