
Le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, a accordé, ce lundi 24 août, un entretien à plusieurs titres de la presse régionale, dont Midi Libre.
Pouvez-vous garantir qu’il y aura un professeur devant chaque classe dès le premier jour de la rentrée ?
C’est très clairement l’objectif, toutes les équipes y travaillent. On ne peut jamais garantir le zéro exception : nous sommes dans une configuration où 800 000 personnes interviennent dans 60 000 implantations et 600 000 classes. Cependant, les derniers éléments que j’ai me font dire que nous sommes en passe d’atteindre cet objectif.
En 2025, 2 600 postes de prof sont restés non pourvus combien en comptez-vous après la cession 2026 et la mise en place du recrutement à BAC plus 3 ?
En 2025 dans le second degré on était à 90 % de postes pourvus. Cette année, on est à 96,15 %. On a très sensiblement augmenté le nombre de postes pourvus. Et ça, c’est l’un des effets du recrutement à bac plus + 3. Et il y a une autre bonne nouvelle, c’est que les moyennes obtenues au concours ont très sensiblement augmenté, ce qui veut dire que l’on avait de meilleurs candidats.
Une récente étude de votre ministère indique que le salaire moyen a augmenté de 4,3 % en 2024. C’est surtout lié à l’inflation, les primes et les heures supplémentaires, selon les syndicats, qui dénoncent un manque de vraie revalorisation, ce qui pourrait renforcer la crise des vocations. Qu’est-il prévu d’ici la fin du quinquennat ?
Effectivement, le salaire net des enseignants est passé de 2 649 € en moyenne en 2021 à 3 090 € en moyenne en 2024. Selon la Depp, ce salaire net a augmenté de 4,3 % entre 2023 et 2024. Il y a objectivement une augmentation. Est-ce que ça veut dire que les professeurs sont assez payés ? Ma conviction profonde, c’est qu’il faut continuer à améliorer leur rémunération de manière générale. Mais c’est un chantier de nouveau quinquennat.
Avez-vous le chiffre des fermetures de classes cette année et à venir, notamment en milieu rural ? Que peut-on faire dans les territoires déjà menacés par la désertification ?
Pour moi, l’enjeu de la démographie est majeur. Pour cette rentrée, on avait tablé sur 150 000 élèves de moins. En fait, c’est 161 000 élèves de moins dans le système éducatif à la rentrée. Donc on est à peine à 11,6 millions d’élèves. On était à 12,3 millions en 2017.
Par rapport à ça, moi ce que je veux, c’est agir au lieu de subir. Chaque année, au mois de mars-avril, on se tourne vers les élus, on dit : il va y avoir telle classe qui va fermer, telle classe qui va ouvrir au mois de septembre. Et tout le monde découvre au mois de mars ce qui va se passer au mois de septembre.
Dans un contexte de baisse démographique, c’est insupportable. Enfin, il faut qu’on ait une politique d’aménagement du territoire par l’École et pour l’École, c’est-à-dire choisir délibérément d’implanter ou de laisser ouvertes des classes dans des logiques d’aménagement du territoire.
Les 18 départements pilotes servent exactement à ça. C’est ce qu’on est en train de concevoir, avec les élus locaux. Je vais créer, d’ici le 1er novembre, une direction de la politique territoriale de l’École, qui sera chargée de piloter et d’animer toute cette politique d’aménagement du territoire.
En février dernier, une professeure était poignardée par un élève dans un collège du Var. De nouvelles mesures seront-elles mises en place pour renforcer la sécurité des enseignants ?
On poursuit évidemment toutes les mesures de contrôle aux abords des établissements. Pour vous donner un ordre de grandeur, on a réalisé plus de 27 500 contrôles depuis mars 2025, ce qui nous a permis de récupérer un peu moins de 1 000 armes blanches. Je le répète : cette politique-là de contrôles massifs et aléatoires aux abords des établissements est poursuivie.
Un décret permet de transférer un élève vers un autre établissement si un membre de sa famille fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d’un membre de la communauté éducative. Comprenez-vous que cette mesure puisse choquer ?
Effectivement, il y a des inquiétudes exprimées par certaines organisations syndicales et par des associations de parents d’élèves. Je les respecte et j’ai d’ailleurs modifié le texte à la suite de la concertation. Mais j’assume complètement.
L’École ne peut pas être le réceptacle des tensions de nos sociétés. Aujourd’hui, 30 % des incidents graves dans le premier degré sont le fait de parents. C’est une infime minorité, mais en réalité, ce sont des parents qui, par leur comportement, fracturent la communauté éducative. Moi, je ne sais pas dire à un professeur qui a été molesté ou agressé le vendredi soir, que le lundi matin, il est censé accueillir le parent agresseur à la grille. On ne touche pas à un professeur, cela doit rester tabou.
La sécurité c’est aussi la question des violences sexistes et sexuelles : cette année, le temps périscolaire a été éclaboussé par une série d’agressions. Quelles actions comptez-vous mener pour sécuriser le système ?
Avant de vous parler du périscolaire, je vais vous parler du scolaire : en novembre, je lance un nouveau dispositif en ce sens. Parce qu’un crime sexuel n’est pas une statistique, c’est une innocence brisée, une vie très profondément perturbée. Un enfant sur 10 est victime de violences sexuelles en France : Nous avons un problème collectif sociétal, qui devrait faire la une de tous les journaux.
Aussi, j’ai décidé qu’à l’occasion du passage du questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire, distribué chaque année au mois de novembre, des questions sur les violences sexistes et sexuelles seront ajoutées. De la grande section à la terminale, 10 millions d’élèves seront interrogées sur ce qu’ils ont éventuellement été amenés à subir.
Malgré la censure par le Conseil constitutionnel concernant certains articles de la loi sur l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, on vient d’apprendre que celui sur l’interdiction des téléphones portables aux lycées sera bien effectif pour la rentrée. Comment cela va-t-il se passer ?
Le Président de la République Emmanuel Macron a pris la décision de la promulguer, elle sera publiée ce mardi. Comme c’était déjà le cas à l’école et au collège, l’usage du téléphone portable sera interdit dans les lycées. Les élèves pourront l’avoir sur eux, mais les appareils devront être éteints et rangés dans les sacs. Si la règle est transgressée, il y aura des confiscations.
L’expérimentation de l’uniforme ne sera pas reconduite à cette rentrée. Pourquoi a-t-elle été un échec ?
Ce n’est ni un échec ni un gâchis. Mais l’expérience montre que l’effet aura été globalement assez faible. Sur les résultats scolaires, on n’a pas perçu de changement particulièrement net. Sur le climat scolaire, les effets ont été assez inégaux. Si ça ne marche pas, on ne va pas s’entêter. Nous n’avons pas besoin que tous les enfants de France aient le même t-shirt. Par contre, j’ai besoin qu’ils travaillent dans un climat scolaire serein. Si ça y participe localement, pourquoi pas.
Dimanche soir, Raphaël Glucksmann lors de sa déclaration de candidature a été très sévère sur le niveau de l’école en France, d’autres candidats le sont aussi. Ça va être un sujet de campagne. Cela signifie-t-il que c’est l’un des échecs des mandats d’Emmanuel Macron ?
Je ne crois vraiment pas que l’on puisse dire que nous ayons échoué, quand on a en mémoire le dédoublement des classes, la rémunération des enseignants… Nous avons aussi repris tous les programmes pour redonner des objectifs annuels, la réforme du lycée a été une réussite car on a désormais des élèves qui peuvent faire des choix, la voie professionnelle pour la première fois depuis 25 ans voit le nombre d’élèves augmenter. Alors bien sûr, tout n’est pas parfait, mais notre bilan ça n’est pas 10 ans d’immobilisme. Et puis, nous ne sommes pas à la fin du quinquennat. Tous ces gens font le bilan au mois de septembre, très bien, moi je le ferai en mai.
Mais si tous les candidats en font l’un des sujets majeurs de leur campagne c’est qu’ils sentent l’insatisfaction des Français, pourquoi sont-ils toujours mécontents alors ?
Parce que la trajectoire n’est pas achevée. Je suis le premier à avoir dit en arrivant ici que la situation de l’École était inquiétante. Ça fait 40 ans que le niveau des élèves baisse dans les évaluations internationales et en parallèle, on demande de plus en plus à l’École, or l’École n’est pas la voiture-balai de la société.
Vous, comme ministre de l’Éducation, quel rôle allez-vous jouer dans cette campagne ?
Je serai amené à défendre un certain nombre d’idées auxquelles je pense pour l’avenir et que je mettrai dans le débat public. S’en emparera qui veut.
