“Harcèlement”, “trahison”, “violences” : au sein de l’Alternative de gauche, les coulisses d’une campagne municipale tumultueuse à Millau



Certains membres du NPA, réunis au sein du groupe ATK, ont acté leur rupture avec l’Alternative de gauche. Alors que le groupe dénonce une “trahison” et un “manque de confiance“, l’Alternative de gauche a répondu en accusant à son tour ATK de dérives “sectaires“, d’un “manque d’unité” et de “harcèlement” pendant la campagne.

Malgré des convictions politiques largement convergentes, les désaccords sur le fonctionnement interne ont fini par provoquer une rupture. La branche ATK du NPA de l’Aveyron et l’Alternative de gauche, groupe minoritaire au conseil municipal de Millau représenté par Dalila Belaïd Artis et composé lui aussi de membres du NPA, ont successivement dévoilé leurs versions d’une campagne municipale marquée par de profondes divisions.

Réunis lors des élections municipales de 2026 au sein d’une liste ouverte rassemblant “des militants de gauche autour de valeurs anticapitalistes, antifascistes et antiracistes“, les deux camps s’opposent désormais frontalement. “Manque de confiance“, “harcèlement“, “trahison“, “faute politique” : les qualificatifs employés témoignent d’un point de non-retour qui acte non seulement la séparation entre ATK et l’Alternative de gauche, mais aussi une scission locale au sein du NPA.

Une “trahison” dénoncée par le groupe ATK

Les premiers à prendre la parole ont été les membres d’ATK, branche du NPA de l’Aveyron, lors d’un point presse organisé le vendredi 3 juillet. Ils y ont officialisé leur rupture avec Dalila Belaïd Artis et l’Alternative de gauche, dénonçant une perte totale de confiance.

Pour la tête de liste, nous avions proposé Dalila et elle a été désignée à l’unanimité. Mais elle a travaillé en roue libre pendant toute la campagne. C’était impossible de discuter avec elle : elle prenait toute remarque comme une agression. Elle nous reprochait de ne pas lui faire confiance alors que nous l’avions choisie“, affirme Iñaki Aranceta, membre d’ATK. Selon lui, sept colistiers auraient été progressivement écartés de la communication interne, des boucles de courriels et des prises de décision.

Le militant assure également avoir appris par la presse la participation de Dalila Belaïd Artis à la cérémonie militaire du 8 mai, estimant qu’elle aurait dû privilégier une dénonciation du massacre des Algériens de Sétif et de la politique coloniale française.

Autre sujet de tension : la rotation du mandat de conseiller municipal. “Nous avions prévu un changement de représentant au bout de deux ans, puis chaque année, en alternant une femme et un homme. Finalement, nous découvrons que ce serait au bout de trois ans“, regrette Iñaki Aranceta.

Estimant avoir été victimes d’une véritable “trahison“, les membres d’ATK ont annoncé avoir demandé à la direction nationale du NPA l’exclusion de Dalila Belaïd-Artis du parti.

L’Alternative de gauche déplore des méthodes “sectaires”

La réponse de l’Alternative de gauche n’a pas tardé. Pour ses membres, les difficultés sont apparues bien avant la campagne. “Les divergences sont apparues dès la rédaction de la charte du groupe. Elles auraient pu être discutées de manière constructive, mais le climat n’était pas serein“, explique Gaëlle Brient, membre de l’Alternative de gauche.

Les responsables du groupe accusent ATK d’avoir installé un climat conflictuel, allant jusqu’à qualifier son fonctionnement de “sectaire“. Ils évoquent des comportements “irrespectueux“, “violents” et assimilables à du “harcèlement“. Selon eux, les membres d’ATK ne seraient plus en phase avec les valeurs et les pratiques du NPA, au point qu’une demande de médiation nationale aurait été formulée il y a deux mois.

Ils ne viennent pas aux réunions, nous aboient dessus et passent leur temps à commenter ce que font les autres. Ce sont trois personnes sectaires qui font perdre du temps à la gauche millavoise“, affirme Nicolas Bestard, membre de l’Alternative de gauche.

Une rupture inévitable

L’Alternative de gauche conteste également les accusations concernant la rotation des mandats. Selon le groupe, les modalités n’ont pas encore été définitivement arrêtées. “C’était l’occasion d’unir nos forces, mais ils ont publiquement demandé l’exclusion d’une élue. C’est une faute politique grave“, poursuit Nicolas Bestard.

Le groupe juge par ailleurs infondés les griefs formulés contre Dalila Belaïd Artis, notamment sa présence à la cérémonie du 8 mai. “J’y suis allée avec un keffieh sur les épaules. Nous avons publié des messages sur les réseaux sociaux pour rappeler le massacre des Algériens. Il n’y avait aucune forme de soumission. Je n’ai pas à rougir d’assumer notre antimilitarisme“, défend l’élue.

Estimant cette rupture désormais inévitable, l’Alternative de gauche affirme vouloir tourner la page et poursuivre son développement dans un climat “plus serein“. Le groupe travaille actuellement à la finalisation de ses statuts en vue de devenir une association et prévoit une présentation officielle ainsi que le lancement des adhésions à la mi-septembre.



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