Les révélations par Midi Libre des propos xénophobes, masculinistes et putschistes d’une patrouille de policiers municipaux de Carcassonne ont entraîné des réactions en cascade. Le parquet et la mairie ont suspendu les agents alors que le RN a exclu l’un d’eux, le meneur.
Les révélations de Midi Libre sur les propos racistes, misogynes et complotistes de quatre policiers municipaux de Carcassonne, qui se sont filmés sans le vouloir en patrouille, ont suscité une vague d’émoi et d’indignation nationale.
Les déflagrations ont été ressenties dans la cité audoise, forcément, mais chronologiquement, c’est le Rassemblement national (RN) qui a dégainé le premier. Et pour cause : dès mercredi matin, le parti d’extrême-droite s’est désolidarisé de C.R., le brigadier-chef qui menait la patrouille et, selon nos investigations, est à l’origine de la quasi-totalité des dérives xénophobes et masculinistes recensées.
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Car cet ancien parachutiste du IIIe RPIMa était encarté au RN et membre bénévole de son service de sécurité : comme nous l’avons révélé, il avait ainsi encadré la venue de Jordan Bardella pour la dédicace de son livre en novembre 2025 tout comme pour le lancement de la campagne municipale du parti d’extrême-droite, le 7 février à Agde et Carcassonne. Son investissement est aussi visible auprès de Marine Le Pen en avril 2022, à Narbonne, lors de la campagne présidentielle.
Le brigadier-chef exclu du RN
La direction du RN a “immédiatement procédé à sa radiation des effectifs du service d’ordre ainsi qu’à son exclusion du Rassemblement national”, a-t-elle indiqué dans un communiqué car les propos tenus iraient “à l’encontre des valeurs portées par le mouvement.” Jordan Bardella avait assuré vouloir se débarrasser des “moutons noirs” xénophobes voilà deux ans, manifestement, il y a encore beaucoup de ménage à faire dans son parti.
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C’est ensuite du côté de la mairie RN de Carcassonne que les regards se sont tournés. Christophe Barthès, pressé de réagir sur le comportement de ses agents municipaux, a fini par organiser une conférence de presse dans l’après-midi, avec un filtre qui en dit long sur les méthodes de l’extrême-droite : nos confrères de l’Indépendant et de la Dépêche du Midi ont tout simplement été interdits d’y assister, à cause des révélations de Midi Libre, appartenant au même groupe de presse.
“À vomir et inexcusables”
Qu’a-t-il dit ? Il a d’abord condamné les propos “à vomir et inexcusables” et annoncé la suspension et la sanction “immédiate” de ses quatre agents. Puis, comme nous l’avions déjà écrit, il remet la faute sur l’ancienne municipalité, accusée d’avoir mis “la poussière sous le tapis en pleine campagne électorale”, car les faits se sont effectivement déroulés en novembre 2025, alors qu’il n’était pas encore élu. Pour autant, selon nos informations, il était parfaitement informé à son arrivée à la mairie, le 22 mars, des soucis de son poulain alors qu’une enquête préliminaire du parquet de Carcassonne avait été ouverte. Il ne l’a donc certes pas embauché, mais il l’a gardé et encouragé.
C.R., en arrêt maladie quand il avait su que les images avaient été visionnées dans la mairie, était revenu au lendemain du premier tour des municipales et a participé activement à la fin de campagne du candidat Barthès dont il est proche.
L’ancienne mairie n’était pourtant pas restée inactive et avait diligenté une enquête interne, l’hiver dernier, quand l’affaire de la caméra a éclaté. Et ce mercredi, Christophe Barthès en a révélé les contours, puisqu’elle a été restituée le 19 mai. “L’enquête n’a pas permis d’établir avec certitude l’identité des auteurs de chacun des propos enregistrés” a avancé le maire refusant de désigner tel ou tel des quatre agents. Pourtant, là encore, le visionnage des six heures d’enregistrement que nous avons réalisé, ne laisse planer aucun doute sur certains passages incriminés, notamment les paroles racistes les plus ignominieuses prononcées par C.R.
Le ministre de l’Intérieur annonce une inspection
Et puis, alors que le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé sur X le “contrôle de la police municipale de Carcassonne par l’inspection générale de l’administration”, le parquet de Carcassonne a lui aussi, soudainement, pris des sanctions. Supervisant pourtant l’enquête préliminaire depuis huit mois, la procureure Géraldine Labialle l’annonce dans un communiqué : “Au regard de la nature des faits ainsi révélés, manifestement incompatibles avec l’exercice des fonctions de policier municipal, le parquet de Carcassonne met en œuvre les dispositions des articles L. 511-2 et R. 511-2 du code de la sécurité intérieure permettant de suspendre puis de retirer les agréments des policiers municipaux en cause qui ne respectent pas les conditions d’honorabilité attachées à leurs missions.”
Elle annonce aussi, alors que “l’enquête est toujours en cours”, et rappelant “la complexité” de l’exploitation de la bande-son – ce que nous confirmons – de possibles poursuites pour “diffamation” en raison de l’origine ou de l’appartenance à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, en raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre.”
Enfin, parmi les nombreuses réactions, le syndicat FA-FPT, par la voix de son secrétaire Jean-Michel Weiss, condamne fermement les propos et le rappelle justement : “ce comportement ne reflète absolument pas celui des 29 000 policiers municipaux exerçant en France.”

