
Les élus nîmois ont adopté, ce samedi, une série de mesures qui donnent le ton de ce que sera la politique du nouvel exécutif. Mais de cette séance, on retient aussi le duel politique qui s’installe entre le maire et son opposant RN Julien Sanchez.
En pleine Coupe du monde, le maire de Nîmes semble avoir fait sienne la maxime qui considère que la meilleure défense, c’est l’attaque. Vincent Bouget a ouvert le conseil municipal de ce samedi 4 juillet par un long propos liminaire qui a même transformé la salle des mariages en ring de boxe plus qu’en terrain de football. Avec pour seul adversaire l’élu RN Julien Sanchez, auquel l’édile a reproché sa tribune dans le dernier journal municipal – “une instrumentalisation que vous faites de l’histoire, ce ne sont pas les communistes français qui ont massacré, profané ou collaboré, mais bien ceux qui ont fondé votre parti“– mais aussi des questions orales et amendements envoyés hors délai, auxquelles il a tout de même accepté de répondre, “mais ce sera la première et la dernière fois“.
Les adjoints concernés ont donc répliqué aux demandes du groupe RN qui proposait, entre autres, de climatiser l’ensemble des écoles de la ville (“ce n’est pas la solution la plus durable, on préfère adapter les bâtiments au changement climatique“) ou d’adopter un amendement contre la mendicité agressive (“un élu responsable ne chasse pas la pauvreté pour donner l’impression d’agir, il s’attaque à la cause“). Ne pouvant réagir au micro comme le veut le règlement, Julien Sanchez a dû se contenter de hausser la voix pour placer quelques escarmouches. “C’est le Soviet Suprême“, a lancé l’eurodéputé. Ambiance.
Bibliothèques, musées… “la culture rassemble”
C’est l’ordre du jour qui a permis à l’élu RN et à ses troupes de contre-attaquer, mais par des moyens détournés, les principales propositions du jour ayant été votées à l’unanimité, car la plupart à vocation sociale.
Le maire en avait déjà défloré une, au moment de célébrer ses 100 jours à l’Hôtel de ville : la gratuité universelle de l’inscription dans le réseau des bibliothèques de Nîmes. “Cela doit permettre de rendre la lecture publique plus accessible, en supprimant le barrage du rapport financier à la culture“. Il est aussi proposé de mettre fin aux amendes monétaires pour retard ou dégradation, en les transformant en temps de suspension ou d’exclusion du service de prêt. Même le LR Franck Proust a salué la mesure, rappelant que la perte de recettes, un peu plus de 70 000 €, sera compensée par le coût que représentait la gestion du service. “Voyez, la culture rassemble“, a commenté Vincent Bouget et le vote sur l’extension de la gratuité des musées des beaux-arts, d’histoire naturelle et du Vieux-Nîmes aux scolaires et enseignants, aux étudiants ou aux demandeurs d’emploi l’a aussi démontré, même si la somme économisée, “un peu plus de 40 000 €“ relève surtout du symbole.
Autre proposition bien accueillie, “la déprécarisation des personnels vacataires dans les écoles“, soit près de 100 personnes jusque-là en CDD, qui vont intégrer pleinement les effectifs de la commune. “Cela leur permettra aussi d’avoir un salaire lissé sur douze mois“, a précisé Vincent Bouget. Maxime Jegat, pour le RN, a tout de même regretté que la plupart de ces agents, accompagnateurs de temps périscolaire ou Atsem, ne travaillent qu’à mi-temps. “Difficile de parler de déprécarisation avec la moitié d’un Smic“. “C’est un premier pas“, a rétorqué le maire, ajoutant que les Atsem se voient débarrassés des tâches ménagères “pour se consacrer exclusivement aux enfants. Cela montre que l’éducation est une priorité“.
Un nouveau conseil local de santé mentale
Un peu plus tard, les élus ont aussi adopté, encore à l’unanimité, la création d’un conseil local de santé mentale. “Cette nouvelle instance doit répondre à un enjeu majeur de santé publique, de cohésion sociale et de qualité de vie, la santé mentale dépassant largement le seul champ des troubles psychiatriques“, a rapporté l’adjoint Olivier Benezet. Concrètement, cette instance, qui réunira des acteurs de tous domaines, déroule deux axes principaux : améliorer la prise en charge des personnes souffrant de troubles psychiatriques et apporter des réponses aux problématiques de souffrance psychique liées aux environnements de vie, d’isolement social, d’addictions ou de difficultés d’accès aux soins. Même Julien Sanchez a applaudi.“C’est important de se soucier de ce sujet. Espérons que cette acceptation de l’autre vienne jusqu’en conseil municipal et que la parole soit donnée à l’opposition“.
“À la fin…”
Chassez le naturel… Et le RN revient au galop, interpellant la majorité sur des questions de subventions – qu’il voudrait voir votées séparément – ou d’aide financière aux associations amenant des enfants en vacances. La fin de conseil a encore été animée par une question sur la mise à disposition des équipements sportifs à la communauté musulmane lors des fêtes religieuses, ce qui a poussé Julien Sanchez à accuser la majorité de privilégier une religion par rapport aux autres. Un dernier uppercut qui n’a pas mis KO Vincent Bouget, qui après que son adjoint Nicolas Cadène a répondu par le droit, a répliqué : “On a compris qu’avec vous, à la fin, c’est toujours sur les musulmans que ça tombe“. Et pendant ce temps, les deux groupes de droite ont compté les points.
