Après la victoire de l’AFD en Allemagne, le “miroir allemand” de Mémona Hintermann


La victoire électorale de l’AFD, parti allemand d’extrême-droite, anti-immigration et anti-Union Européenne, en Saxe-Anhalt ne doit pas laisser indifférent. Pour Lignes Ouvertes, la journaliste Mémona Hintermann évoque la nécessité de s’intéresser aux causes.

Pour une fois, les Français éprouvent un peu de gêne à vilipender leurs meilleurs ennemis ! Dans le miroir que nous tend l’Allemagne depuis dimanche dernier, nous reconnaissons des traits assez familiers. En votant à près de 44 % pour un parti classé à l’extrême droite – du jamais vu depuis les années Hitler – les Allemands d’un Land pauvre sonnent le tocsin. Et ce tocsin résonne avec une avec acuité particulière de ce côté-ci du Rhin.

Mémona Hintermann, ex-grand reporter à France Télévisions.
Mémona Hintermann, ex-grand reporter à France Télévisions.

Nous voilà donc dans le même bateau ? Le score de Saxe-Anhalt – petite entité de l’ex-Allemagne de l’Est est sans appel. Les quelque 1,7 million d’électeurs ont voté à plus de 77 %. Des résultats qui ne sont pas le fruit du hasard. D’autant que l’AFD- l’Alternative pour l’Allemagne- est désormais aux portes du pouvoir fédéral à travers le pays tout entier. Les grands partis de l’après-cataclysme du nazisme – sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates sont aujourd’hui l’ombre de ce qu’ils furent. Quant à Angela Merkel, elle incarne aujourd’hui un échec cuisant, accablée de tous les reproches, notamment sa décision en 2015 de laisser entrer près d’un million de Syriens, parmi lesquels quelques profils plus qu’inquiétants d’islamistes accusés d’avoir de terrorisme.

Dans le miroir de l’Allemagne, nous pouvons reconnaître des contours politiques communs.

2015, c’est précisément l’année de la création de l’AFD qui surfe… sur la lutte anti-immigration. Les difficultés économiques qui demeurent dans l’ancienne Allemagne communiste expliquent le rejet de la population. Mais c’est aussi le sentiment que leur vie a basculé dans une cohabitation qu’ils n’apprécient pas avec l’afflux d’étrangers, singulièrement d’étrangers ayant des mœurs qu’ils trouvent trop différentes des leurs. Faut-il alors les agonir, les traiter tous de néonazis ? Les choses ne sont pas si caricaturales. La coprésidente de l’AFD Alice Weidel brouille les clichés. Si son parti est carrément conservateur, l’ancienne banquière d’affaires ne cache pas qu’elle vit avec une femme originaire du Sri-Lanka.

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Mais alors, l’AFD est-il un parti comme un autre ? Pas vraiment. Ses projets concernant notamment le travail de mémoire inquiètent, en Allemagne et ailleurs. Or, l’AFD pense qu’on parle trop des années du nazisme. Aucun scrupule à prétendre que le Mémorial de la Shoah n’a pas vraiment sa place à Berlin, aucune hésitation à promettre que ces sujets devront se traduire dans les manuels scolaires.

La paix “cet héritage fabuleux de 80 ans”

Les idées des apprentis sorciers allemands sont si sulfureuses aux yeux du RN que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont senti le danger pour 2027. Depuis les dernières élections européennes les députés des deux formations ne siègent plus dans le même groupe mais… continuent à voter de concert sur des questions qu’ils jugent essentielles. L’Union européenne est la bête noire de l’AFD, de même que l’immigration incontrôlée. C’est dire, si dans le miroir de l’Allemagne nous pouvons reconnaître des contours politiques communs. Pour ruiner les chances de ces partis, suffit-il de traiter leurs électeurs et sympathisants de fascistes, de racistes, d’ennemis de la démocratie ? Ces accusations finissent par devenir banales et n’offusquent presque plus personne. Travailler sur les causes réelles qui expliquent ces votes serait plus utile. Comment vivre ensemble malgré nos origines et nos cultures différentes ? Comment sauvegarder la paix, cet héritage fabuleux de 80 ans sans guerre à l’ouest du vieux continent. Car l’enjeu est là. Si évident que nous l’oublions face au miroir franco-allemand.



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