“Ce débat a donné le ton de la campagne” : les leçons à tirer de la première confrontation des candidats à l’élection présidentielle



Les sept candidats déclarés dans la course à l’Elysée ont confronté, pour la première fois, leurs points de vue, jeudi, face aux patrons. Qui l’a emporté ? Analyse avec le politologue Benjamin Morel, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

C’était le premier grand débat de l’élection présidentielle. Les sept principaux candidats déclarés (Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Tondelier) se sont mesurés, jeudi après-midi, pendant près de trois heures, interrogés tour à tour par des chefs d’entreprise à l’occasion de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) du Medef, à Roland-Garros.

L’occasion de confronter leurs visions, souvent antagonistes sur les grands enjeux économiques, et de se livrer à quelques passes d’armes. Quitte à donner, parfois, dans la proposition choc, pour essayer de marquer les esprits, à l’image de Marine le Pen, qui propose un plan de 125 Md€ d’économie, ou Jean-Luc Mélenchon, qui promet de “désobéir” aux décisions européennes qui seraient “en contradiction” avec le vote des Français.

Mais au-delà de la litanie de chiffres et de l’écume des mots, quelles leçons peut-on tirer de ce premier rendez-vous, pour la suite ? Analyse avec le politologue et constitutionnaliste Benjamin Morel, maître de conférences à Paris II Panthéon-Assas.

Qu’a révélé, selon vous, ce débat et qui l’a emporté ?

Il ne me semble pas y avoir de séquences qui enterrent ou consacrent un candidat… mais ce débat a donné le ton de la campagne. Jean-Luc Mélenchon est renvoyé à la radicalité, Marine Le Pen à un manque de crédibilité, quant à Gabriel Attal et Édouard Philippe, ils peuvent difficilement avancer des propositions sans se voir renvoyé au bilan du macronisme et au manque de résultat de leur présence au pouvoir. Au fond, la volonté de tourner la page de dix ans avec Emmanuel Macron et la radicalité de la rupture d’un tel choix représente le sous-texte du débat à venir.

Quel est le candidat préféré des patrons, quel est celui qui les inquiète le plus ?

Le monde patronal souhaite une forme de stabilité et de continuité. Ce sont donc plutôt les options centristes ou LR qui aujourd’hui ont sa faveur. Jean-Luc Mélenchon semble plus inquiéter. Cela est dû à la radicalisation de certaines propositions, à la fois sur le volet économique, mais aussi sur d’autres aspects.

D’une certaine façon, c’est même toute la gauche qui, après certains débats comme celui sur la taxe Zucman, semble être devenue la bête noire d’une partie du monde patronal, ce qui est sans précédent depuis l’alternance de 1981. De son côté, le RN a fait beaucoup pour séduire le mouvement patronal, même si Marine Le Pen a témoigné moins en cela que Jordan Bardella.

L’économie sera-t-elle, ainsi, l’une des clés de l’élection ?

Ce sera une question centrale… elle touche au pouvoir d’achat et à la question de la dette. Or sur ces sujets, les candidats vont devoir rivaliser pour être à la fois crédibles, mais aussi pour soigner leur électorat… ça n’est pas si simple. Comment caresser dans le sens du poil les retraités qui sont une base électorale fondamentale pour la droite et le centre et en même temps proposer une juste répartition des efforts. L’examen du budget qui va rythmer le début de la campagne va exacerber ces questions…

À quoi peut-on s’attendre désormais ? L’émergence d’autres candidats pourrait-elle changer la donne ?

Une campagne coûte cher, cela implique donc un appareil. Or, pour l’instant, tous les véhicules politiques portent des candidatures. Par ailleurs il faudrait un espace libre. Ce qui fait Macron en 2017, ce n’est pas d’abord les qualités du candidat, c’est un espace politique qui s’ouvre. La primaire à gauche enfante, alors, d’un candidat très polarisé, Benoît Hamon, de même que celle de droite, François Fillon, qui plus est grevé par les affaires. L’électorat centriste est orphelin.

Aujourd’hui, l’espace central est surpeuplé de candidatures, tout comme la gauche, et le RN tient assez son électorat pour ne pas craindre d’y voir émerger un rival.

 



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