Cyril Marès : “Nous espérons que tous les Gardois, les Bucco-rhodaniens et tous les Français nous rejoignent pour dire non”



Ce lundi 8 juin, une importante manifestation est organisée à Arles pour dire non au projet de l’épineux dossier de la future ligne à Très haute tension (THT) de 400 000 volts qui doit relier Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer.

Pourquoi avoir choisi la date du lundi 8 juin pour cette première manifestation déclarée contre la ligne aérienne à très haute tension entre le Gard et les Bouches-du-Rhône ?

Car cela correspond en fait au jour où les agents de RTE, en charge du projet, auront l’autorisation de venir sur nos terres sans avoir à nous prévenir au préalable et ce selon un décret paru en 2023 que nous n’avions pas contesté dans les temps. Évidemment c’est inacceptable et totalement illégal. Personnellement alors que je suis en bio, aucun de mes employés n’a le droit de mettre un pied sur les terres le lendemain du jour où les vignes ont été traitées. Alors je vous laisse imaginer des agents !

Pouvez-vous nous rappeler les motifs de la colère générale liée à ce projet ?

En 2024 nous avons appris le projet d’une ligne aérienne THT de 400 000 volts reliant Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer par RTE dans le cadre de la concertation Fontaine. Nous apprenons alors que quelque 180 pylônes de 50 à 90 mètres de haut doivent être implantés sur les 65 km de parcours entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer, avec notamment la traversée d’une partie de la réserve naturelle du parc de Camargue. Et près d’un quart de l’appellation costières-de-nîmes. Une aberration absolue.

Les viticulteurs possédant des terres entre Beaucaire et Bellegarde seraient donc pour beaucoup impactés par cette réalisation ?

Évidemment. Si de manière très concrète cette ligne ne les empêche pas à proprement parler de cultiver leurs vignes et donc de faire du vin, elles les condamneraient de manière irrévocable à ne plus pouvoir faire de l’œnotourisme. Un vecteur absolument essentiel aujourd’hui pour la survie du vignoble. La ministre de l’agriculture en personne a récemment annoncé une enveloppe de 10 millions d’euros pour développer encore ce secteur. Sans parler de l’horreur causée au paysage, mais également à la faune et la flore sauvage, dont nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs qui seraient gravement mis en danger.

D’ailleurs, la commission nationale du débat public (CNDP), avait rendu en septembre 2025 un rapport conseillant d’examiner des solutions alternatives, comme celle d’enfouir une partie de la ligne par exemple.

Parfaitement. Un rapport d’une commission totalement indépendante qui avait été dans le sens des opposants au sujet. Dans le rapport, la contre-solution mise en avant était bien celle d’enfouir, totalement ou partiellement, la ligne THT. Il s’agissait d’ailleurs d’une proposition des opposants au projet initial, pour protéger la biodiversité notamment. Parmi les demandes marquantes, il y avait aussi celles de précision sur l’évolution des besoins en électricité sur la zone concernée ainsi qu’un programme pour réindustrialiser mais aussi décarboner la zone de Fos-Berre. La CNDP prônait encore une organisation pilotée par une diversité d’acteurs pour accompagner ce programme.

Et RTE a tenu compte du rapport ?

Absolument pas. Les conclusions de la CNDP contraignantes. Et non seulement RTE les a toutes ignorées mais le dossier n’a été étudié depuis par personne. C’est comme s’il n’avait jamais existé. Et RTE travestit en plus depuis la réalité, notamment sur les coûts de l’enfouissement d’une partie de la ligne.

Une ligne nécessaire pour Emmanuel Macron

Et aujourd’hui même le président dit vouloir la création de cette ligne. Une ligne aérienne “nécessaire” a martelé Emmanuel Macron le 26 mai…

Sauf que celui-ci fait face à une opposition de plus en plus forte. Ces derniers jours, 15 ONG ont appelé l’État à abandonner le projet ; la profession agricole a annoncé qu’elle utiliserait tous les recours possibles ; l’agglo d’Arles s’est adjoint les services de Timothée Dufour, l’un des avocats les plus réputés en ruralité… On ne lâchera rien. Cette réalisation est simplement impensable. Et puis, après avoir frappé toutes les portes de l’Elysée ou de Matignon avec mon homologue des Bouches-du-Rhône, Jean-Laurent Lucchesi, membre aussi de FNE 13-30, il est évident que ce dossier n’a bénéficié de l’attention d’aucun politique.

Pourquoi avoir accepté de représenter l’ensemble des agriculteurs gardois lors de cette manifestation ce lundi contre le projet de THT ?

Parce que dans ce dossier nous partageons tous les mêmes objectifs. Tous les maires, tous les agriculteurs, les défenseurs de l’environnement, etc., tout le monde est contre. Et c’est incroyable que les voix locales ne soient absolument pas écoutées. Les enjeux sont vraiment importants. À partir du 2 juillet, un décret annoncera le changement de la loi et dès lors nous n’aurons plus que deux mois pour contester les décisions relatives à ce dossier.

Ça va changer quoi de manière concrète dans vos possibilités de combattre ?

Nous allons devoir mener un énorme travail juridique et de surveillance, notamment par rapport à la révision de certains PLU prévus pour permettre le projet et réagir très vite. Deux mois pour réagir c’est court. Et en plus, si nous contestons, le juge aura 10 mois pour statuer et rendre sa décision. Laquelle ne pourra plus souffrir d’aucun recours. Concrètement il nous sera impossible de faire appel de la décision.

Quelles suites prévoyez-vous de donner à vos actions ?

Aujourd’hui, notre meilleur espoir c’est que l’opinion publique se manifeste et fasse entendre sa voix contre le projet. Nous espérons que tous les Gardois, les Bucco-rhodaniens et tous les Français s’unissent pour dire non. C’est un massacre environnemental annoncé. Dans ce dossier nous souhaitons tous la même chose. Et nous sommes prêts à faire des concessions, mais qu’on nous donne des interlocuteurs à même de discuter vraiment et d’avancer ensemble.

Biographie

Cyril Marès, 57 ans, est la septième génération de vignerons de sa famille (plus de 200 d’histoire dans le vin). C’est son père qui s’est installé sur le terroir Costières de Nîmes, au Mas des Bressades, dans les années 60. Le domaine, en bio depuis 2020, produit 250 000 bouteilles par an, en trois couleurs, sur l’appellation Costières de Nîmes, mais aussi en IGP du Gard. Elles sont vendues dans le monde entier. Ingénieur agronome de formation, Cyril Marès a par ailleurs été élu à la présidence du syndicat des Costières de Nimes, en 2023.



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