
Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête, jeudi, après une conférence de presse de membres armés du FLNC qui dénoncent le projet d’autonomie. Décryptage de notre spécialiste.
“Ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national” : armes à la main et visages masqués, une quinzaine d’indépendantistes du Front de libération nationale corse (FLNC) ont donné une conférence de presse, dont le compte rendu a été publié mercredi par Corse Matin, dans laquelle ils s’en prennent aux “étrangers” – comprendre les non-Corses – qui arrivent massivement sur l’île chaque année. Une séquence qui a donné lieu, dès jeudi, à l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet national antiterroriste.
Leur message est clair pour ces derniers : “Restez chez vous”. Les membres du FLNC évoquent le chiffre de 5 000 arrivées par an, et dénoncent la “colonisation de peuplement galopante”.
“Le FLNC n’existe qu’à travers cette image de rebelle encagoulé et armé”
Cette mise en scène martiale, qui rappelle celle utilisée en août 2024 lors d’une séquence médiatique similaire, n’annonce pas pour autant un retour à des actions violentes. Pour Thierry Dominici, maître de conférences en science politique à l’Université de Bordeaux, “le FLNC n’existe qu’à travers cette image de rebelle encagoulé et armé. Ils font cela car cela assied leur crédibilité.”
S’il reconnaît une forme de retour en arrière dans le discours anti “continentaux”, qu’il juge tout de même “moins virulent que dans les années quatre-vingt”, ce n’est pas le principal message à retenir de cette prise de parole, selon le spécialiste
“Ils s’adressent avant tout aux élus corses en dénonçant le processus d’autonomie”
“Pour moi, ils s’adressent avant tout aux élus corses en dénonçant le processus d’autonomie qui est actuellement en cours (projet de loi constitutionnelle examiné au Sénat à partir du 21 octobre). Malgré le fort potentiel de décentralisation que pourrait offrir ce nouveau statut, sur le plan du droit, ils le jugent insuffisant car ils voulaient a minima la reconnaissance du peuple corse, qui n’a pourtant aucune valeur juridique en France. En réalité, ils sont déjà dans l’étape d’après, celle de l’indépendance. Le passage à l’autonomie n’a pas grand intérêt pour eux”, estime Thierry
Dominici.
Cette ligne dure ne fait pas forcément l’unanimité sur l’île de Beauté, les Corses étant plus sensibles “lorsque le FLNC parle de spéculation immobilière, ou de soutien aux mouvements sociaux que lorsqu’ils parlent séparation ou étiolement du lien avec la France”. Mais cette fois, c’est autre chose qui se joue : “Depuis que le mouvement autonomiste a pris le dessus en région sur l’indépendantisme, ce courant a été récupéré par l’extrême droite, souligne le spécialiste. Il s’agit désormais pour le FLNC de récupérer la jeunesse indépendantiste qui a rejoint les rangs du RN.”
