
La Chambre régionale des comptes Occitanie critique la gestion du Domaine de Bayssan, un équipement culturel du Biterrois ayant coûté près de 48 M€. Malgré cet investissement, la fréquentation reste faible et le site peine à rayonner au-delà de Béziers. D’autant qu’en 2025, le Département a réduit son budget culturel de 26 %, fragilisant l’écosystème artistique du territoire.
On pourrait l’appeler le paradoxe du Domaine de Bayssan. D’un côté, un équipement culturel auquel le Département de l’Hérault a consacré près de 48 M€ en quelques années. De l’autre, une collectivité qui, faute de ressources, a sabré son budget culture en 2025 et réduit drastiquement les aides aux compagnies, festivals et lieux de spectacle vivant. Pour la Chambre régionale des comptes Occitanie, ces deux réalités racontent une même histoire : celle d’un modèle devenu difficilement soutenable.
“On est sur des dépenses facultatives avec des résultats qui ne sont pas au rendez-vous”, tranche Valérie Renet, présidente de la CRC. Plus sévère encore, elle évoque “un gros investissement pour un rayonnement limité” et “une grande vulnérabilité de l’équipement”. Le rapport porte sur la gestion du Domaine départemental de Bayssan et d’Hérault Culture depuis 2020. Son constat est limpide : malgré l’ampleur de l’investissement, le site ne remplit pas les ambitions qui lui avaient été assignées.
Fréquentation, rayonnement : le constat sévère de la CRC
Après une année 2021 portée par l’inauguration du théâtre Michel-Galabru et de l’amphithéâtre Claude-Nougaro, la dynamique s’est rapidement essoufflée. La fréquentation reste sous la barre des 20 000 spectateurs et tombe à 10 370 en 2025. Dans le même temps, le nombre de représentations est divisé par plus de deux, passant de 228 à 94.
Pour la Chambre, “la fréquentation n’est pas à la hauteur des ambitions”. L’amphithéâtre de 1 444 places n’a jamais été exploité à pleine capacité et le théâtre affiche lui aussi des taux de remplissage très éloignés de ses capacités réelles. Autre faiblesse pointée : le public vient d’abord du Biterrois. Plus de quatre spectateurs sur dix résident dans l’agglomération de Béziers, tandis que l’ambition initiale était de créer une scène culturelle à l’échelle de tout le département. “Le domaine est sous-employé pour un rayonnement limité”, résume Valérie Renet.
La CRC souligne également la forte concurrence des salles voisines, notamment La Cigalière à Sérignan, qui accueille davantage de spectateurs avec un budget sans commune mesure.
Un équipement qui pèse sur tout l’écosystème culturel héraultais
C’est pourtant sur le terrain financier que le rapport devient politique. Hérault Culture dépend encore à 87 % des financements départementaux. Les recettes propres demeurent marginales et la Région s’est retirée du financement du site en 2025.
Pour maintenir à flot le Domaine de Bayssan, le Département a déjà réduit les effectifs permanents de près de 40 % et divisé par quatre les dépenses artistiques. Un choix que la Chambre juge particulièrement inquiétant : “C’est la raison d’être de ce type d’établissement”, rappelle Valérie Renet.
Le marbre de Bayssan épinglé par la CRC
Le rapport est sévère sur les symposiums de sculpture sur marbre au Domaine. Entre 2020 et 2024, leur organisation et l’achat de blocs ont coûté 461 000 €, auxquels s’ajoutent d’autres travaux en marbre. La CRC relève que six bons de commande passés mentionnaient des prestations sans rapport avec les achats réels afin de faire entrer ces commandes dans le marché. La Chambre conclut à un “contournement des procédures de la commande publique”. Le Département reconnaît une mauvaise utilisation du marché par deux agents et assure avoir engagé des mesures correctives. Il conteste en revanche la notion de surcoût, estimant que le marbre n’a représenté que 613 000 €, soit 1,25 % des investissements. Au total, selon la CRC, les achats publics liés au marbre de Saint-Pons-de-Thomières ont dépassé 1,07 M€ entre 2019 et 2024.
Le rapport intervient surtout dans un contexte inédit. En 2025, confronté à une crise budgétaire de plus de 100 M€, le Département a supprimé ou réduit une grande partie de ses subventions culturelles, provoquant une onde de choc dans le spectacle vivant héraultais. Théâtres, festivals, compagnies et associations ont dénoncé un risque de “mise à l’arrêt” d’une partie de la création artistique du territoire. Le budget culture est finalement passé de 12,4 à 9,1 millions d’euros, soit une baisse de 26 %, malgré une compensation partielle apportée par plusieurs intercommunalités.
Si la Chambre ne remet pas en cause l’existence d’un grand équipement culturel, elle estime qu’un site aussi coûteux, financé par une collectivité aux finances exsangues, ne peut continuer à absorber une part aussi importante des moyens consacrés à la culture sans fragiliser l’ensemble de l’écosystème.
Sa conclusion est sans ambiguïté : “Le modèle économique du Domaine de Bayssan apparaît compromis s’il n’évolue pas.” La CRC appelle désormais le Département à redéfinir une stratégie claire pour le site, à revoir sa gouvernance et à lui donner enfin une identité culturelle capable de justifier l’investissement consenti.
Mesquida assume et défend Bayssan
Face aux critiques de la Chambre régionale des comptes, le président du Département Kléber Mesquida défend un choix politique assumé. Le Département rappelle avoir investi 25 M€ dans les équipements culturels de Bayssan, un projet pensé pour renforcer l’offre dans l’Ouest héraultais et “briser les barrières géographiques et financières” d’accès à la culture. Il juge donc “hâtif” de parler d’un site sous-employé après seulement quatre années de fonctionnement, marquées par la crise sanitaire et les difficultés économiques.
Le Département met aussi en avant 60 spectacles, 160 journées d’événements et près de 3 000 scolaires accueillis en 2026, ainsi que les 952 752 passages enregistrés en trois ans sur les espaces hors théâtre. Il conteste par ailleurs l’idée d’un projet sans ligne directrice, rappelant sa programmation, ses actions de médiation et ses partenariats.
Sur la gouvernance, Kléber Mesquida ne ferme pas la porte à d’autres partenaires, mais souligne que seul le Département finance aujourd’hui la Scène de Bayssan et que les autres collectivités sont plutôt dans une logique de retrait. Quant aux irrégularités de commande publique, il assure qu’elles ont été signalées par le Département lui-même et que deux agents ont été sanctionnés, avec un renforcement des contrôles.
Enfin, le Département revendique une politique culturelle toujours forte, avec 8,8 M€ consacrés à la culture en 2026, dont 2 M€ pour Bayssan.
