
30 000 emplois, une industrie productive à relancer, un aéroport à reprendre en main, un centre-ville à réinventer… Christian Assaf ne manque pas d’ambitions pour Montpellier. Le nouveau vice-président chargé du développement économique détaille sa méthode et assume une ligne offensive.
Michaël Delafosse vous a fixé l’objectif de créer 30 000 emplois sur le mandat. Comment allez-vous faire ?
En favorisant l’installation et surtout le développement des entreprises. Pour cela, il faut du foncier : nous avons 350 hectares dédiés à l’activité économique que nous implanterons à Cambacérès, le long du Contournement ouest (COM), à La Lauze… C’est un atout rare entre Nice et Barcelone. Nous devons aussi accueillir une industrie productive, comme Cykero. Prenez La Brigade de Véro, le “Comme j’aime” local, rachetée par un industriel breton : mon job, c’est d’aller le voir en Bretagne et de lui dire : “Pourquoi pas une conserverie à Montpellier ?”
Cela suffira ?
On a créé 23 000 à 24 000 emplois nets sur le précédent mandat. On change de braquet, mais c’est faisable. On part à 230 000 emplois sur le bassin de Montpellier. Mais ce ne sera pas la Métropole ou Christian Assaf qui créeront seuls ces emplois. L’objectif est de mettre tout le monde en ordre de bataille : entreprises, CCI, université, syndicats… Les 30 000 emplois doivent devenir le problème de tout le monde.
Concrètement, que proposez-vous aux entreprises ?
Un “welcome package”, un guichet unique. Une entreprise doit pouvoir avoir un seul interlocuteur à la Métropole pour ses problèmes de foncier, de logement, de mobilité ou de financement. Nous devons aussi réfléchir à des aides directes lorsqu’elle passe un cap. Cet hiver, une grande consultation réunira entreprises, commerçants, artisans, universitaires, chambres consulaires et syndicats. Il en sortira une feuille de route, puis nous créerons un G30, qui se réunira 3 à 4 fois par an pour monitorer tout cela.
Le commerce du centre-ville souffre. Dans le même temps, Odysseum continue des grandes enseignes de mass market comme Primark ou Action… Faut-il choisir ?
Non. L’ennemi du centre-ville, c’est Amazon, pas Odysseum. Il ne faut pas opposer ces deux expériences commerciales. Odysseum est un formidable attracteur : des Alésiens, des Biterrois et des habitants bien au-delà viennent à Montpellier pour Ikea, l’Imax ou le bowling… La question est plutôt : comment faire venir une partie des 13,5 millions de visiteurs d’Odysseum par an dans le centre-ville ?
Vous avez la réponse ?
Le centre-ville compte 5,4 millions de visiteurs par an et 300 jours d’animation, c’est colossal. Il faut maintenant “monétiser” cette audience, avec une offre plus typique, que l’on ne trouve pas facilement moins cher sur internet. Le Jeu-de-Paume en est un bon exemple : si vous voulez vous habiller moderne, original et français, c’est une rue où il faut aller. Nous allons aussi créer un Office du commerce et de l’artisanat pour que les commerçants, la CCI et les élus travaillent ensemble, comme cela se fait dans les centres commerciaux.
“Dans la vie, j’ai toujours essayé de m’améliorer. Mais je ne regrette rien”
L’aéroport sera bientôt relié au centre-ville par le tramway. Mais la Métropole n’en détient que 0,5 %. Est-ce tenable ?
Cette part pose question. Montpellier doit devenir un actionnaire de référence, comme la Région et la CCI. L’État détient 60 % : il pourrait céder 10, 15 ou 20 % pour faire de Montpellier un véritable aéroport territorial. Le plus important, c’est que deux intercommunalités qui se sont longtemps tourné le dos travaillent désormais ensemble. Le tramway le prouve.
Jusqu’où doit aller cette logique territoriale ?
Il faut réfléchir à une complémentarité entre les aéroports. Nîmes pourrait se consacrer à la sécurité civile et à la maintenance des Canadair. Montpellier et Béziers pourraient à terme fusionner. Il n’est pas normal que l’ex-Languedoc-Roussillon compte plus d’aéroports que l’Autriche ou la Suisse. Je suis favorable qu’à terme, Montpellier, Nîmes et Béziers ne fassent qu’un.
Vous êtes au bureau national du PS et vous soutenez Raphaël Glucksmann pour la présidentielle. C’est une première pour vous ?
Oui, pour une présidentielle. Je suis socialiste et je le resterai, mais il faut savoir regarder au-delà de ses frontières partisanes. Glucksmann porte, à mes yeux, une vision européenne, sociale et écologique, mais aussi une certaine conception de la place de la France dans le monde. Dans un contexte international tendu, je pense qu’il faut un président capable de tenir tête à Poutine ou Xi Jinping. C’est pour cela que je le soutiendrai.
On vous présente comme un “baron noir” de la politique locale. Cela vous blesse ?
Cette image existe parce que j’ai souvent eu à m’occuper des salles et des arrière-salles de négociations, pour constituer des listes ou trouver des accords. Et plus c’était compliqué, plus on venait me chercher. Cela ne m’a pas toujours valu des amitiés, mais j’ai cette appétence. Je ne vais pas me renier. Mais c’est réducteur. On oublie mes combats comme député en faveur du mariage pour tous, dont le premier, célébré par Hélène Mandroux a eu lieu à Montpellier ou mon travail de lutte contre le djihadisme… Dans la vie, j’ai toujours essayé de m’améliorer. Mais je ne regrette rien. Georges Frêche me répétait : “Vous pouvez être intelligent en politique, vous pouvez être un fin tacticien… mais vous ne durerez jamais si vous n’aimez pas les gens.” Je suis entré en politique en 1995. Je vous laisse juger si j’aime les gens ou pas.
Bio express
Christian Assaf, 54 ans, est fonctionnaire territorial au Département de l’Hérault. Étudiant en sciences économiques à Montpellier, il est repéré par Georges Frêche, il n’a que 23 ans, qui en fera son directeur de cabinet. Il dirige notamment sa campagne pour les régionales de 2004. Membre du Parti socialiste il sera également au cabinet d’Hélène Mandroux, puis est élu député de l’Hérault de 2012 à 2017. Il est aujourd’hui conseiller régional, vice-président de la Métropole en charge de l’attractivité économique et conseiller municipal de Montpellier.
