La loi sur l’aide à mourir s’apprête à franchir l’étape décisive du vote à l’Assemblée nationale ce mercredi 15 juillet. Soutenue par 92 % des Français, elle suscite encore le débat. Catherine Daquin, déléguée de l’ADMD, Association pour le droit de mourir dans la dignité, se projette dans les évolutions à venir.
Les députés peuvent, ce mercredi 15 juillet, instaurer un droit à mourir en France, c’est historique ?
On attend ça depuis 46 ans. L’ADMD, l’association pour le droit à mourir dans la dignité, existe depuis 1980, et elle est née d’une volonté qui a émergé dans la population. Mais la loi qui devrait être votée n’est pas celle nous espérions. Cette loi, on l’avait avant qu’Emmanuel Macron ne décide la dissolution, à sept jours du vote. Tout ce pour quoi on se bat était là, on avait obtenu des acquis supérieurs à ceux de la Belgique, par exemple.

Qu’est-ce qui, selon vous, fait défaut dans ce qui est envisagé ?
La possibilité de faire valoir ses directives anticipées, lorsqu’on ne peut plus s’exprimer, a disparu, comme l’application de la loi aux personnes qui souffrent de troubles mentaux, et le patient ne pourra pas choisir entre l’euthanasie et le suicide assisté. C’est seulement s’il n’est pas en capacité d’accomplir le geste lui-même qu’il pourra avoir un soutien pour l’aider à mourir.
On va avoir la loi la plus restrictive d’Europe, si l’on regarde tous les pays qui ont légiféré sur le sujet.
Vous êtes néanmoins satisfaite ?
On ne peut pas ne pas être satisfait. C’est une loi attendue par tous les Français, les sondages le disent : à 92 % pour la population et à 74 % pour les médecins, selon l’Ifop. Je rappelle qu’une première proposition de loi “relative au droit de vivre sa mort” avait été déposée en 1978 par le sénateur, Henri Caillavet (NDLR : sénateur du parti Radical du Lot-et-Garonne). Je suis adhérente de l’ADMD depuis plus de vingt ans, je suis une militante, je n’ai jamais désespéré.
Petit à petit, on a gravi la montagne, et on sent qu’aujourd’hui, on atteint le sommet. Contrairement à ce que disent les opposants, les politiques n’ont pas agi dans la précipitation. 521 amendements ont modifié le texte initial.
“Je n’en peux plus, je suis au bout du bout”
On vous interpelle sur le sujet ?
Encore cette semaine, j’ai eu trois appels au secours. Une dame m’a dit “Je n’en peux plus, je suis au bout du bout, est-ce que vous pouvez m’aider ?” On ne le peut pas parce que si on est des militants, on n’est pas des hors-la-loi.
Il y a un mois, c’est un monsieur qui m’a appelée à l’aide : “Mon appel à l’aide est un appel au secours, mon pistolet est prêt”. Des cas comme ceux-là, je peux vous en citer beaucoup. Comme de ces personnes âgées qui se suicident. C’est d’une violence… Le 15 juillet 2026, l’aide active à mourir entrera enfin dans le code de la santé publique. Beaucoup de ceux qui devaient partir en Belgique n’y seront plus contraints.
Pour vous, c’est une première étape ?
L’ADMD proposera des aménagements législatifs pour pallier les défauts du texte actuel. Il a fallu plus de 40 ans pour que l’IVG devienne un droit pour toutes les femmes, il faudra encore du temps pour que les Français n’aient pas à souffrir de caractère imparfait de la loi. Mais une loi républicaine protège et encadre face au risque de dérives. On n’est pas des militants pro euthanasie, j’espère mourir dans la sérénité, ou avec des souffrances altérées. Mais il y a des situations où le corps médical ne peut pas apporter de réponse à la souffrance.
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Emmanuel Macron s’est engagé sur le sujet…
Nous ne sommes pas convaincus qu’il soit favorable à l’aide à mourir. Il ne veut pas partir sans avoir fait une loi sociétale. Je me souviens que Yoann Brossard, secrétaire général de l’ADMD, m’avait dit “Tu vas voir Catherine, on va avoir une loi à la française”…
Ce n’est pas le cas ? C’est ce que dit le Président de la République.
C’est une loi “à la française” qui fait un pas frileux, mais qui a le mérite d’exister, dans un contexte de recul de l’ouverture d’esprit. Mais encore une fois, ce sera un vote historique.
