
Deux ans et demi après la publication de ses 82 recommandations, l’heure est au bilan pour la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (Ciivise) faites aux mineurs. Dans son rapport publié lundi 15 juin, elle note des progrès en matière de “prévention et repérage” des violences sexuelles sur mineurs, mais également “un retard majeur” de la justice.
Ce qu’il faut retenir
• Lundi 15 juin 2026, la Ciivise a remis un rapport critique à Gérald Darmanin et Stéphanie Rist : 72 % de ses préconisations de novembre 2023 pour protéger les mineurs ne sont toujours pas pleinement effectives en France.
• Sur fond d’affaire Lyhanna, la commission pointe un “retard majeur de la justice”, avec seulement 3 % des auteurs de violences sexuelles sur mineurs condamnés.
• Face à ce bilan, la Ciivise appelle le gouvernement à réagir d’ici la fin du mandat présidentiel. L’exécutif promet de renforcer le projet de loi sur la protection des enfants, qui sera examiné à l’Assemblée mi-juillet.
C’est un bilan accablant que tire ce rapport. Alors que l’affaire Lyhanna bouleverse l’Hexagone, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (Ciivise) faites aux mineurs en novembre 2023 a appelé le gouvernement à “passer à la vitesse supérieure” pour faire de la protection des enfants une “priorité“, lundi 15 juin 2026.
Cette mise en garde intervient alors que les trois quarts (72 %) des préconisations faites par la Ciivise en novembre 2023 ne sont toujours pas “pleinement effectives“, analyse la commission dans un rapport remis lundi au garde des Sceaux Gérald Darmanin et à la ministre de la Santé et des Familles Stéphanie Rist.
Le bilan est “scandaleux“, “il montre le mépris” du gouvernement pour le sujet, après avoir “fait espérer les gens“, a déploré auprès de l’AFP Arnaud Gallais, cofondateur de Mouv’Enfants.
“La publication d’un décret ne suffit pas”
La Ciivise avait remis en 2023 au gouvernement 82 préconisations pour lutter contre la pédocriminalité, dessinant une politique globale depuis le repérage des victimes et le traitement judiciaire, jusqu’à la réparation et la prévention. Seulement 28 % des mesures sont “pleinement effectives“, un taux “insatisfaisant“, constate la Ciivise.
Parmi elles, la priorisation des enquêtes de violences sexuelles sur les enfants qui a fait l’objet de circulaires du garde des Sceaux. Mais l’affaire Lyhanna démontre l’insuffisante effectivité sur le terrain.
“La publication d’un décret ou d’une circulaire ne suffit pas, il faut en mesurer” les effets concrets, a réagi auprès de l’AFP Solène Podevin. La présidente de Face à l’inceste s’interroge sur la méthodologie du rapport et déplore l’absence d’une “politique publique transversale” de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants.
Quelques avancées réelles
En outre, 47 % des mesures ont été engagées, à des degrés divers, selon cet état des lieux. M. Roth-Fichet salue ainsi “des progrès importants en prévention et repérage“, avec des “taux de réalisation” de 90 %, dont la pérennisation du numéro 119.
Deux ans et demi après, le bilan est donc “globalement mitigé malgré des avancées réelles“, a expliqué à l’AFP son secrétaire général, Denis Roth-Fichet, qui a présenté ce rapport avec sa directrice, la magistrate Maryse Le Men-Regnier.
Parmi ces progrès, la “spécialisation progressive des enquêteurs” et le développement de structures dédiées pour auditionner les enfants victimes (Unités d’accueil pédiatrique Enfants en Danger, UAPED, et salles Mélanie).
3 % des auteurs condamnés
Mais Denis Roth-Fichet pointe un “retard majeur de la justice“, “point faible” de la politique publique. Un tiers des recommandations ne sont pas engagées ou arbitrées.
Plus de 6 plaintes sur 10 sont classées sans suite et “trop souvent les enfants victimes restent exposés à leur agresseur“, avertit la commission, qui note que les mères restent poursuivies pour “non-représentation d’enfant” quand elles tentent de les protéger. Seuls 3 % des auteurs de violences sexuelles sur mineurs sont condamnés.
Le “décalage majeur entre l’ampleur des violences et la faiblesse de la réponse pénale” est “intolérable et témoigne d’un dysfonctionnement systémique de notre appareil judiciaire“, estime le rapport.
Des “insuffisances persistantes”
L’affaire Lyhanna est un “symbole des défaillances du système“, commente Denis Roth-Fichet. Elle “illustre les insuffisances persistantes dans le repérage des situations à risque, la coordination entre les institutions, la protection judiciaire des enfants et la prise en compte de leur parole“.
Depuis la mort de la collégienne de 11 ans, la chaîne judiciaire est mise en cause car le principal suspect n’avait jamais été convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineurs.
Face à ce constat, la Commission “invite le gouvernement à passer à la vitesse supérieure” d’ici la fin du mandat présidentiel pour faire de “la protection de l’enfant” “le principe directeur” de toute la chaîne pénale et civile. L’executif a d’ores et déjà promis de renforcer le projet de loi sur la protection des enfants qui doit être examiné à l’Assemblée mi-juillet. Il envisage ainsi d’alourdir les peines pour les violeurs en série sur mineurs.
Un quart des mesures pas arbitrées ou engagées
Les préconisations de la Ciivise ont nourri les 79 dispositions de la “loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants” réclamée par une “coalition” de dizaines d’organisations et soutenue par la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet.
Toutefois, un quart des mesures proposées n’ont même pas été arbitrées ou engagées, la Ciivise demande désormais au gouvernement de se prononcer sur la prise en charge par la Sécurité sociale de soins spécialisés en psychotrauma pour les victimes.
Elle l’appelle également à “revoir sa position” sur des mesures rejetées ou “à l’arbitrage“, à l’instar de l’élargissement aux cousins de la définition de l’inceste et l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Sur ce sujet polémique, le gouvernement réfléchit.
