
L’armée ukrainienne a lancé lundi 15 juin une grande réforme de son armée avec l’objectif de la rendre plus attractive. Après quatre ans de guerre et plus de 90 000 pertes, Kiev cherche à attirer des volontaires pour pallier un manque d’effectifs chronique.
Plus de 90 000 militaires morts en quatre ans. C’est le lourd bilan dressé par UA Losses, un projet ad hoc comptabilisant les pertes ukrainiennes entre le 24 février 2022 et le 24 février 2026. Un nombre qui n’a cessé de s’alourdir depuis, la Russie continuant ses attaques contre le pays voisin.
Alors que le conflit s’enlise et que les morts s’accumulent, Kiev fait face à un constat de plus en plus préoccupant : l’armée peine à compenser ses pertes. Fin janvier, le ministère de la Défense révélait ainsi que deux millions d’Ukrainiens avaient échappé à la conscription, tandis que près de 200 000 soldats étaient absents sans permission officielle.
Consciente des risques que représente une crise d’effectifs dans cette guerre de longue haleine, l’armée ukrainienne a décidé de faire peau neuve. Avec un objectif : attirer de nouveaux volontaires et ne plus dépendre de la très impopulaire mobilisation.
“Plus de prédictibilité et de contrôle”
Depuis lundi 15 juin, l’armée ukrainienne offre de nouveaux contrats à durée déterminée de six, dix ou quatorze mois pour les combattants en première ligne et de 24 mois pour les autres positions. “À partir d’aujourd’hui (lundi), les civils, le personnel mobilisé, les combattants actifs et le personnel militaire déjà en service sous contrat peuvent signer de nouveaux contrats”, a ainsi déclaré sur Telegram le ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Fedorov.
Ces nouveaux contrats offrent “plus de prédictibilité et de contrôle sur son service personnel” et viennent avec “des sursis (de mobilisation) garantis après la fin du service”, a-t-il ajouté. Très concrètement, cela signifie que les volontaires qui signent ce contrat se voient aussi garantir un minimum de six mois de démobilisation à l’issue de leur service et n’auront donc pas à retourner sur le front sur cette période.
Une paie triplée
Cette réforme, annoncée début mai par le président Volodymyr Zelensky, inclut également une hausse des salaires qui se veut plus qu’incitative. Les soldats occupant des positions non-combattantes pourront désormais toucher un minimum mensuel de 30 000 hryvnias (environ 580 euros), contre 20 000 hryvnias (390 euros) jusqu’à présent, selon les détails publiés vendredi sur le site du ministère de la Défense.
Sans grande surprise, c’est pour celles et ceux qui se battent en première ligne que la revalorisation est la plus importante. Actuellement, les soldats combattant sur le front pendant un mois reçoivent un paiement de 170 000 hryvnias (3 300 euros) en plus du salaire minimum. Avec cette réforme, leur salaire mensuel pourra grimper jusqu’à 460 000 hryvnias par mois, soit 8 840 euros. C’est presque trois fois plus.
Kiev fait la cour aux déserteurs
Le ministère de la Défense tente en outre de récupérer les soldats déserteurs qui regrettent leur décision ou redoutent les peines encourues. Un système temporaire permettant aux déserteurs de réintégrer l’armée via une procédure accélérée avec des avantages, notamment financiers, va prochainement être mis en place.
Alors que l’horizon de la fin de la guerre semble toujours plus lointain, de nombreux soldats, à bout de forces, ont abandonné leurs positions. Soucieux d’endiguer ce phénomène, Volodymyr Zelensky a promulgué en janvier une loi alourdissant les peines encourues par ces militaires. Depuis cette mesure, les soldats encourent jusqu’à 12 ans de prison pour désertion, 10 ans pour désobéissance ou refus de combattre et 7 ans pour menace envers un supérieur.
