
Une enquête pour blessures involontaires a été ouverte à Paris après la collision, le 11 juin, entre une moto et la voiture officielle de Jean-Pierre Raffarin. Le motard, grièvement blessé, accuse l’ex-Premier ministre de non-assistance, sur fond de polémique sur l’usage de ce véhicule ministériel.
Une enquête pour blessures involontaires par conducteur a été ouverte après une “collision” à Paris le 11 juin dernier entre la voiture de fonction conduisant Jean-Pierre Raffarin et un motard, qui accuse l’ancien Premier ministre de ne pas lui avoir porté assistance.
“Une moto et une voiture administrative appartenant au ministère des Affaires étrangères avec chauffeur de ce même ministère conduisant Jean-Pierre Raffarin” sont entrées en “collision” dans le 17e arrondissement de Paris le 11 juin, indique vendredi le parquet de Paris, confirmant une information de Mediapart. Le motard est blessé gravement au niveau des testicules.
Il “a indiqué être passé au vert et avoir été percuté par une voiture avec gyrophare arrivant par sa droite, qu’il avait vue trop tard”, souligne le parquet, ajoutant qu’un témoin a indiqué que le véhicule était passé au rouge.
Le conducteur de la voiture, 53 ans, “a confirmé avoir fait usage du deux-tons”, la sirène de la police, “et que la présence d’un camion avait pu restreindre la visibilité”, poursuit-il. Fin juin, après les révélations de Mediapart, l’ancien Premier ministre avait indiqué regretter “profondément” cet accident, sur le réseau social X.
Communiqué I
À propos de l’accident du 11/6. alors que je travaillais à l’arrière d’un véhicule de service.
Cet accident a blessé une personne à moto, je le regrette profondément. Je me suis rendu immédiatement à l’hôpital pour prendre des nouvelles et laisser mes coordonnées .— Jean-Pierre Raffarin (@jpraffarin) June 26, 2026
“Ils ne m’ont pas aidé”
Dans une interview à Mediapart, Victor (prénom d’emprunt), 30 ans, dit ne pas se souvenir avoir entendu la sirène “sur le moment”. Ni le chauffeur, “ni M. Raffarin ne se sont souciés de moi. Ils ne m’ont pas aidé, ne m’ont pas parlé et n’ont pas pris de mes nouvelles”, regrette-t-il.
D’après un témoin, cité par le média, une fois la police sur place, “Jean-Pierre Raffarin est parti discrètement à pied sans s’enquérir du blessé au sol”. À l’heure actuelle, M. Raffarin n’a ni vu, ni appelé la victime, indique une source proche du dossier. Le concerné dit lui sur X qu’il s’est rendu “immédiatement à l’hôpital pour prendre des nouvelles”. L’ancien sénateur de 77 ans s’est en effet rendu à l’hôpital, sans pouvoir le voir, et a laissé un mot, confirme Victor. “Dans cette lettre, il incrimine complètement son chauffeur”, explique-t-il au média d’investigation.
“À la fin, il précise regretter tout cela et laisse son numéro de téléphone pour me proposer son aide si besoin. Pour moi, il a clairement agi après un conseil politique qui a dû lui être donné”, pense le jeune homme, qui ne sait pas encore s’il y aura des conséquences sur sa fertilité.
Question sur la voiture de fonction
Me Matteo Bonaglia, avocat de Victor, n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade de l’enquête. Il confirme néanmoins “avoir déposé une plainte quelques jours après l’accident, surtout pour solliciter la réalisation d’un certain nombre d’actes d’enquête” dont il redoutait “qu’ils ne soient pas réalisés à temps” et pour éviter “que les preuves dépérissent”.
Cet accident soulève également la question de la voiture de fonction attribuée à Jean-Pierre Raffarin. Depuis septembre et un décret du gouvernement supprimant les derniers avantages “à vie” des anciens Premiers ministres, M. Raffarin, à Matignon entre 2002 et 2005, ne pouvait plus bénéficier de l’usage d’un véhicule et d’un chauffeur.
Fin juin, Jean-Pierre Raffarin a expliqué qu’il en bénéficiait en lien avec sa “mission officielle temporaire et non-rémunérée quant aux relations sino-françaises”, attribuées par le Quai d’Orsay.
Sur les circonstances de l’accident, Victor affirme à Mediapart que, d’après les policiers, le conducteur “roulait à 60 km/h”. Jean-Pierre Raffarin a déclaré que le chauffeur a ralenti et activé le gyrophare “en raison d’une situation confuse au carrefour”. M. Raffarin a demandé à son chauffeur de l’actionner, selon une note du Quai, citée par Mediapart.
