Festival d’Avignon : “Jamais la culture et notamment le spectacle vivant n’ont semblé si attaqués” : le cri d’alerte des professionnels


La filière de la culture est inquiète. À l’occasion du festival d’Avignon, elle l’a dit à la ministre de la Culture comme aux candidats à la présidentielle.

“J’aime l’ambiance du festival, dans les salles, dans les rues“, s’enthousiasme Annie, sexagénaire drômoise. Elle y vient avec son amie Suzanne pour une journée seulement. “Rester plusieurs jours, c’est un budget. Il faut trouver un hébergement, payer pour autant de spectacles qu’on voit”. Elles n’ont jamais mis les pieds au festival In. “C’est pas le même prix“, rétorque Suzanne.

Cette année, les deux amies ont organisé leur journée, en réservant tous leurs spectacles à l’avance. “On s’est trop fait avoir, on s’est retrouvé le bec dans l’eau avec des spectacles qui affichaient complet.” Elles vont expérimenter la formule mais regrettent un peu déjà le côté improvisé : “ça permet de suivre les conseils d’autres spectateurs quand on est dans une file d’attente”.

Quelques orages sont annoncés ce samedi à Avignon, mais il y fait toujours très chaud. La météo ne semble pourtant pas avoir freiné le pas des festivaliers, fidèles au rendez-vous malgré la canicule, rafraîchis au fil de leur parcours théâtral dans les salles climatisées. Les indicateurs sont plutôt bons : au 9 juillet, 55 500 cartes Off avaient été éditées, contre 51 600 à la même période en 2025. On verra au terme du festival si les habitués mis à part, les adeptes plus occasionnels ont également répondu présent.

Décaler les dates ?

Catherine Pégard, la ministre de la Culture, a avancé une piste : “Peut-être qu’un jour, on envisagera de faire le festival d’Avignon à Pâques ou à la Toussaint“. En attendant, on fête cette année deux anniversaires dans la cité des Papes : les 80 ans du festival In et les 60 ans du Off.

Et si le soleil tape fort, les nuages noirs ne sont pas très loin. 28 structures culturelles d’envergure (dont l’Orchestre national de Montpellier et le Théâtre des 13 vents) ont pris la parole à l’ouverture du festival d’Avignon : plusieurs d’entre elles pourraient être placées en procédure d’alerte, faute d’avoir reçu une partie des subventions de l’État.

Catherine Pégard, la ministre de la Culture, présente à Avignon pour le lancement, a botté en touche : “Je ne peux pas en dire plus puisque nous sommes en pleine négociation avec mon collègue de Bercy. Et puis nous serons soumis à des arbitrages”.

Rafraîchir les spectateurs potentiels avec une pompe à eau pour mieux les convaincre de venir voir son spectacle.
Rafraîchir les spectateurs potentiels avec une pompe à eau pour mieux les convaincre de venir voir son spectacle.
ARNAUD BOUCOMONT

L’association Avignon festival et compagnies (AF & C), structure qui chapeaute le Off, a décidé d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle : “Jamais la culture et notamment le spectacle vivant n’ont semblé si attaqués, dans leurs valeurs comme dans leur fonctionnement. Entre coupes budgétaires et baisses de financement des collectivités, censures économiques ou idéologiques, restrictions du soutien à la professionnalisation de la part de l’État et menaces sur l’emploi artistique et technique, c’est tout un écosystème qui est aujourd’hui remis en cause.”

AF & C organise tout au long du festival des débats avec les candidats à la présidentielle qui en acceptent le principe. Après Xavier Bertrand dimanche dernier, Jean-Luc Mélenchon était là ce jeudi : il a promis, s’il était élu, “la fin des coupes budgétaires” et un volume accordé à la culture correspondant à 1 % du produit intérieur brut (PIB). La cheffe de file des Ecologistes, Marine Tondelier, est attendue ce samedi 11 juillet à 20 h au village du Off.



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