En ce 31 juillet, jour anniversaire de son assassinat, la Ville de Nîmes a célébré la mémoire de Jean Jaurès, dont l’un des écrits est désormais la propriété de la bibliothèque nîmoise.
“Mon cher Lejeune. Je vais faire à Nîmes une conférence avec (Aristide) Briand. Je parlerai ‘de l’action socialiste’. C’est la fédération du Gard qui l’organise. Je n’ai pas d’autre détail. Richard m’avait dit qu’il l’organiserait aux arènes, et il est probable qu’il en a fait ainsi puisqu’il prévoit dix mille personnes…”
Ces quelques mots sont extraits d’une lettre écrite par Jean Jaurès lui-même en 1903 et adressée à Jules Lejeune, du journal La Petite République. Signé du député devenu une figure rassembleuse de la gauche, le document, exceptionnel, a rejoint en mai dernier le fonds de la bibliothèque de Carré d’Art. La municipalité a choisi de le dévoiler ce vendredi 31 juillet, jour anniversaire de son assassinat en 1914 par le nationaliste Raoul Villain, qui refusait ses prises de position pacifistes.

“Il faut s’en rappeler aujourd’hui”
“Sa panthéonisation, dix ans plus tard, a permis la reconnaissance de Jaurès comme un homme politique qui avait marqué l’histoire de la République […] Nous devons aussi nous rappeler Jaurès pour son profond désir de justice sociale, qui devrait être pour nous une source d’inspiration”, a évoqué le maire Vincent Bouget, qui a décidé d’instituer une cérémonie, chaque 31 juillet dans le nouvel agenda mémoriel de la Ville. Un geste à la fois symbolique et politique. Lors de ce grand meeting du 12 juillet 1903, devant plusieurs milliers de personnes, Jaurès avait notamment alerté sur l’instabilité politique et la montée du nationalisme, un discours qui trouve encore un écho plus d’un siècle plus tard. “Il faut s’en rappeler aujourd’hui, pour faire face à ceux qui prônent les logiques de division et de fracture, ceux qui attisent la méfiance, voire la haine de l’autre”, a dit encore l’édile.
Cette cérémonie a aussi été l’occasion de rappeler les liens de Jean Jaurès avec Nîmes. Le député y était venu à trois reprises, en plus du meeting de 1903. En novembre 1894, d’abord, pour parrainer la création de la Fédération socialiste du Gard. En février 1910, pour le VIIe congrès de la SFIO, en grande partie consacré à la toute nouvelle loi sur les retraites ouvrières. En septembre 1912, enfin, pour un autre grand meeting politique dans les arènes. Le comédien Bruno Paternot, habité par son personnage, a lu des extraits de ses discours nîmois, faisant revivre un Jaurès comparant, dans les arènes, l’effacement de la civilisation romaine avec la situation politique française du début du XXe siècle. Des mots qui, eux aussi, appellent encore à la vigilance.
