Vidéo choc de la police à Carcassonne : “Ça peut renforcer un réflexe de front républicain de second tour”, pour la présidentielle 2027


Antoine Bristielle, docteur en science politique, dirige l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès. Il mesure l’impact pour le Rassemblement national des propos racistes, sexistes et complotistes des policiers municipaux de Carcassonne.

Avez-vous été surpris par la teneur des propos tenus par des policiers municipaux dans cette vidéo révélée par Midi Libre ?

Non, ce n’est pas forcément de l’étonnement dans le sens où ce n’est pas forcément non plus la première fois qu’on a, disons, dans un second ou troisième cercle du Rassemblement national, de tels propos qui peuvent fuiter. C’est malheureusement encore monnaie courante dans une partie du Rassemblement national.

Ce type de séquence percute la dédiabolisation du RN entreprise par Marine Le Pen ?

Il faut distinguer les militants et les électeurs. Pour les militants, il y a eu une volonté, en particulier de Marine Le Pen, depuis une dizaine d’années, de se séparer, ou en tout cas de beaucoup moins s’afficher avec les personnes les plus problématiques sur ces questions-là. Parce que dans l’ancien Front national, c’était finalement un type de propos qui était beaucoup plus admis, et qui même était assez monnaie courante dans les cercles du FN.

<p>Antoine Bristielle, docteur en science politique, et directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès.</p>

Antoine Bristielle, docteur en science politique, et directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès.


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Néanmoins, ça ne veut pas dire qu’ils n’ont plus cours au sein du RN, en particulier chez une partie des militants les plus durs, ça existe encore. Mais ils essayent de ne pas montrer cette facette-là aux yeux du grand public.

En ce qui concerne les électeurs, vous avez des profils de toute nature. Vous avez des personnes qui sont beaucoup plus préoccupées par les questions de pouvoir d’achat, par le mauvais fonctionnement des institutions, à leurs yeux, et qui voient dans le RN une alternative crédible. Et puis vous avez des profils beaucoup plus préoccupés par les enjeux liés à l’immigration, ou à ce qu’ils considèrent être comme un délitement culturel de la société, jusqu’à flirter avec une forme de xénophobie.

Les deux types d’approche peuvent-elles être liées ?

Elles sont généralement assez liés. Dans le fait de voter RN, le chercheur Célicien Faury explique que même chez les personnes davantage préoccupées par leur pouvoir d’achat, il y a quand même une forme de racialisation de ces préoccupations-là, dans le sens où ce n’est jamais loin d’une considération xénophobe. Où les problématiques économiques que ces personnes rencontrent seraient aussi le fait d’une immigration incontrôlée, pour le dire rapidement.

Vous le voyez comme une sorte de plus grand dénominateur commun de cet électorat ?

Je ne dirais vraiment pas que tous les électeurs du RN sont racistes. Néanmoins, il y a quand même un fond de sauce propre au FN, puis au RN, autour des enjeux liés à l’arrêt de l’immigration, à maintenir une homogénéité culturelle. Et il peut y avoir dans certains cas des glissements, des propos, des attitudes, qui sont complètement xénophobes, comme avec ce que l’on vient d’observer à Carcassonne.

Cela fait tache dans cette entreprise de normalisation ?

Oui, indéniablement. Il y a eu un élargissement assez fort du socle électoral du RN, notamment avec des profils plutôt de droite traditionnelle, préoccupés par les enjeux liés à l’immigration, par les questions d’insécurité, mais qui, en l’occurrence, ne sont pas du tout dans un profil xénophobe. C’est un point très problématique pour le RN. Car la stratégie de la dédiabolisation, visait, d’une part, à moins faire peur à des électeurs pour qu’ils votent pour le RN. Et surtout, faire en sorte qu’il n’y ait plus de front républicain, d’apparaître aux yeux des Français comme un parti comme les autres.

Imaginez une perspective de second tour entre Marine Le Pen et un candidat de droite, typiquement Édouard Philippe. Et que les électeurs de gauche estiment qu’il n’y a pas une différence suffisante entre eux, qu’ils se disent “je vais rester chez moi”, permettant l’élection de Marine Le Pen. Mais ce type de séquence renforce l’impression que ce n’est quand même pas un parti comme les autres, il y a des membres très xénophobes. Donc ça peut renforcer ce réflexe de front républicain dans une perspective de second tour.

C’est pour cela que les dirigeants du RN ont réagi très vite mercredi pour condamner ces propos ?

Absolument. C’est tellement à l’opposé de leur stratégie de dédiabolisation qu’ils ont tout intérêt à condamner extrêmement rapidement. Ils se rendent bien compte que ces propos ne leur servent pas. Et ils veulent ne laisser aucun angle d’attaque à leurs opposants politiques.

 



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