
Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen orchestrent un duel politique en France, chacun alimentant la base électorale de l’autre par des positions radicales. Ce week-end, leurs discours respectifs à la braderie d’Hénin-Beaumont et à la fête de l’Huma pourraient à nouveau illustrer cette stratégie.
La technique est connue : n’attaquer que l’adversaire que l’on s’est choisi, le mettre ainsi en lumière afin de le faire monter dans les sondages. Installer petit à petit le match que l’on souhaite au profit de celui qui existe. Par sa seule volonté changer le cours des choses.
C’est à cet exercice de prestidigitation que se livrent Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen depuis des mois. Elle veut installer des climatisations dans toute la France ? Jean-Luc Mélenchon lui répond qu’un tel plan massif va aggraver les dégâts. “On sait faire des bâtiments qui résistent à la chaleur. Il y a des techniques, […] il y a mille manières d’isoler un bâtiment”, assure-t-il.
Elle défend les automobilistes ou les agriculteurs ? Son alter ego insoumis se fend à Valence, lors des universités d’été de son parti, d’un discours très radical en matière d’écologie.
Duel à distance ce week-end
Ces derniers jours, le pas de deux a repris de plus belle. La candidate Rassemblement National à l’élection présidentielle a annoncé qu’elle, Présidente, le voile sera interdit dans la rue. Réponse du berger à la bergère, Jean-Luc Mélenchon annonce quelques jours plus tard vouloir, s’il est élu, réautoriser l’abaya à l’école. Celle-ci avait été interdite par Gabriel Attal lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale en 2023.
Ce week-end, ce duel va atteindre l’un de ses premiers paroxysmes puisque Marine Le Pen fera un discours à la braderie d’Hénin-Beaumont après que Jean-Luc Mélenchon a fait le sien à la braderie de Lille. Il sera pour sa part à la fête de l’Huma. Chacun en terrain conquis va se parler par presse interposée.
Il s’agit, en organisant ainsi le débat politique autour de leurs thématiques de prédilection, de donner le sentiment qu’il n’existe aucune alternative. Par la radicalité de leurs propos, les deux leaders écrasent les candidats modérés qui deviennent inaudibles. Qui a retenu les propos de Gabriel Attal qui a promis d’interdire le voile aux jeunes de moins de 15 ans tout en laissant la liberté à une femme adulte de le porter ? Qui a entendu Édouard Philippe vouloir en rester à la loi actuelle ?
Mais ce bras de fer a un autre avantage : celui de profiter aux deux candidats. En effet, la détestation de l’un nourrit le socle électoral de l’autre : la peur d’une France métissée dont les enfants porteraient l’abaya à l’école nourrit le vote Marine Le Pen alors que Jean-Luc Mélenchon se renforce lorsque la candidate du RN évoque l’interdiction du voile dans la rue.
Seuls face à face
Or l’un et l’autre ont tout à gagner à se retrouver face à face au second tour. En effet, selon un sondage mené par Cluster 17 à la fin du mois de juillet, si Marine Le Pen l’emporte face à chacun des cinq adversaires testés (Mélenchon, Glucksmann, Philippe, Attal et Retailleau), c’est face au premier qu’elle a le plus d’avance.
Et lui a tout à gagner à ce duel qui l’installerait ensuite dans le rôle de seul opposant, incarnant, dans la rue notamment, la résistance à l’extrême droite. Tout en s’opposant violemment l’un à l’autre, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se rendent ainsi service quitte à renforcer le camp qu’ils disent vouloir combattre.
Quitte surtout à dresser les Français les uns contre les autres : la France Master poulet contre la France du Canon Français. Mais entre les deux, il y a toujours du monde chez Mac Do…
