Après Aigues-Mortes et Le Grau-du-Roi, l’abbatiale sera, dès ce vendredi 4 septembre, l’hôte d’un reste attribué au roi de France à l’issue d’une cérémonie en présence de ses descendants.
C’est un bout d’os de quelques centimètres, enfermé depuis des siècles dans un cylindre de verre, lui-même placé dans un reliquaire or et bleu agrémenté de fleurs de lys, lui-même caché depuis deux ans dans le coffre d’un siège en bois. Le siège, lui, se trouve dans la Maison du grand prieur de l’ordre de Malte, vestige médiéval des Templiers, en plein cœur de Saint-Gilles. L’os, lui, appartiendrait à feu Louis IX, dit Saint Louis. Une relique d’importance pour les croyants catholiques, dont l’histoire peut être retracée sur les six derniers siècles.
Ce vendredi 4 septembre, elle sera, à l’issue d’une cérémonie religieuse particulière, entreposée de façon pérenne dans la basse église de l’Abbatiale de Saint-Gilles, en préambule au 800e anniversaire du couronnement de Saint-Louis qui sera fêté le 29 novembre 2026. Le monument religieux du Gard classé à l’UNESCO entrera ainsi dans la liste des lieux de repos du roi historique.

Avec les descendants de la famille royale
Dans la tradition catholique, l’installation d’une relique, considérée comme une inhumation, se déroule en présence de la famille. Ici, celle de Saint-Louis sera représentée par Jean d’Orléans, comte de Paris et prétendant orléaniste au trône de France. Ce dernier, résidant dans l’Aude, sera accompagné de son épouse et de leurs enfants. “C’est un homme simple, accessible, et sensible à rendre hommage à ses ancêtres directs”, souligne Michel Durand-Roger. En tant que descendante de personne canonisée, la famille sera au centre de la cérémonie de ce vendredi 4 septembre qui débutera par une procession depuis la Maison du grand prieur (rue Marcel-Pagnol) jusqu’à l’abbatiale où se tiendra l’office qui sera agrémenté de chants grégoriens. Plusieurs personnalités, dont l’astronaute français Philippe Perrin, sont également attendues. Bien que l’académie de Saint-Gilles et Camargue refuse toute reprise politique, quelques anciens parlementaires, dont le socialiste nîmois Jean-Marie Cambacérès et l’avocat d’extrême droite Gilbert Collard figureront dans le cortège.
“Saint-Gilles rejoint le chemin de Saint Louis”
Pour Michel Durand-Roger, président de l’académie de Saint-Gilles et Camargue, l’événement est historique : “Nous avons deux autres reliques de Saint Louis dans la région : une à Aigues-Mortes et une autre au Grau-du-Roi. Normal, direz-vous. Mais Saint Louis a certainement passé plus de temps ici de son vivant. Avant chaque croisade, il venait prier à Saint-Gilles. 800 ans après, Saint-Gilles rejoint le chemin de Saint-Louis.” L’académie, au titre de sa mission de sauvegarde du patrimoine, s’est vue remettre la relique en 2024 des mains d’une ancienne famille française longtemps ancrée à Saint-Gilles, les Albenas, qui la possédait depuis le XVIIIe siècle. “L’authenticité de la relique remonte au cardinal de Fleury, on retrouve ses armoiries sur les scellés.” Né à Lodève, le cardinal, précepteur puis ministre de Louis XV, est un apparenté des Albenas. Avant cela, “cette relique provient probablement d’un des cadeaux du roi Philippe Le Bel”.
Petit-fils de Saint-Louis, Philippe le Bel avait l’habitude de distribuer des morceaux de son grand-père canonisé à ceux qu’il jugeait méritant, tels des cadeaux diplomatiques sacrés l’aidant à consolider le pouvoir royal. Après sa mort à Carthage (Tunisie) lors de la huitième croisade en 1270 (de la peste, du typhus ou du scorbut selon les théories), le corps de Saint-Louis avait été plongé dans du vin bouillant aux épices afin de séparer et conserver sa chair et ses os. Une méthode utilisée à l’époque pour transporter les défunts sur de longues distances. Le souverain a ensuite été éparpillé aux quatre coins de la France selon les décisions de ses descendants.
Une cérémonie pour l’hommage
C’est sur le choix des descendants des Albenas que l’académie a, en 2024, pris la charge de la relique. “La volonté de la famille était de la confier à l’abbatiale”, précise Michel Durand-Roger. Après plusieurs mois d’organisations, de démarche administrative et de travaux dans l’abbatiale pour accueillir le reliquaire, ce reste attribué à Saint Louis sera ainsi confié à l’Église catholique. Elle prendra sa place à l’issue d’une cérémonie religieuse accompagnée de chants grégoriens, “comme à l’époque du roi”, et en présence du comte de Paris, actuel prétendant au trône de France.
