Drones armés de mines antichars, paddle motorisé… : au 1er Reg de Laudun-l’Ardoise, les légionnaires inventent les armes de la guerre de demain


Du paddle motorisé au drone porteur de mines, la cellule innovation du 1er régiment étranger de génie de Laudun-l’Ardoise conçoit en interne des outils tactiques pour s’adapter aux évolutions de la guerre et gagner en autonomie.

Une planche de paddle équipée de propulseurs traverse le Rhône avec, à son bord, un légionnaire armé. Cette scène s’est déroulée en mars dernier lors de l’exercice Terra Nostra mené, comme chaque année, par le 1er régiment étranger de génie (Reg) de Laudun-l’Ardoise. Ce prototype a été baptisé, en langage militaire, PGMT, ou “plateforme gonflable motorisée téléopérée”, traduit le capitaine Piotr.

Le légionnaire occupe, au sein de l’unité, le rôle de référent simplification et innovation numérique (RSIN). Comprenez, il est responsable d’une cellule qui, au sein du régiment, capte et mûrit des idées innovantes. À l’instar de ce paddle d’abord imaginé par le chef de la section des plongeurs du 1er Reg pour des opérations de franchissement. “Les financements ont été validés pour le militariser un peu plus et il a déjà intéressé d’autres régiments”, souligne l’officier.

Réfléchir à la plus-value tactique

Ces pôles “innovation” existent depuis plusieurs années au sein de chaque régiment, “mais ils ont pris plus d’importance depuis la guerre en Ukraine“. Un intérêt confirmé par la création, en 2023, du commandement du combat du futur (CCF) qui a pour mission, au sein de l’armée de terre française, d’anticiper les évolutions de la guerre ou encore d’accompagner l’innovation.

À Laudun-l’Ardoise, le rôle du capitaine Piotr est “d’encourager, d’aider et de diriger toutes les innovations qui peuvent émerger des compagnies, des légionnaires. Je réfléchis si elles sont pertinentes d’un point de vue tactique et si elles peuvent être étendues à tous les régiments”. Et de nombreux projets ont été lancés en un an, depuis qu’il est arrivé à la tête de cette cellule.

Un drone de mines antichars

À l’instar de Deeper Quester. Ce petit robot, similaire à un sonar, scanne le fond de l’eau depuis la surface et rend compte de ce qu’il a observé sur une application. “Cela permet aux plongeurs de gagner du temps”, indique le légionnaire. Et d’ajouter que cette innovation a déjà été testée à l’école de plongée du génie et qu’elle intéresserait la marine nationale.

Le Deeper Quest permet de sonder le fond de l’eau depuis la surface.
Le Deeper Quest permet de sonder le fond de l’eau depuis la surface.
Armée de terre – plc

Parmi les autres projets imaginés par le 1er Reg, on compte aussi Draco. Ce drone porteur de mines antichars – qui en est toujours au stade expérimental – permettrait, “dans une guerre de haute intensité, de miner une zone tout en préservant la ressource humaine, résume le légionnaire. Comme nous sommes un régiment de génie, on doit se concentrer sur ce qu’on pourrait mettre en place dans notre domaine, à savoir la mobilité et la contre-mobilité”.

Le 1er Reg a réalisé ce drone répondant au nom de Draco qui permet de poser des mines antichars.
Le 1er Reg a réalisé ce drone répondant au nom de Draco qui permet de poser des mines antichars.
Armée de terre

“Gagner en autonomie”

Ainsi, un premier prototype a été fabriqué en interne. Deux militaires du rang ont assemblé, programmé et paramétré l’engin volant. Un projet qui a convaincu le CCF puisqu’il a obtenu un financement de 12 000 €. De quoi permettre au 1er Reg de fabriquer six Draco supplémentaires et, pourquoi pas, de les améliorer. “On pourrait les automatiser afin qu’il n’y ait plus qu’un seul télépilote qui les commande tous en même temps. On pourrait aussi imaginer un volet IA pour réfléchir à la pose des mines”, lance le capitaine Piotr. Mais pour ces optimisations, “il faut voir si on peut le faire nous-mêmes ou si on passe par des entreprises”.

Et l’IA dans tout ça ?

“On avance au même rythme que l’armée de terre”, indique le capitaine Piotr à propos de l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein du 1er Reg de Laudun-l’Ardoise. “On est en relation avec des entreprises comme Command AI qui développe des solutions par IA pour faire de la rédaction d’ordres simplifiés. Ils viennent dans les régiments pour échanger”, indique le jeune officier, avant d’ajouter : “On se met à la page”.

Car le 1er Reg peut en effet collaborer avec des sociétés privées pour les produits hautement technologiques ou pour la mise à l’échelle de projets. Mais, comme le rappelle le RSIN, “notre mentalité est de concevoir le maximum pour être autonome dans une démarche low cost”. Ainsi la réalisation en interne d’un Draco revient à moins de 2 000 €. Pour le paddle propulsé, “avec une entreprise cela aurait coûté 80 000 €, là c’était 2 000 €”. Dans cette démarche, le 1er Reg s’appuie aussi grandement sur l’impression 3D. Notamment en imprimant des mines étrangères inertes dans le cadre de l’entraînement des sapeurs. Toujours avec cette idée “d’avoir une production locale et donc de gagner en autonomie”.



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