Ils sont maire ou adjoint à 21 et 24 ans dans le Gard : pourquoi sont-ils si rares dans les villages ?



Lison Granier et Théo Guigue, deux Gardois de 21 et 24 ans, ont été élus comme maire ou conseiller aux dernières élections municipales. Deux visages, deux parcours, pour comprendre, un peu, pourquoi à leur âge ils font figure d’exception.

À 24 ans, Théo Guigue est déjà maire de Sauzet, au nord de Nîmes (Gard). Il est l’un des trois plus jeunes maires de France, “le plus jeune a 18 ans”.

Une jouvence qui avait été plusieurs fois traitée dans les actualités, à ses grands dépend. “Au moins, ça a mis un beau coup de projecteur sur Sauzet !” Mais la médiatisation a eu d’autres bons effets. Même si sa liste était la seule déclarée pour sa commune, ses réunions publiques avaient attiré plusieurs centaines de curieux, “du jamais vu”. Presque inédit pour un village de 850 habitants d’une zone rurale où, comme très souvent ailleurs, construire une liste de candidats digne des 12 travaux d’Hercule. Dans le Gard, le village de Trèves n’avait pas pu remettre une liste complète à temps.

La fête, c’est politique

Et dans celles qui sont complètes, il n’est pas rare de n’y trouver que des noms aux âges argentés. “C’est vrai qu’ici, on fait figure d’exception”, reconnaît le jeune maire. Un autre Théo, son ami Théo Noël, est un de ses adjoints et a 27 ans.

Drôle de facteur, ou pas, dans les rares villages qui compte des vingtenaires dans ses élus, on retrouve les traces des Comités des Fêtes. “Ça fait rire certains, mais chez nous, ils ont un pouvoir énorme. C’est avec eux ça que l’on a commencé à s’impliquer pour notre village.”

C’est aussi le cas à Aspères près de Sommières. Lison Granier, 21 ans, est depuis mars adjointe au maire déléguée à l’éducation et à l’animation. Pour elle aussi, merci le comité des fêtes, dont elle a été présidente. Comme Théo Guigue, ce qui la motive, c’est un attachement solide à sa commune : “Je suis un peu la beauf du village ! Plein de copines sont étonnées qu’à 21 ans je passe mes week-ends bloquée à Aspères, à faire des factures ou à poser des congés pour organiser des évènements.” La jeune femme ne manque pas d’idées. Pour la fête votive (du 29 au 31 août), elle fait revenir l’encierro dans le village, “on va aussi créer notre premier empègue”.

Héritage bien enraciné

Quand on explore un peu plus les racines de ces deux élus, on retrouve de quelques points communs bien éclaircissants. L’un comme l’autre ont des familles ancrées dans le village depuis plusieurs générations. Le grand-père de Lison Granier, Marcel Granier, a été maire du village durant toute la seconde moitié du XXe siècle. Celui de Théo Guigue, tout comme un oncle, a été adjoint. Le monde agricole et le travail de la terre sont très présents dans leurs généalogies respectives. Tout comme l’envie d’échanger et d’aider les autres.

Et sans l’envie de quitter le village familial. “Aspères, je m’y vois y vivre toute ma vie”, affirme Lison. “Sauzet, c’est mon village, j’en suis fier et je veux le protéger”, confie Théo. Depuis mars, il a déjà refusé des projets de promoteurs jugés peu respectueux de l’image de la commune, et racheté à l’un d’entre eux un terrain pour un projet “cœur de village”, “on verra bien lequel, on prendra le temps de décider tous ensemble”. Pour Lison Granier, le défi à son niveau est de “rajeunir un peu la vie et l’image de notre village et moderniser un peu sa communication sans renier ses racines”.

Il n’y a pas de jour off, pas un jour sans qu’on m’appelle, sans galérer, sans écouter toutes les demandes des gens

Pourtant, dans le Gard, des jeunes fiers de leurs origines, ça ne manque pas. Mais pour ces élus, la fonction semble répondre à un besoin d’agir et d’être stimulés. “À 21 ans on a d’autres choses à faire c’est vrai, estime Lison Granier. Mais dès notre élection, on a eu un problème d’eau dans le village. Il a fallu vite s’organiser pour distribuer de l’eau aux habitants. C’est fatigant mais au final, j’aime beaucoup être là.”

“Il y a vraiment une crise de vocations, regrette Théo Guigue qui, pour lui, vient surtout de tout l’engagement qu’imposent ces fonctions. On donne un peu de notre vie pour ça. Maire, c’est à temps plein, du lundi au dimanche de minuit à minuit. C’est un marathon. Il n’y a pas de jour off, pas un jour sans qu’on m’appelle, sans galérer, sans écouter toutes les demandes des gens. Et ce n’est pas parce qu’on a que 800 habitants qu’on a moins d’emmerdes que ceux qui en ont 7 000 ! On peut comprendre que dans ma génération on veuille aussi du temps pour soi, ici on n’en a pas. Moi je pense que je suis décalé par rapport à elle.”





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