
Tout juste élu président de la commission des finances au conseil municipal, Antoine Bertrand, élu dans le groupe Insoumis, promet de la transparence tout en critiquant les choix budgétaires de l’équipe de Michaël Delafosse.
Vous avez été élu président de la commission des finances au conseil municipal de Montpellier. Êtes-vous surpris par cette proposition ?
Non. Traditionnellement, cette commission revient à un membre de l’opposition. Comme nous sommes arrivés en deuxième position aux élections, cela était légitime. À Montpellier, une partie des droits de l’opposition est respectée. En revanche, la majorité s’est abstenue lors de mon élection, alors qu’à la métropole, la majorité de Michaël Delafosse a voté pour la candidature de Salim Jawhari. Il y a donc peut-être une différence de traitement entre les oppositions.
Justement, avez-vous des échanges avec Salim Jawhari ?
Notre élection est récente. J’ai d’abord pris contact avec les services financiers pour obtenir les documents nécessaires à la préparation du conseil municipal et des éléments sur les mandats précédents (fiscalité, épargne, dette). Mon objectif est de faire de cette commission un lieu de transparence et de débat. J’aspire à y inviter des intervenants extérieurs, comme des économistes, pour débattre de l’évolution des dotations de l’État ou de la dette, afin que ce ne soit pas seulement une chambre d’enregistrement. Nous devons prochainement nous voir avec M. Jawhari, l’adjoint aux finances, M. Guiseppin et les services, pour faire le point.
Pour la gratuité de la cantine
Comment cela se passe avec Serge Guiseppin, qui était jusqu’à présent président de la commission des finances de la métropole et qui est maintenant adjoint ? Cela pourrait-il vous arriver ?
Pour moi, il n’y aura pas de passerelle car nous avons des désaccords de fond sur les choix budgétaires. Nous en avons parlé au moment du vote du budget, notamment sur la gratuité de la cantine scolaire et la mise en place d’une vraie régie. J’ai des échanges cordiaux avec l’ensemble des élus, mais nos désaccords sont profonds. Cela n’empêchera pas une gouvernance de la commission qui respecte l’ensemble des groupes.
Vous n’avez pas voté le budget en dénonçant le manque d’ambition sur l’urgence sociale et écologique. Est-ce que ce n’est pas paradoxal de contrôler la commission des finances de la ville en même temps ?
Au contraire, c’est sain. Quand on est dans l’opposition, on doit assurer cette transparence auprès des citoyens. Il faut que la question des finances ne soit pas uniquement entre les mains de l’exécutif. Présider la commission, c’est faire en sorte qu’une partie du pouvoir budgétaire revienne au conseil municipal, donc aux habitants. C’est le même principe à l’Assemblée nationale avec Éric Coquerel.
Comment allez-vous rendre compte aux citoyens de votre regard ?
En organisant des temps de préparation des conseils municipaux ouverts au public. Nous utilisons les codes du numérique et des nouveaux médias pour rendre public ce qui se passe.
Avec un budget de 718 millions d’euros, la ville continue à investir sans augmenter les impôts. Une bonne trajectoire ?
Si les finances de la Ville semblent saines, c’est parce que beaucoup de compétences ont été transférées à la Métropole. Le budget municipal est à l’équilibre, mais la Métropole est plus qu’endettée et a augmenté les impôts. Nous subissons un double coup de massue : l’augmentation de la part foncière métropolitaine et la réduction des investissements. Ce manque d’investissement est flagrant à la Ville, notamment dans la rénovation thermique des écoles. Il faut préparer les services publics à l’évolution du climat.
Une nouvelle crèche à Prés d’Arènes, encore une école à la Mosson, des travaux dans d’autres, des rues aux écoliers, ce n’est pas suffisant ?
C’est très largement insuffisant. Nous venons de voter le compte financier unique (CFU) de 2025. À peine 3 M€ ont été investis dans la rénovation thermique des écoles. À ce rythme, pour les plus de 120 écoles, il faudrait une rénovation par an : il fera 80 degrés quand tout sera fini. L’urgence climatique impose d’accélérer. Face aux canicules précoces, il faut planifier à long terme mais aussi répondre au court terme. Par exemple, en rendant les piscines gratuites lors des vagues de chaleur et en ouvrant des salles de fraîcheur dans les services publics en soirée ou entre midi et deux pour les personnes vulnérables. C’est une mesure peu coûteuse et utile.
Les tarifications solidaires actuelles, notamment pour la cantine, vous semblent-elles suffisantes pour faire face à l’inflation ? Ou bien la ville devra-t-elle aller plus loin, quitte à creuser le déficit ?
Ce n’est pas une question de déficit, mais de principe. Michaël Delafosse considère l’alimentation comme un bien marchand ; pour nous, c’est un bien commun qui doit être gratuit. Malgré la tarification sociale à 50 centimes, certaines familles accumulent des dettes et échappent au service public. Nous avions budgété cette gratuité autour de 5 M€ pendant la campagne. Dans un budget global de 700 millions, cela n’aggraverait pas le déficit et permettrait à tous d’accéder à une alimentation saine. C’est le même débat que pour la gratuité des transports.
Votre regard sur les moyens alloués à la sécurité ?
Nous les aurions renforcés sur l’humain (la ligne consacrée aux emplois). Il faut plus de personnel dans la police municipale et dans la médiation. Je conteste la politique des gros équipements centralisés comme l’Hôtel des sécurités. Nous aurions plutôt créé de petits hôtels de police de proximité dans les quartiers, complétés par des médiateurs. La majorité des interventions concerne des problèmes de voisinage ou des violences intrafamiliales. La réponse du tout-sécuritaire n’a pas de sens, il faut investir dans le lien social.
Un médiateur à la cité des Marels, est-ce suffisant pour vous ?
Non. La politique actuelle s’inscrit dans une doctrine de communication, comme les opérations “place nette”, sans effet réel sur le deal. Miser sur la proximité, c’est faire le choix de la “tranquillité publique” en répondant aux problématiques économiques et sociales des habitants. C’est là que nous placerions l’argent.
Vous avez dit que le niveau d’endettement de la ville était maîtrisé par rapport à celui de la métropole. Êtes-vous inquiet au sujet de ce niveau d’endettement à la métropole ?
Très inquiet. Sur le mandat précédent, la métropole a atteint un niveau d’alerte avec 98 % d’endettement.
Bio express
Antoine Bertrand, 29 ans, est né à Aix-en-Provence. Après des études en Sciences politiques, il devient directeur de cabinet de René Revol en 2020 à Grabels. Il est spécialisé dans les questions de collectivités et finances locales. Militant de la première heure, il est secrétaire national du Parti de gauche et a participé à la création de LFI au niveau local.
