
Le gouvernement a abaissé ses prévisions de croissance alors que l’inflation, dopée par la guerre en Iran, grignote le pouvoir d’achat des Français.
C’est confirmé : l’économie française dévisse. Le gouvernement français a abaissé, pour la troisième fois cette année, sa prévision de croissance pour 2026, la ramenant à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB), contre 0,7 % en juillet. Les prévisions initiales du gouvernement tablaient pourtant sur une croissance de 1 % en 2026.
“On a divisé par deux les estimations de croissance pour cette année, a constaté, vendredi, le ministre de l’Économie, Roland Lescure. C’est important, c’est majeur, avec un effet estimé de la sécheresse, des vagues de chaleur, à 0,1 point de PIB sur 2026, une baisse de la valeur ajoutée agricole de 8 %”, a-t-il détaillé lors d’une conférence de presse.
Le blocage du détroit d’Ormuz impacte, lui, “à la fois la consommation des ménages et les dépenses des entreprises”, explique-t-il. Le gouvernement s’attend, cependant, à un léger réveil de l’économie l’an prochain, avec une croissance de 1 %, en se raccrochant, notamment, à l’espoir d’un retour à la quasi-normale dans le détroit d’Ormuz. Un scénario très hypothétique à ce stade.
Perte de pouvoir d’achat : le ressenti des Français
La guerre au Moyen-Orient affecte le trafic maritime depuis plusieurs mois et dope les prix des carburants. Le litre de gazole est désormais vendu à 2,30 €, dans de nombreuses stations et le SP95 à 2,13 €. Bercy prévoit, d’ailleurs, un nouveau pic d’inflation à près de 3 %d’ici la fin de l’année (2,1 % sur l’année), tout en anticipant un reflux (à 1,8 %) pour 2027.
“Plus que jamais, ces prévisions sont entourées de fortes incertitudes“, souligne Roland Lescure. Mais “si on réduit très fortement, très rapidement, les tensions géopolitiques, ça se verra sur les prix de l’énergie, ça se verra sur les taux d’intérêt, ça se verra sur la croissance française”, analyse-t-il, en référence à la promesse de Donald Trump de mettre fin au conflit entre les États-Unis et l’Iran dès la fin des élections américaines de mi-mandat le 3 novembre.
D’après le Wall Street Journal, J.D. Vance et Marco Rubio auraient, cependant, averti le locataire de la Maison Blanche que le conflit contre Téhéran pourrait se prolonger jusqu’à la fin de son mandat. Une chose est sûre : l’objectif d’un déficit contenu à 5 % est désormais hors de portée en France cette année. Ce “n’est aujourd’hui plus une option”, concède le ministre, tandis que la dette publique a atteint 117,5 % du PIB (3 536,1 Md€).
Le gouvernement, qui prépare le projet de loi de finances pour 2027, travaille donc dans un cadre plus contraint que jamais. “Pour le dire simplement, nous n’avons plus de gras. Ce cadrage budgétaire démontre la nécessité impérieuse d’adopter un budget le plus tôt possible pour 2027 avant la fin de l’année, je l’espère”, insiste le locataire de Bercy.
Des actions le 17 octobre ?
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, doit présenter un projet de budget pour 2027 en Conseil des ministres à la fin du mois, texte qui doit être déposé ensuite à l’Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre.
Sous la menace d’un vote de censure faute de majorité au Parlement, le gouvernement est à la recherche de 30 Md€ d’économies et refuse de généraliser les aides pour les automobilistes. Un autre nuage se profile donc à l’horizon. Selon un sondage Elabe publié jeudi, 67 % des Français estiment que leur pouvoir d’achat a reculé ces derniers mois.
La colère gronde en France, alerte la CGT, ou encore l’association 40 Millions d’automobilistes qui lance un mouvement #balancetonplein, annonce son délégué général, Pierre Chasseray, dans nos colonnes (lire ci-dessous). Les appels à descendre dans la rue le 17 octobre se multiplient, parallèlement, sur les réseaux sociaux.
Le leader du PCF, Fabien Roussel, demande, lui aussi, aux Français d’investir les ronds-points et préfectures, “comme nous avons su le faire en 2018 avec les gilets jaunes”. Le pouvoir d’achat, inévitable sujet pour les candidats à l’élection présidentielle, sera aussi, avec le modèle social, au cœur d’une mobilisation des syndicats de la fonction publique le 29 septembre prochain.
Une carte de France de la colère
L’association 40 Millions d’automobilistes lance, ce samedi, le mouvement #balancetonplein, une mobilisation en ligne, avec une carte de France qui recensera l’ampleur de la colère à travers le pays. Le délégué général de 40 Millions d’automobilistes, Pierre Chasseray, souhaite ainsi “rendre visible les invisibles” et appelle le gouvernement à baisser la fiscalité sur les carburants.
