Réunis mercredi 24 juin, les élus d’Alès Agglomération ont adopté à l’unanimité une délibération pour préserver l’aérodrome d’Alès-Cévennes. Un dossier explosif, mêlant enjeux économiques, sécurité civile et rivalités institutionnelles, qui a largement éclipsé les autres débats de la soirée.
L’orage grondait au-dessus d’Alès (Gard), mercredi 24 juin au soir, lorsque les élus communautaires se sont retrouvés dans la salle des assemblées du bâtiment Atome. À l’intérieur, un autre sujet électrique s’apprêtait à monopoliser les échanges : l’avenir de l’aérodrome d’Alès-Cévennes.
Bien avant d’aborder ce dossier sensible, le conseil avait pourtant examiné les traditionnelles délibérations financières, le compte financier unique 2025, des ajustements tarifaires ou encore la prolongation de l’opération programmée d’amélioration de l’habitat “centre ancien et faubourg d’Alès”. Les élus ont également renouvelé les aides à l’installation de panneaux photovoltaïques et à l’acquisition de véhicules électriques, tout en donnant un avis favorable sur la demande d’autorisation environnementale pour le projet de réouverture de la ligne Alès-Bessèges. Mais lorsque le point consacré à l’aérodrome est arrivé sur la table, le ton est immédiatement monté d’un cran.
Un équipement “structurant” pour le bassin alésien
D’une seule voix, les élus ont adopté une délibération demandant la suspension de la procédure de fermeture et de déclassement engagée par la chambre de commerce et d’industrie (CCI) du Gard. Une manière d’affirmer que l’infrastructure, ouverte depuis 1975, doit rester un outil au service du territoire.
Pour Christophe Rivenq, le combat ne date pas d’hier. Le président d’Alès Agglomération a longuement replongé l’assemblée dans l’histoire du dossier, et notamment les premières discussions sur une éventuelle reprise du site par l’agglomération. “On n’est pas des mendiants, on demande notre juste dû“, a-t-il lancé, dénonçant la “valorisation de 2,5 millions d’euros réclamée” pour une infrastructure posée sur des terrains que les communes de Deaux (absente de la séance) et de Vézénobres avaient, à l’origine, cédés pour un franc symbolique. “Si cet équipement devait être vendu, l’argent doit rester sur le territoire qui l’a créé. Cet investissement a été porté par les entreprises du territoire, et il est hors de question d’acheter, avec l’argent de l’agglomération, quelque chose qui nous appartient déjà.”

L’élu assure avoir multiplié les démarches auprès des préfets, des ministres et des représentants de l’État. Son objectif reste inchangé : préserver une plateforme qu’il juge indispensable au développement local. “Ce n’est pas contre Deaux, c’est pour l’Agglo“, a-t-il martelé alors que la, refusant toute personnalisation du conflit. “L’équipement n’est pas là pour pourrir la vie des gens. Oui, quand un avion décolle, cela fait un peu de bruit, mais nous ne sommes pas à Orly ni à Roissy.”
“Une piste qui ferme ne rouvre jamais”
Dans l’hémicycle, les soutiens n’ont pas manqué. Philippe Ribot, maire de Saint-Privat-des-Vieux et vice-président de l’agglomération, a livré une intervention empreinte de passion. “On peut discuter de tout, mais il faut sanctuariser la piste. Une piste qui ferme ne rouvre jamais.” Même tonalité chez Mickaël Théry, conseiller communautaire (Saint-Martin-de-Valgalgues), instructeur aéronautique et entrepreneur, qui a rappelé l’utilité concrète de l’équipement pour la formation des pilotes, l’économie locale et la sécurité civile. L’élu a notamment évoqué l’atterrissage d’urgence, quelques jours plus tôt, d’un appareil de l’armée de l’air sur le site alésien. “Heureusement que l’aérodrome existait”, a-t-il souligné, estimant que sa disparition contribuerait à enclaver davantage le bassin alésien.

Le débat a aussi donné lieu à un échange plus politique, notamment entre Christophe Rivenq et son opposant à la mairie Thibault Pellissier, sur l’urgence, les responsabilités de chacun et les solutions envisageables pour préserver le site. “Notre bassin souffre déjà suffisamment de son enclavement pour que nous acceptions, par inertie ou incapacité politique, la disparition d’un équipement qui serait presque impossible à recréer demain”, s’est indigné l’Alésien avant de pointer notamment la responsabilité de la présidente de Région et du maire de Deaux.
“Jeune homme, quand on ne connaît pas l’histoire, on n’en parle pas. Alors faire des discours aux politiciens sur un sujet aussi grave, en racontant ce genre de sornettes… me dire qu’on a attendu aujourd’hui pour s’occuper de ça, c’est méconnaître l’histoire de ce territoire”, s’est emporté le président, en pointant du doigt un seul responsable. “La responsabilité exclusive de l’avenir de l’aérodrome Alès-Cévennes est du ressort du président, votre ami Rassemblement national, président de la chambre de commerce.”
Malgré des divergences de ton, au moment du vote, ni opposition ni abstention : l’unanimité. Un signal fort envoyé à la CCI du Gard, mais aussi à l’État et aux collectivités partenaires, alors que l’échéance de 2027 se rapproche et que le compte à rebours semble désormais enclenché.
